Yuan/dollar : la Chine brise la paix sur les marchés des changes

Rédigé le 24 août 2015 par | Pays émergents Imprimer

Jim Rickards

Il y a une dizaine de jours, la Chine a brisé la trêve estivale — et monétaire. Elle a interrompu la paix avec un coup à bout portant sur les marchés américains.

Après une longue période durant laquelle le yuan est resté lié au dollar US à 6,1/1 environ, la Chine a dévalué le yuan lors d’une attaque surprise le mardi 11 août, avant de dévaluer à nouveau mercredi puis jeudi derniers.

La dévaluation totale du yuan frôle les 5% — la plus importante en plus de 20 ans. Gardez à l’esprit que la volatilité normale sur les marchés des changes se mesure à la cinquième décimale près. 0,05% est un jour agité. 5,0% est un séisme.

Les actions ont connu des montagnes russes, tandis que l’or s’est réveillé de son sommeil et a joliment grimpé. Les investisseurs s’inquiètent des répercussions pour leur portefeuille et leur épargne — à raison.

Voici un petit résumé de la situation… au format "questions-réponses".

Qu’est-ce que la Chine a fait, exactement ?
La Chine n’a pas de compte en capitaux, de sorte que la "dévaluation" doit être envisagée dans un contexte légèrement plus technique.

La plupart des grandes devises flottent sur les marchés des changes, et le taux croisé entre les différentes paires est fixé par le marché.

Les banques centrales peuvent intervenir à l’occasion, mais c’est en fait rare dans les grandes devises du G7. La dernière instance remonte à mars 2011, après le désastre de Fukushima, quand les Japonais avaient besoin d’une bouée de secours.

Le yuan chinois ne flotte pas de la même manière. Le taux est maintenu dans un canal précis par la Banque populaire de Chine (BPC).

Jusqu’au 11 août dernier, la Chine avait strictement maintenu ce canal. Si le yuan terminait une séance vers le bas du canal, le lendemain elle commençait avec le yuan au milieu de ce même canal. La BPC intervenait et faisait ce qu’il fallait pour que ce soit le cas.

Le 11 août 2015, la Chine a changé les règles.

A partir de maintenant, si le yuan s’échange au bas du canal, la séance du lendemain commencera à ce niveau (et non au milieu de l’ancien canal).

Ce processus se poursuivra indéfiniment — vous pouvez donc vous attendre à de nouvelles dévaluations.

Ce que cela signifie ? Un choc pour le dollar, qui est désormais plus fort.

Pourquoi la Chine a-t-elle agi ainsi ?
Pour dire les choses simplement, l’économie chinoise est en pleine implosion. Ses exportations tout comme ses importations se sont effondrées. En juin, le système de shadow banking (une part importante des marchés du crédit en Chine) s’est entièrement asséché. Le taux net de nouveaux prêts était de zéro.

Ce genre de ralentissement n’est pas seulement un problème économique, en Chine : c’est aussi un problème politique. Si le Parti communiste ne peut pas créer d’emplois, des troubles civils et des émeutes s’ensuivront. Le Parti a donné la priorité à sa survie plutôt qu’aux bonnes relations avec les Etats-Unis.

Pourquoi maintenant ?
La Chine subit une devise forte depuis le début de l’année, et la croissance a nettement ralenti. Qui plus est, la Chine a un but supplémentaire : faire en sorte que le yuan soit inclus dans la devise mondiale de l’IMF, les droits de tirage spéciaux (DTS).

La décision au sujet des SDR devait avoir lieu en novembre 2015. Les Etats-Unis s’attendaient à ce que la Chine maintienne le lien entre le yuan et le dollar comme "prix d’admission" dans le club des DTS… et la Chine semblait d’accord.

Sauf qu’il y a une dizaine de jours, le FMI a reculé la date de sa décision sur les composants des DTS au 30 septembre 2016.

La Chine savait que si elle maintenait le lien jusque-là, son économie coulerait plus encore. Les marchés chinois étaient déjà en plein krach et le coût d’une devise forte était trop lourd. La Chine a donc tiré parti de la marge de manoeuvre fournie par le FMI et a dévalué à peine une semaine après l’annonce du Fonds.

La Chine peut redevenir "sage" l’an prochain. Pour l’instant, elle a choisi de "mal" se comporter (bien pour elle, mal pour le dollar) dans les guerres de devises.

Que pense le FMI de l’action de la Chine ?
Ce qu’a fait la Chine ne perturbe pas le FMI. Ils ne se soucient pas tant des taux croisés que des mécanismes du marché. Techniquement, la décision de la Chine est même un pas de plus pour laisser les marchés déterminer le taux de change, plutôt que la BPC.

Le fait que le marché ait fait baisser le yuan est extrêmement commode pour la Chine, mais tant la Chine que le FMI agissent sous couverture des "forces du marché" plutôt que de la manipulation.

Quoi qu’il en soit, le processus d’intégration du yuan dans les DTS est toujours en cours. Ce sera fait avant que le président Xi accueille le sommet du G20 en Chine l’an prochain. Xi sera le président du G20 en 2016, en plus d’être président de Chine. 2016 sera donc "l’Année de Xi"… et l’Année de la Chine, ce qui va bien au FMI.

Mais… et la Fed, alors ?
Les grands perdants de l’affaire sont Janet Yellen et la Fed.

Il y avait très peu de chances que la Fed fasse grimper les taux d’intérêt en septembre, même avant que la Chine dévalue sa devise.

En effet, les créations d’emplois aux Etats-Unis ont calé en novembre dernier. L’économie américaine devrait enregistrer le pire taux de croissance depuis 2012. L’inflation est impossible à trouver — même avec un microscope. De sorte que les prévisions de Yellen — 5% de chômage, 2,5% de croissance et 2% d’inflation — sont en lambeaux.

Il semblerait qu’on finira avec 5,3% de chômage, 1,5% de croissance et 1% d’inflation, au mieux. Les choses pourraient même être pires encore.

La dévaluation chinoise ne fait que rendre le dollar plus fort, ce qui est déflationniste (les importations US coûtant moins cher). Augmenter les taux d’intérêt rend le dollar encore plus fort, aggravant la situation sur le front de la déflation. C’est pour cette raison que Yellen ne peut augmenter les taux.

Voilà pour la situation dans son ensemble. Les marchés américains sont en train de se réajuster pour tenir compte d’une déflation plus lourde, d’une croissance plus basse et de revenus en baisse pour les entreprises (mises à mal par le dollar fort).

Que se passera-t-il ensuite ?
Si Janet Yellen n’augmente pas les taux en septembre, les actions pourraient remonter — mais ce ne sera qu’un répit temporaire ; les guerres de devises se poursuivront comme elles l’ont fait depuis 2010.

Si elle les augmente, attachez votre ceinture : il n’y aura plus de plancher sur les marchés… et nous pourrions voir un krach similaire à celui de 1998, commençant sur les marchés émergents.

La date la plus importante sera la réunion de la Fed du 17 septembre prochain.

Augmentez vos positions en cash à mesure que cette date approche.

Si ce n’est déjà fait, augmenter votre position en or à 10% de votre allocation d’actifs serait aussi une bonne idée.

Une fois ces quelques mesures de précaution mises en place, il y a de gros gains rapides à faire pour les investisseurs avisés : cliquez ici pour en savoir plus.

Je pense que la décision de la Chine va rendre la situation très intéressante…

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