Yellen à Trump : C’est votre problème maintenant, Monsieur le Président

Rédigé le 16 décembre 2016 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Mercredi dernier, la Fed a annoncé la première hausse des taux de 2016.

Il y a un an, elle avait relevé les taux d’intérêt pour la première fois depuis la crise financière. A ce moment-là, à en juger par les prévisions de la Fed, les marchés pensaient qu’il y aurait quatre nouvelles hausses de taux en 2016. Si ce programme avait été appliqué, à ce jour, les taux auraient dû être supérieurs à 1%.

Cela ne s’est pas produit. Les marchés ont débuté en 2016 par une phase de panique. Les Bourses chinoises ont connu un krach, le Japon s’est converti aux taux d’intérêt négatifs et, soudain, tout le monde s’est mis à redouter un autre 2008, ou du moins qu’une vague de déflation submerge à nouveau le monde.

La Fed a donc fait marche arrière. Au printemps, il était clair que la Banque centrale américaine avait renoncé à sérieusement augmenter ses taux en 2016 – voire même à les relever tout court. Les marchés boursiers se sont donc repris.

Puis il y a eu le Brexit qui a fait renaître les craintes d’une déflation. En juillet, les rendements obligataires ont atteint des plus-bas, signe des inquiétudes des marchés.

Quand il est apparu que le Brexit (ou du moins sa promesse) n’était pas si catastrophique, il était trop tard dans le calendrier politique pour que la Fed s’embarrassât de faire quoi que ce soit. C’était le début des élections américaines. La Fed s’est donc mise sur la touche.

Pour résumer, en 2016, il y avait toujours une bonne excuse pour maintenir les taux bas. Particulièrement pour une institution qui – depuis le règne d’Alan Greenspan – n’a jamais été une grande fan des resserrements monétaires.

Et la Fed releva ses taux

Et ce jusqu’à mercredi soir. La Fed a décidé de relever les taux d’un quart de point, pour qu’ils se situent entre 0,5% à 0,75%.

Ce n’est pas une énorme surprise. Il aurait été assez difficile de ne pas relever les taux. Les marchés étaient pratiquement certains qu’une autre hausse allait venir ce mois-ci. Les actions sont en plein essor. Tout le monde est enthousiasmé par le programme annoncé par Donald Trump, consistant à réduire les impôts et dépenser des fortunes.

Cependant, il y a eu une grande surprise. Et cette surprise pourrait annoncer de nouvelles turbulences.

Revirement à la Fed

La Fed prévoit trois autres hausses de taux en 2017. Cela peut ne pas sembler un gros problème, mais c’est plus que ce que les marchés attendaient.

Gardez à l’esprit que le marché est habitué à une Fed tenant des propos rassurants et répétant qu’aucun resserrement monétaire n’est nécessaire. En général, la Banque centrale américaine est plus « dovish » que les investisseurs ne l’attendent.

Janet Yellen, la présidente de la Fed, a tenté de relativiser cette annonce, mais les marchés ne l’ont pas vu de cette manière.

Le dollar – déjà fort – s’est encore apprécié hier. Les rendements des obligations américaines ont fortement augmenté, suggérant que les marchés prévoient une hausse plus rapide des taux. L’écart entre les rendements obligataires américains et les rendements obligataires allemands a atteint un sommet inégalé depuis 1989 (année de la chute du Mur de Berlin).

Selon moi, les marchés ont raison de prendre cela au sérieux. Un changement important pourrait se dessiner. Voici pourquoi.

Yellen à Trump : c’est votre problème maintenant

Comme je l’ai déjà expliqué plusieurs fois, Yellen est guidée par les mêmes principes que son prédécesseur, Ben Bernanke. Ils croient tous les deux que la Fed a provoqué la Grande Dépression des années 1930 en maintenant des taux trop élevés.

S’il y a une erreur qu’ils veulent éviter, c’est bien celle-ci – et le risque de provoquer une autre dépression. Avouez que cela serait très embarrassant.

Jusqu’à présent, Yellen a donc joué la carte d’une politique accommodante, maintenant les taux à des niveaux très bas et rassurant constamment les marchés. Elle a plusieurs fois souligné qu’elle attendait une envolée de l’inflation pour réfléchir à une hausse des taux.

Cette prudence avait disparu mercredi soir. Yellen semblait à la fois plus optimiste sur l’économie et moins « dovish » qu’elle ne l’était par le passé.

Qu’est-ce qui a changé ?

L’économie américaine a-t-elle miraculeusement retrouvé une santé florissante depuis la dernière réunion de la Fed ? Non. Elle va certes un peu mieux, mais ce n’est pas nouveau.

Le dollar américain – dont la force a terrifié les marchés plus tôt cette année – s’est-il soudainement affaibli pour devenir moins menaçant ? Non, il est à son plus haut niveau depuis 2003.

La seule chose qui a vraiment changé, c’est l’élection d’un nouveau président. Un président hostile à Yellen, et qui prétend rendre l’Amérique « great again« .

Je ne pense pas que la cause du revirement de Yellen soit la décision de Trump d’augmenter les dépenses. Après tout, c’est aussi ce que prévoyait de faire Hillary Clinton dans son programme – et ce même si elle aurait eu du mal à convaincre les républicains de la suivre.

Non, je pense que le changement de discours de la Fed vient du fait que Yellen considère maintenant que l’économie relève de la responsabilité de Trump, et non plus de la sienne.

C’est presque comme si elle pensait : « Vous voulez des taux plus élevés, Monsieur le Président ? Bien. C’est votre choix ».

Et si cette hausse des taux provoque une dépression, elle ne sera pas à blâmer. A l’avenir, lorsqu’elle assistera à un dîner avec Ben Bernanke et Larry Summers, ils ne lui diront pas : « Comment avez-vous pu commettre la même erreur que dans les années 1930 ? » mais « Quel choix avez-vous eu ? Vous avez fait de votre mieux. Le coupable, c’est ce bouffon de Trump ».

Cela vous semble étrange ? Peut-être. Mais l’économie est aussi faite d’hommes… et d’intentions.

Or depuis l’élection de Trump, les intentions de Yellen semblent avoir changé. Elle ne semble plus vraiment encline à maintenir les taux bas, pendant très longtemps.

Et peut-être même – et c’est juste une supposition – Yellen tente-t-elle de provoquer un peu la panique sur les marchés boursiers, quelques tremblements du côté de l’obligataire, un peu de ralentissement de l’économie. Ne serait-ce – et toujours peut-être – pour effacer ce sourire du visage de Trump.

Au moins, cela l’obligerait à mettre en place toutes les mesures fiscales qu’il a promises.

« Vous pensez pouvoir nettoyer ce gâchis, mon ami ? Je vous en prie, faites donc ! ».

Voilà ce qui se passe quand banques centrales et gouvernements ne sont pas d’accord. Voilà ce qui se passe en période de transition du pouvoir. Les marchés s’étaient habitués à la politique de Bernanke et de Yellen mais les choses pourraient rapidement changer. Et il y aura de la casse.
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John Stepek

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