Partenariat trans-pacifique : quelles retombées pour ce nouvel accord commercial géant ?

Rédigé le 12 octobre 2015 par | Macro éco et perspectives, Pays émergents Imprimer

John Stepek

C’est le plus grand accord commercial que le monde ait connu ces dernières décennies.

Le Trans-Pacific Partnership (TTP), couvrira environ 40% de l’économie mondiale. L’objectif général est de faciliter les échanges entre les 12 pays impliqués.

Les participants ont signé l’accord à Atlanta, après cinq années de négociations.

Mais quelles sont ses conséquences réelles, en pratique ?

La mondialisation a ses gagnants et ses perdants –le monde n’est pas en noir et blanc
Le partenariat trans-pacifique (TPP) est un accord entre les Etats-Unis et 11 autres pays – le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Singapour, le Vietnam, Brunei, le Canada, le Chili, le Mexique, la Malaisie et le Pérou.

Tout a commencé il y a cinq ans avec un accord entre Brunei, le Chili, la Nouvelle Zélande et Singapour, qui a éliminé les droits de douane sur la plupart des marchandises échangées entre ces pays. Le quatuor a également convenu de tenter d’harmoniser d’avantage la réglementation du travail, de la concurrence et de la propriété intellectuelle.

Ce nouvel accord, à plus grande échelle, couvre « tout, des produits pharmaceutiques aux services bancaires en passant par le lait », selon le Guardian. L’idée est de tenter de simplifier les échanges commerciaux entre les pays. Mais, bien entendu, tout cela est plus facile à dire qu’à faire. Ce qui explique pourquoi il a fallu si longtemps pour créer cet accord.

Les droits de douanes et les restrictions commerciales existent pour de bonnes raisons. Ils sont en place parce que des groupes d’intérêts – des branches de l’industrie ou des parties de la population – souhaitent protéger leur position privilégiée dans la société. La dernière chose qu’ils souhaitent est de sacrifier leur pré carré et leurs avantages au nom du libre-échange.

Et c’est justement l’objectif de la mondialisation en général. On la dépeint souvent comme un système gagnant/gagnant. Ce n’est pas le cas. La mondialisation est synonyme d’une concurrence accrue, et une plus grande exposition à la concurrence ne profite pas à tout le monde, industries comme particuliers.

L’avantage principal de la mondialisation est qu’elle est censée faire augmenter la taille du gâteau économique global, en augmentant le nombre d’opportunités de commerce et d’activité. Mais ne vous y trompez pas – certes, le gâteau est peut-être plus gros, mais certains en auront tout de même une plus petite part.

Il est aussi compréhensible que certaines personnes craignent que la mondialisation ne consiste simplement à remettre le pouvoir dans les mains d’entreprises mondiales sans visage, sans aucune loyauté vis-à-vis d’aucun Etat-nation ni responsabilité vis-à-vis de qui que ce soit à part les consommateurs et les actionnaires (et, comme le montre le scandale Volkswagen, en pratique, souvent simplement irresponsable).

Bien entendu, le TTP arrive au moment même où le country club des riches, l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), a convenu d’une nouvelle démarche fiscale globale avec ses membres afin de forcer les multinationales à faire état de leur chiffre d’affaires et des impôts qu’elles payent pays par pays. Elles ne peuvent donc pas n’en faire vraiment qu’à leur tête – je pense même en fait qu’il serait malavisé d’investir aujourd’hui dans les grandes multinationales.

Rien de tout ça ne veut automatiquement dire que la mondialisation est une mauvaise chose. Mais il ne faut pas pour autant se précipiter dans la mêlée les yeux fermés. Il y a des gagnants et des perdants. Refuser de l’admettre pour plaire à nos « élites » est, en partie, ce qui a alimenté une vague de colère politique populiste partout sur la planète.

C’est également l’une des raisons pour lesquelles il est assez peu probable que cet accord ait un impact immédiat majeur sur le prix des actions ou les investissements. Pour commencer, si les participants ont bien signé au bas de la page, il va maintenant falloir que leurs gouvernements respectifs signent également.

Il a fallu six ans entre la signature de chacun des trois derniers accords commerciaux américains et leur mise en oeuvre, note Capital Economics. Et étant donné que le terme « mondialisation » est devenu une insulte à notre ère du « nouveau populisme, » de nombreux Démocrates – Bernie Sanders inclus – et Républicains – Donald Trump inclus– y sont opposés.

Quoi qu’il en soit, selon Capital Economics, sur le long terme, s’il est effectivement signé, le TTP « devrait avoir des implications positives majeures pour la croissance mondiale, même si celles-ci devraient être réparties sur une (très) longue période de temps ».

Deux pays qui devraient profiter du TTP
Donc, à terme, qui y gagne ? Eh bien, certains disent que ce traité profitera principalement à l’un de nos marchés favoris : le Japon.

Pour commencer, c’est une confirmation de l’Abenomique, à une époque où la lune de miel de Shinzo Abe est bel et bien terminée. Réussir à obtenir un accord comme celui-ci est un signe que ses discours sur la réforme ne sont pas que du vent.

A plus long terme, selon Takuji Okubo, de Japan Micro Advisors dans un entretien à la BBC, « il ne fait aucun doute » que cet accord est bon pour le Japon. Selon le gouvernement, « l’économie connaîtra une expansion de 0,66% en conséquence de l’élimination des droits de douane. »

Si vous ajoutez à cela la réduction supplémentaire d’autres types de tracasseries administratives, « le bénéfice économique sera nettement supérieur, probablement de 2% du PIB environ ». Et, comme le note Jonathan Allum, analyste chez SMBC Nikko, dans son éditorial régulier sur le Japon, The Blah !, toute libéralisation du secteur agricole japonais, particulièrement dorloté jusque-là, serait une bonne nouvelle.

En bref, si vous aimez déjà le Japon (comme nous), voici une raison supplémentaire d’y croire.

Mais un autre marché est particulièrement intéressant dans ce cadre : le Vietnam. Fabricant à bas coûts, le Vietnam devrait bénéficier d’un accès simplifié aux marchés développés, même s’il est également possible qu’un droit du travail plus sévère représente une difficulté pour le pays.

Cependant, dans l’ensemble, participer à cet accord est forcément une bonne nouvelle dans la mesure où il accroît la pression pour que le Vietnam se réforme et s’ouvre au monde plutôt que de risquer de perdre pieds à nouveau, comme il l’a déjà fait par le passé.

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