Trump président : quelles conséquences pour les nouvelles technologies ?

Rédigé le 17 novembre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Donald Trump et les nouvelles technologies, c’est loin d’être le grand amour. Certes, le futur président américain sait user des réseaux sociaux pour insulter… le reste de la terre entière. Dans leur immense majorité, les grandes entreprises technos et la Silicon Valley avaient assez unanimement affiché leur préférence pour Clinton. Seule exception notable : Peter Thiel, fondateur de PayPal et soutien affirmé de Trump.

L’hostilité entre les techs et Trump est donc bien connue… et alimentée par les prises de position (ou les non-prises de position) du futur président lors de sa campagne.

Si le Nasdaq — et tout particulièrement les biotech — s’est envolé depuis l’annonce des résultats, quelques entreprises emblématiques comme Apple ou Amazon ont vu leurs cours reculer. La raison ? Elles étaient dans le collimateur du candidat républicain.

Passage en revue des points qui fâchent, et des probables conséquences d’une présidence Trump sur le secteur des nouvelles technologies.

Un futur président peu technophile

Il faut dire que la comparaison avec Barack Obama a de quoi inquiéter le secteur. Le président était un « geek » revendiqué. Très concrètement, cela s’est matérialisé par un important soutien financier aux entreprises techs et la création du poste de Chief Technology Officer of the United States (un directeur technique pour l’ensemble des Etats-Unis), chargé de développer le secteur.

Donald Trump, d’une génération plus âgée qu’Obama, ne revendique aucun intérêt particulier pour les nouvelles technologies. Son programme de campagne était étonnement silencieux sur le sujet du développement des nouvelles technologies et de leur rôle dans la croissance et l’économie américaine. Les techs représentent pourtant 12% des emplois aux Etats-Unis.

Le programme de grands travaux et d’investissements annoncé par Trump au lendemain de son élection semble privilégier les leviers traditionnels de la relance économique : infrastructures, construction… L’Amérique de Trump rappelle pour le moment plus celle du New Deal que du XXIe siècle.

Les baisses d’impôts sur les sociétés proposées par le futur président pourraient cependant permettre au secteur des techs d’investir dans la R&D ou leur croissance.

Seule objection que l’on pourrait opposer : le passé récent nous démontre que quand elles disposent de moyens financiers supplémentaires, les entreprises préfèrent bien souvent se lancer dans des rachats d’action ou bien augmenter la rémunération de leurs actionnaires (par exemple via les dividendes). C’est ce qui s’est passé ces dernières années alors que les conditions d’emprunts des entreprises se sont considérablement améliorées sur fond de taux extrêmement bas. A quoi serviront donc ces économies d’impôts ? A investir dans la croissance ou bien à soutenir un cours boursier ?

Le programme de Trump ouvre, d’un côté, la voie à plus de dérégulation et de libéralisme — les entreprises techs auront certainement à y gagner.

Le chiffrement des données et la neutralité du Net

Donald Trump s’est, au cours des derniers mois, exprimé contre ces deux principes. Le chiffrement des données a été au coeur d’une importante polémique cette année quand le FBI a sommé Apple de lui donner accès aux données cryptées contenues sur l’iPhone d’un des terroristes impliqués dans l’attentat de Boston. L’occasion pour Trump d’appeler au boycott d’Apple et de réclamer un accès à toutes les données.

En outre, les très nombreuses attaques de Trump contre Internet et les médias laissent penser qu’il n’est pas un grand fan de la neutralité du Net… Autre cible de ses attaques : Amazon. En cause, la litigieuse question des impôts que paie (ou plutôt ne paie pas) le site d’e-commerce mais aussi et surtout son patron, Jeff Bezos, proprétaire du Washington Post, journal qui n’a pas ménagé ses efforts et ses critiques envers le candidat républicain.

Faut-il voir en Trump une menace pour la liberté d’Internet et la protection des données ? Objectivement, pas à partir de quelques déclarations montées en épingle. Aussi bien dans le cas de la neutralité du Net que du cryptage des données, Trump s’est exprimé à chaud, avec un point de vue plus démagogique que stratégique ou programmatique.

Sécurité et cyber-sécurité

Le fond du problème viendra plus certainement de sa politique en matière de sécurité intérieure, de lutte contre le terrorisme ou l’immigration. Des points forts de son programme et qui nécessiteront certainement le recours à toutes les « armes » technologiques dont dispose l’Etat fédéral, que l’on parle d’accès aux données personnelles (communications, informations financières, données de géolocalisation, etc.) ou encore en matière de surveillance (surveillance des historiques de navigations, drones et caméras de surveillance…).

Tout renforcement sécuritaire s’accompagne automatiquement d’empiétements plus ou moins importants sur la protection des données personnelles des individus. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer ce qui se passe en France depuis le déclenchement de l’état d’urgence.

Les entreprises liées à la sécurité (caméras de surveillance, drones, entreprises spécialisées dans la biométrie, logiciels de big data, fabricants d’équipements pour les forces de l’ordre…) devraient donc bénéficier de nouvelles commandes fédérales. Peter Thiel, dont je vous parlais en début d’article est aussi l’heureux fondateur de Palantir Technologies, une entreprise spécialisée dans l’analyse des big data et qui aurait à son actif la traque réussie de Ben Laden. Non cotée mais valorisée à plus d’un milliard de dollars, elle est la parfaite illustration du succès des entreprises liées à la surveillance et la sécurité.

Au passage, le ramdam provoqué par l’affaire des e-mails d’Hillary Clinton et de son équipe de campagne devrait inciter les responsables politiques mais aussi les entreprises à mieux prendre en compte la cyber-sécurité. Ce marché, estimé à 75 milliards de dollars en 2015 devrait dépasser les 170 milliards en 2020. La plupart des entreprises du secteur affichent des taux de croissance annuel à 2 chiffres, et la récente multiplication des affaires et scandales liés à la cybercriminalité devrait continuer à soutenir le secteur.
[NDLR : Comment profiter de cette croissance ? En mettant en portefeuille les 3 spécialistes de la cybersécurité que vous recommandent Ray Blanco. Avec des gains latents de déjà plus de 30%, il est plus que temps pour vous de mettre croissance et sécurité en portefeuille. Pour en savoir plus…]

Protectionnisme et made in USA

Autre point majeur du programme du candidat Trump : le protectionnisme et la mise en avant du made in USA.

Le futur président a dénoncé les pratiques des entreprises américaines qui délocalisent et font fabriquer leurs produits à l’étranger, ciblant même directement Apple. Le secteur des techs n’a évidemment apprécié ni les accusations ni la menace d’instaurer des droits de douanes conséquents (autour de 40%) sur les produits américains fabriqués à l’étranger. Le prix d’un iPhone entièrement fabriqué aux Etats-Unis passerait de 650 $ à 900 $.

Reste à déterminer ce que Trump pourra ou voudra réellement mettre en place en matière de protectionnisme. Je ne vais pas entrer dans les détails mais, pour résumer, les attaques virulentes contre la Chine et les produits qui y sont fabriqués risquent de se heurter à une douloureuse réalité : celle de la dette des Etats-Unis.

Cette dette — plus de 19 000 milliards de dollars — est en grande partie achetée et détenue par des acheteurs étrangers parmi lesquels les Chinois comptent pour une bonne part. Le deal est simple : droits de douane sur les produits chinois = moins d’achat de dettes américaines = gros problème pour l’Etat fédéral.

Il est donc douteux que Trump puisse mettre en oeuvre un programme extrêmement protectionniste. Ce qui n’empêchera pas l’instauration de petites mesures qui pourront, ponctuellement, pénaliser les entreprises techs.

Celles-ci oeuvrent en effet de plus en plus à l’international. Que nous parlions de Google, Amazon ou Facebook, leurs ambitions sont clairement mondiales. Alors qu’elles combattent les mesures protectionnistes et de régulation mises en place dans la plupart des régions du monde (aussi bien en Europe qu’en Chine ou en Russie), elles auront du mal à imposer leurs vues si les Etats-Unis eux-mêmes pratiquent leur protectionnisme.

Trump a en outre pris position contre le récent et gigantesque projet de rachat de Time Warner par AT&T. Alors que les fusions et acquisitions se sont multipliées ces derniers mois, le secteur tech attend avec prudence la politique antitrust que mènera la prochaine administration.

Immigration

L’immigration a été au coeur des débats électoraux. La proposition de Trump est simple : expulser 3 millions d’immigrés illégaux. L’annonce est à la hauteur du personnage. Il n’empêche que, plus discrètement, l’administration Obama ne s’est pas privée de pratiquer massivement les expulsions.

Les conditions d’immigrations légales risquent elles aussi d’être passées à la moulinette Trump. Et c’est ce qui inquiète très officiellement le secteur tech. Dans une lettre adressée au futur 45e président des Etats-Unis, l’Internet Association (une association regroupant 40 des principales techs américaines) insistait sur la nécessité d’une réforme de l’immigration, facilitant celle des profils les plus qualifiés en leur offrant accès à une carte verte « science, technologie, ingénierie et mathématiques » :

Le système d’immigration américain doit permettre à des diplômés et à des travailleurs hautement qualifiés de rester aux Etats-Unis et de contribuer à notre économie. Pour ce faire, les Etats-Unis doivent élargir et améliorer le programme de carte verte, y compris la création d’un système de carte verte STEM.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Si nous devions faire des paris purement « trumpiens », nous privilégierions donc toutes les entreprises liées à la sécurité, et tout particulièrement celles liées à la cyber-sécurité.

Le secteur est d’autant plus sous le feu des projecteurs qu’une présidence aussi controversée que celle qui s’annonce risque d’inciter un cyber-activisme de plus en plus violent. Vous le savez, Ray Blanco a largement misé sur les entreprises spécialisées dans le domaine et je peux même vous révéler que la prochaine recommandation française d’Etienne Henri dans NewTech Insider concernera portera sur un champion hexagonal de la cyber-sécurité.

Quant au reste… il est à craindre que le soutien de l’Etat fédéral au secteur des techs soit moins conséquent dans les années qui viennent — les nouvelles technologies n’étaient clairement pas au coeur des préoccupations du futur président.

Est-ce un véritable problème pour les nouvelles technologies ? J’en doute. La plupart de ces entreprises n’ont pas besoin du soutien de l’Etat fédéral pour se développer et croître. Elles forment l’avenir économique du pays, quel qu’en soit le dirigeant.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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