La reconnaissance faciale va changer l’économie… et nos sociétés

Rédigé le 5 juillet 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

La reconnaissance faciale nous a tous pris par surprise. Elle est évoquée de temps en temps dans les médias mais on ne parle que rarement de manière cohérente de ce sujet pourtant crucial. Une omission grave, étant donné que la reconnaissance faciale pourrait être l’une des grandes révolutions sociales et technologiques du XXIème siècle.

Pour vous expliquer comment elle est en train de changer la société, nous allons voir certaines des entreprises les plus influentes du secteur, afin de comprendre la portée réelle de cette nouvelle technologie.

Faception

L’argument clé de cette entreprise est que sa technologie d’analyse faciale peut être utilisée pour déterminer des caractéristiques comportementales. Son logiciel vise à détecter diverses catégories de criminels.

L’entreprise affirme par exemple être en mesure de catégoriser les terroristes présumés mais les experts sont sceptiques, et pensent qu’il pourrait s’agir d’un simple profilage racial (New Scientist/Faception).

Au-delà des détails liés à la démarche de Faception, de nombreux problèmes sont soulevés par l’utilisation de reconnaissance faciale pour le profilage. Les différences détectées entre plusieurs photographies peuvent n’avoir aucun lien direct avec la criminalité. Une personne arrêtée pour avoir vendu de la drogue peut avoir l’air mal en point. Constamment sous l’influence de substances illicites, les toxicomanes sont moins susceptibles de prendre soin de leur santé.

Mais une mauvaise santé ne fait pas de vous un criminel pour autant. Un système de reconnaissance faciale qui enverrait une alerte avertissant qu’une personne est un criminel potentiel sur la seule base d’un air hagard serait sans doute mal accepté par la majorité de la population.

Facebook

Une autre technologie de reconnaissance faciale qui a fait les gros titres est la technologie de réseau de neurone de Facebook, DeepFace. Facebook encourage ses utilisateurs à se signaler les uns les autres dans leurs photos. Une idée que l’on suppose merveilleuse dans le monde de Facebook, où tout le monde veut tout partager tout le temps (c’est ce qui se dit, en tous cas).

Bien sûr, tout le monde ne souhaite pas être systématiquement « signalé » sur des photos sur Facebook, et ce pour de nombreuses raisons.

Une aventure extra-conjugale, un dealer de drogues, un ex, ou des partenaires de boisson un peu trop enthousiastes peuvent donner lieu à des photos un peu embarrassantes…

Cette option du réseau social a d’ailleurs récemment fait l’objet de plusieurs procès et n’est, selon Bloomberg, que peu utilisée pour les utilisateurs européens (Bloomberg).

Neurotechnology

L’utilisation de ce même genre de technologie de reconnaissance faciale dans le cadre du maintien de l’ordre soulève toute une quantité de nouvelles questions complexes.

Signaler quelqu’un sur une photo Facebook peut sembler innocent. Mais donner la même capacité aux forces de l’ordre est nettement plus préoccupant.

Actuellement, analyser les images de caméras de surveillances pour y suivre des individus spécifiques représente une immense charge de travail : des êtres humains regardent les vidéos enregistrées par plusieurs caméras pour ensuite assembler les pièces du puzzle et suivre les déplacements d’un individu donné.

Bien sûr, la reconnaissance faciale pourrait, à terme, être utilisée pour suivre un individu à la trace. La reconnaissance de la démarche peut aussi servir dans ce cadre.

Cette approche est déjà mise en oeuvre par SentiVeillance, un produit de l’entreprise Neurotechnology. Les faits et gestes quotidiens d’une personne pourraient donc faire l’objet d’un suivi constant. On pourrait dire que faire suivre une personne n’est déjà pas bien compliqué, étant donné que tout le monde, aujourd’hui, a un téléphone portable. Mais dans la plupart des pays démocratiques, pour obtenir accès à un smartphone, il faut, d’une manière ou d’une autre, recourir à un juge.

Les photos prises dans la rue, par contre, ne sont généralement pas considérées comme privées. Ainsi, il peut être plus simple pour les autorités d’appliquer la technologie faciale : l’Etat pourrait donc constamment garder un oeil sur nous.

En plus du suivi ANPR des véhicules, la surveillance constante dans les environnements urbains est en train de devenir une possibilité bien réelle. Dans la ville anglaise de Royston, la police a installé une série de caméras ANPR pour suivre tous les véhicules entrants. Heureusement, une action en justice a mis fin à l’utilisation de cet « anneau d’acier », comme l’avaient appelé les autorités.

« Si je n’ai rien fait de mal, pourquoi devrais-je m’en inquiéter ? », vous dites-vous peut-être… C’est l’argument généralement avancé pour soutenir ce type de programme de surveillance permanente.

Mais « faire quelque chose de mal » peut-être un concept très malléable surtout si une société préalablement démocratique glisse vers la dictature. Le système chinois de surveillance des citoyens, par exemple, pénalise ceux dont les amis sont mal vus par le gouvernement. Il n’est pas difficile de croire que la reconnaissance faciale pourrait, à terme, être utilisée aux mêmes fins en Occident.

Theresa May, en tous cas, n’est pas une grande adepte du respect de la vie privée, et les attaques terroristes récentes fournissent un prétexte idéal pour renforcer la surveillance.

Mais les politiques qui s’attaquent à nos libertés pour rendre service aux détenteurs de l’autorité peuvent, par inadvertance, ouvrir une brèche à de potentiels dictateurs.

HyperFace Camouflage

La reconnaissance faciale est difficile à tromper, mais les machines ne sont pas loin d’être aussi sophistiquées : un nouveau type de camouflage a déjà été mis au point. Celui-ci peut cacher notre visage à la surveillance constante de caméras dotées d’intelligence artificielle. Il imite des caractéristiques faciales qui provoquent la détection de correspondances dans les systèmes de reconnaissance faciale. Les ordinateurs ont alors l’impression d’être en train d’observer toute une quantité de visages – ce qui créée une confusion. Votre visage se noie parmi une foule d’autres.

Une utilisation possible est le vol à l’étalage. Le magasin Amazon Go utilise par exemple la reconnaissance faciale pour facturer ses utilisateurs. Si votre visage est perdu parmi des douzaines de fausses identités, les chances pour que la facture vous parvienne un jour s’amoindrissent nettement.

Si cette approche fonctionne, vous n’aurez même pas besoin de vous cacher : le magasin n’a pas de caisses, et il est parfaitement normal de partir sans payer. A moins que des règles ne soient mises au point pour interdire HyperFace (et les autres solutions similaires), il est même possible que vos agissements ne soient techniquement pas punis par la loi… magique : vous aurez fait les courses sans dépenser un centime !

Cette technologie ne fait que ses premiers pas, mais je ne serais pas surpris de la voir devenir relativement fréquente. En réalité, je pense qu’il est possible que l’on assiste à une guerre des nerfs entre les concepteurs de camouflage et les développeurs de vision industrielle.

Nous pourrions même imaginer une interdiction explicite de ce genre de solutions. La supérette du coin pourrait-elle, dans un avenir dystopique, se faire cambrioler par un cyberpunk patibulaire ?

Dans l’ensemble, il est évident que la reconnaissance faciale va devenir un marché immense dans les prochaines années. Les caméras de surveillances sont déjà omniprésentes, et les logiciels d’analyse devraient bientôt être prêts à leur tour. Tout ce qu’il nous faut maintenant, c’est du temps et des lois laxistes. Seule l’acceptation du grand public se dresse encore entre le monde d’aujourd’hui et l’adoption d’une surveillance permanente.

L’une des choses que nous avons apprises au cours des dernières décennies est que les gens sont prêts à abandonner une bonne partie de leur vie privée pour des raisons pratiques. Et puis, les gouvernements ont adopté sans sourciller des techniques de surveillance intrusives et omniprésentes sur la base d’arguments sécuritaires très peu solides.

Je pense que dans les décennies qui viennent, nous serons sans doute constamment observés par des machines. Vous n’apprécierez peut-être pas mais cet avenir digne de 1984 est bien ce qui nous attend. Autant investir et en profiter ! [NDLR : Dans NewTech Insider, Ray Blanco ne vous propose rien d’aussi controversé que la reconnaissance faciale de « criminels », mais plutôt de miser sur une entreprise qui donne la vue aux robots. Ce spécialiste de la vision industrielle voit son carnet de commande exploser avec la demande croissante en robots industriels mais aussi de robots capables de travailler en collaboration avec des humains. Une valeur à découvrir dans NewTech Insider]

Mots clé : - - - - -

Andrew Lockley
Andrew Lockley

Laissez un commentaire