Pétrole et Arabie saoudite : Les dieux commencent par rendre fous ceux qu’ils souhaitent détruire

Rédigé le 8 décembre 2015 par | Matières premières & Energie Imprimer

Sean Brodrick

L’Arabie saoudite se dirige tout droit vers une crise financière catastrophique. La dette abyssale du pays s’élève à 20% du PIB. Ce changement récent, un choc pour le royaume du pétrole, rappelle un vieil adage : « Les dieux commencent par rendre fous ceux qu’ils souhaitent détruire ». Lorsque les historiens se pencheront sur la décision saoudienne de massacrer les prix du pétrole, cette décision semblera tout bonnement insensée.

Voici trois graphiques pour vous le prouver.

L'argent s'évapore dans le désert

En parallèle, la dette publique de l’Arabie saoudite devrait se creuser encore et encore. Selon une prévision de la Deutsche Bank, le rapport dette/PIB devrait passer de zéro ou presque en 2014 à plus de 33% d’ici 2020.

Ce n'est pas un mirage

Aïe aïe aïe !

Les choses vont-elles encore empirer ? Bien évidemment ! L’énergie fournit plus de 80% des revenus du gouvernement saoudien. La chute de 60% des cours de référence du brut au cours des 18 derniers mois devrait faire exploser le déficit budgétaire national, multiplié par dix.

C’est tout le système financier saoudien qui devra supporter la charge. Selon Bloomberg, le gouvernement saoudien retarde les paiements de ses sous-traitants de six mois ou plus.

Une dépendance lourde de conséquences Quand un gouvernement est le pilier d’une économie et qu’il ne paie plus ses factures, c’est un sérieux problème.

Il n’est pas surprenant que l’économie saoudienne arrive à court d’argent à une vitesse vertigineuse. Le taux interbancaire offert en Arabie saoudite sur trois mois – le taux auquel les banques se prêtent de l’argent – a pris 13 points de base en novembre, pour atteindre son taux le plus haut depuis 2009.

En 2009, la crise financière battait son plein. Aujourd’hui, les Saoudiens traversent une nouvelle crise, provoquée cette fois-ci par la baisse du cours du pétrole.

Ah, si seulement les prix du pétrole n’étaient pas à la cave. Qui a eu l’idée stupide de surproduire du pétrole et de baisser les prix, je vous le demande !

Ah oui…

C’était pourtant un si bon plan… Le plan que les Saoudien ont mis au point il y a un an était simple: laissez les forces du marché déterminer les prix du pétrole plutôt que les quotas de production de l’OPEP. Après tout, ils disposent des coûts de production les plus faibles de la planète, autour de 10 $ le baril. Et leurs frères ennemis de l’OPEP n’attendaient qu’une occasion de les poignarder dans le dos, prêts à saisir la moindre part de marché lâchée par les Saoudiens. C’est ce qu’ils avaient fait, la dernière fois que le Royaume avait ralenti ses pompes.

Si les choses se déroulaient comme prévu, les producteurs américains de gaz de schiste allaient faire faillite. Pendant ce temps, l’autre grand producteur, la Russie, croulait sous le poids de ses propres problèmes et des sanctions imposées par les Etats-Unis après qu’elle se soit emparée/qu’elle ait libéré la Crimée.

Où en sommes-nous un an plus tard ? Que s’est-il passé ? La production combinée des Etats-Unis, de la Russie et de l’Arabie saoudite a explosé, avec une augmentation de plus d’un million de barils par jour depuis l’an dernier.

On n'arrête pas de pomper

La production américaine a un peu baissé récemment, mais elle a tellement augmenté par rapport à l’année précédente que le marché mondial du pétrole reste totalement inondé. Sans tenir compte de l’augmentation massive de la production irakienne… ou de la vague de pétrole que l’Iran déversera sur les marchés une fois que les sanctions qui touchent le pays seront levées.

Quand la situation a-t-elle mal tourné ?

Le savoir-faire américain et l’argent facile Les crédits à bas coût ont sauvé les entreprises de schiste américaines. La Fed maintient des taux d’intérêt zéro (même si les choses pourraient bientôt changer), et des légions d’investisseurs assoiffés de rendements ont déversé des flots de capitaux sur des entreprises de forage qui auraient, autrement, fait faillite.

Pendant ce temps-là, les producteurs de pétrole ne se sont pas tourné les pouces. Ils ont cherché à résoudre le problème grâce à la science. Ces améliorations ont fait chuter brutalement les coûts de production pétroliers. Selon Citigroup, les coûts de production pour les producteurs de schiste chuteront de 25% à 30% dans le courant de l’année 2016.

Il est évident que l’industrie du pétrole nord-américaine a souffert. Citigroup s’attend aussi à ce que les dépenses de capital pour les nouveaux projets pétroliers en Amérique du nord chutent de 48% entre 2016 et 2020 par rapport à la période de cinq ans précédente.

Il est donc probable que la production pétrolière américaine continue de chuter. Elle est aujourd’hui de 9,3 millions de barils par jour et pourrait atteindre les 8,7 millions d’ici le milieu de l’été prochain.

Nombre de producteurs américains feront des profits, même à ces prix. Reste à savoir s’ils peuvent honorer la dette qu’ils ont contractée pour rester à flot.

Soupçons de dopage chez le pétrole russe La Russie a l’habitude des catastrophes. Les désastres sont pour ainsi dire un sport national. Les prix du pétrole ont plongé, eh bien quoi ? La Russie s’est contentée de réagir par un vague haussement d’épaules. Les entreprises russes ont un coût de production moyen inférieur à 20 $ le baril.

Et si les sanctions limitent leurs ventes de pétrole vers l’Occident, ce n’est pas bien grave. Les Russes sont prêt à vendre à qui voudra acheter, et ce pour un prix imbattable. Résultat, leur production de pétrole a augmenté de 1,5% malgré les sanctions !

La Russie elle aussi a une montagne de dette. Les entreprises pétrolières ont une dette extérieure d’environ 500 milliards de dollars. Mais pensez-vous que cela suffise à décourager un pays qui a survécu à deux guerres mondiales sur son sol, à la furie d’Hitler et à la folie de Staline ? Mieux vaut ne pas vendre la peau des Russes avant de les avoir tués.

L’éclaircie n’est pas pour demain L’Iran a l’intention d’ouvrir grands les robinets une fois que les sanctions seront levées l’an prochain ; et dispose de millions de barils de pétrole dans des stocks flottants (des pétroliers), qui pourraient être mis sur le marché rapidement. La vitesse dépendra des sacrifices que l’Iran est prêt à faire en termes de prix de vente. Cet événement provoquera un frisson sur les marchés pétroliers et fera trembler les finances des producteurs américains, russes et saoudiens.

D’autres facteurs auront sans doute un impact sur le marché pétrolier dans les semaines et les mois qui viennent. Les Saoudiens prient sans doute pour qu’un autre grand producteur – le Venezuela, le Nigéria, la Libye etc. – succombe à un conflit interne ou à un effondrement économique. Cela permettrait de retirer une bonne quantité de pétrole du marché, en tout cas pendant un temps.

Mais si cela n’arrive pas, la pression de l’excédent mondial devrait suffire à maintenir les prix du pétrole au plus bas pendant la majeure partie de l’an prochain… et pourrait même faire diminuer les prix d’avantage encore.

Pour faire simple : l’économie saoudienne grince comme une machine dont les engrenages seraient couverts de sable. Voilà ce qui arrive quand un pays décide délibérément de provoquer une baisse radicale des prix d’une matière première qui lui fournit plus de trois quarts de ses revenus gouvernementaux… plus encore lorsque le gouvernement est la source principale de croissance de l’économie nationale.

Les Saoudiens ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Est-il trop tard pour changer d’avis ? Qui sait…

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