Avec Neuralink, Elon Musk veut faire de vous un cyborg

Rédigé le 7 avril 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Le nom d’Elon Musk revient régulièrement dans nos colonnes.

Que l’on parle de voitures autonomes (Tesla), de fusées (SpaceX) ou de trains à très grande vitesse (Hyperloop), le nom de cet entrepreneur en série n’est jamais loin.

Ce Thomas Edison des temps modernes est en train de transformer des pans entiers de l’industrie. Si certains le comparaient volontiers au début de sa carrière au défunt Steve Jobs, la capacité de travail incroyable d’Elon Musk et son implication dans des projets si différents feraient aujourd’hui passer le fondateur d’Apple pour un paresseux monomaniaque.

La Silicon Valley aime mettre en avant ses gourous. La communication dopée aux superlatifs des entreprises californiennes est aux antipodes du discret exercice du pouvoir économique en vigueur en Europe.

Etes-vous capable de nommer 10 patrons du CAC 40 ? Difficile, n’est-ce pas ! Citer ne serait-ce que deux ou trois grands patrons français est un exercice délicat pour l’investisseur lambda… et presque impossible pour Mr Tout-le-monde.

Les patrons français se font d’autant plus discrets dans les médias qu’ils disposent d’un capital sympathie particulièrement faible (c’est un euphémisme) au sein de la population. Vue de notre bonne vieille Europe, la fascination pour les Mark Zuckerberg et autres Bill Gates ressemble à une admiration malsaine du Dieu-Argent.

Pourtant, ces entrepreneurs ne sont pas que de chanceux milliardaires médiatisés. Leur succès est aussi dû à leurs bonnes idées et aux impulsions qu’ils donnent à l’industrie.

Dans cette Quotidienne, nous parlons de la dernière création d’Elon Musk : Neuralink.

La société, dont la création l’été dernier a été révélée il y a quelques jours, a pour ambition de développer des interfaces homme-machine un peu particulières puisqu’elles seront directement implantées dans le cerveau des clients.

En d’autres termes, Neuralink veut nous proposer de devenir des cyborgs (mélange d’homme et de machine) pour augmenter nos capacités cognitives et soigner nos pathologies.

Que cette perspective nous navre, nous effraie ou nous rende enthousiastes, Elon Musk a ouvert avec cette annonce la boîte de Pandore médiatique de l’amélioration artificielle de l’Homme.

La lubie d’un entrepreneur insatiable

Impossible d’ignorer le passé et le caractère d’Elon Musk si l’on souhaite comprendre ce qui se cache derrière Neuralink.

Si un investisseur lambda avait annoncé le développement de tels dispositifs, il aurait été considéré comme un doux rêveur ou un génie de la communication en mal de reconnaissance.

Si Elon Musk avait simplement été le dirigeant de Tesla Motors, nous aurions pu conclure à un effet d’annonce sans lendemain. Après tout, qui peut diriger de front plusieurs start-ups et mener en parallèle plusieurs révolutions industrielles ?

C’est parce qu’Elon Musk est déjà aux commandes de Teslaet de SpaceXet que ces deux entreprises avancent à marche forcée que cette annonce est, paradoxalement, crédible.

Comme l’entrepreneur arrive à mener de front ces projets, la création et la direction d’une petite med-tech supplémentaire ne semble pas insurmontable.

Neuralink va aller fouiller dans votre cerveau

Si vous lisez cette Quotidienne durant votre pause-déjeuner, je vous conseille de poser votre sandwich avant d’aller plus loin.

Aujourd’hui, les interfaces homme-machine sont simples. Il s’agit, généralement, d’un écran pour que l’ordinateur vous affiche des informations et d’un couple clavier/souris pour que vous lui communiquiez en retour des informations.

Ces interfaces font appel à la vue, au toucher et à la proprioception (la conscience de la position de vos membres, utilisée par exemple lorsque vous manipulez la souris sans la regarder). Ce système fonctionne bien mais présente des limites, comme la vitesse de lecture ou la vitesse de frappe sur le clavier.

Neuralink souhaite faire sauter ce goulet d’étranglement en branchant directement les systèmes électroniques sur ce qui est au coeur de notre conscience : le système nerveux.

En implantant des électrodes directement reliées à nos neurones, l’objectif est d’obtenir un transfert d’information quasi-instantané entre notre conscience et des données stockées sur un ordinateur (ou sur Internet).

En parallèle, il serait possible de soigner ou ralentir l’évolution de certaines pathologies comme Alzheimer, Parkinson et les troubles de l’humeur.

pauvre bête
Un cerveau relié à l’ordinateur : l’avenir de l’Homme ?
Illustration : Les Echos

En pratique, l’utilisateur du futur système de Neuralink se fera implanter des électrodes qui resteront branchées en permanence. Différentes interfaces électroniques pourront être facilement connectées sur ces électrodes.
[NDLR : Dans FDA Biotech Trader, Ray Blanco vous a recommandé une entreprise innovante en matière de traitement contre le cancer du cerveau : grâce à des courants électriques, elle parvient à plus que doubler le taux de survie des patients à 5 ans. D’excellents essais cliniques viennent de propulser l’action – mais la hausse n’est pas terminée. A découvrir dans FDA Biotech Trader parmi la sélection de biotech de Ray…]

Le système nerveux pourra, au fil du temps et grâce à sa plasticité, apprendre à reconnaître les informations envoyées par l’électronique et envoyer lui-même des informations à l’ordinateur. Adieu clavier, souris et écran : il sera possible d’avoir immédiatement conscience des informations contenues dans le système informatique.

Une étape importante : oui… mais pas une révolution

Vous vous souviendrez peut-être à la lecture de ces lignes d’une précédente Quotidienne dédiée aux prothèses du XXIème siècle (à (re)lire ici et ). Nous avions vu, à cette occasion, les progrès accomplis par les prothèses et leur intégration au système nerveux dans le cas des prothèses sensorielles.

Si le sujet de l’intégration homme-machine est intéressant (et toujours d’actualité) en terme d’éthique, il n’est pas nouveau pour ce qui est des questions médicales et techniques.

Neuralink, même si elle va jusqu’à la commercialisation de son système, ne va donc rien bouleverser. Les « yeux artificiels » existent depuis la fin des années 1970. Le traitement de Parkinson par stimulation électrique (neurostimulation) est aujourd’hui une opération pratiquée chez 5% à 10% des patients.

Neuralink n’invente donc pas ces pratiques. Nous pouvons attendre, au mieux, une augmentation de la quantité d’informations transmises par les interfaces neurone/électronique.

Pour les patients actuels, les traitements seront donc légèrement plus performants. Pensez, dans le cas des yeux artificiels, à une augmentation de la qualité d’image ou au passage du noir et blanc à la couleur. Un gain appréciable, certes. Une révolution, non.

C’est sur le terrain de l’éthique que Neuralink devra faire preuve de vigilance. Jusqu’ici, l’implantation d’électrodes a toujours réservée au soin de pathologies. Elon Musk propose de rendre cette pratique disponible dans un but d’amélioration de la qualité de vie.

Ce type de chirurgie invasive est intrinsèquement dangereux. Les futurs clients devront bien peser le rapport bénéfice/risque avant de se lancer dans une telle opération. Risqueriez-vous votre vie pour ne pas avoir à taper vos rapports à l’aide d’un clavier ? Probablement pas…

Mais que diriez-vous d’avoir accès à Wikipedia et à Youtube par la pensée ? De pouvoir parler dans n’importe quelle langue étrangère sans apprentissage préalable ? Le gain est déjà plus important.

N’oublions pas que chaque année, des centaines de milliers de personnes prennent le risque de devenir aveugle et s’offrent une chirurgie des yeux au laser. Que gagnent-elles ? Le plaisir de se passer de lunettes pendant quelques années…

Si nous risquons déjà notre santé pour des raisons de confort et d’esthétique, peut-être serons-nous tentés par les implants Neuralink lorsque nous croiseront des cyborgs omniscients à tous les coins de rue !

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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