Quand l’intelligence artificielle se met à écrire des vers

Rédigé le 21 juin 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous entendons quasi-quotidiennement dire que les robots sont en train de remplacer les humains dans diverses fonctions mais nous nous consolons volontiers à l’idée que ce ne sont pas nos emplois qu’ils occupent.

Les robots sont peut-être capables de balayer un plancher, de coudre des chaussures ou de conduire une voiture, mais ils ne seront jamais capables de penser avec autant de dynamisme et de délicatesse qu’un esprit humain. C’est en tout cas ce que veut la sagesse populaire.

Malheureusement, la sagesse populaire n’y connaît généralement pas grand-chose. Des avocats-robots, des artistes-robots et même des journalistes-robots (au secours !) existent déjà, et s’améliorent de jour en jour.

Mais il y a de l’espoir.

Les avocats-robots ne peuvent traiter que les cas les plus basiques, et les robots-artistes ne sont en fait que des faussaires numériques.

DeepArt, un robot-peintre qui transforme n’importe quelle photo en oeuvre – fait rentrer au pied de biche certaines images dans des « modèles » d’artistes. Il vous permet de vous donner le rôle de muse de Picasso, ou de voir comment Van Gogh aurait pu imaginer Issy-Les-Moulineaux… C’est amusant, mais ce n’est guère plus avancé qu’un filtre Instagram.

Vers la fin des journalistes ?

L’écriture robotisée est un peu plus complexe. En 2013, l’ado-entrepreneur Nick D’Aloisio a vendu son appli Summly – qui condense les faits-clé de l’actualité – à Yahoo pour 30 millions de dollars. Depuis, des entreprises comme Automated Insights et Narrative Science sont allées plus loin, et ont programmé des intelligences artificielles (IA) pour écrire des articles sur le commerce ou les sports en se basant uniquement sur des statistiques.

Voici un extrait d’un article automatisé écrit par le logiciel d’Automated Insights. Il a été publié sur le site de l’Associated Press l’an dernier :

Apple Inc. (AAPL) a rapporté mardi un chiffre d’affaires net de 18,02 milliards de dollars pour le premier trimestre fiscal.

L’entreprise, basée à Cupertino en Californie, affirme avoir généré des profits de 3,06 $ par action.

Les résultats ont dépassé les attentes de Wall Street. Le fabriquant de l’iPhone, de l’iPad et d’autres produits a présenté des revenus de 74,6 milliards de dollars sur cette période, ce qui dépasse aussi les attentes du public. Les analystes attendaient 67,38 milliards de dollars…

Ce n’est pas très enthousiasmant, mais ce n’est pas mal. La machine est parfaitement capable de présenter des faits basiques dans un anglais ou un français correct. Mais comment se débrouille une machine lorsqu’elle ne peut pas s’appuyer sur des faits ?

L’intelligence artificielle face à la poésie

Certains des plus grands scientifiques de la Terre travaillent à la création d’un système d’IA capable de construire des phrases. Des programmateurs de Stanford, de Google et de l’Université du Massachussetts sont en train d’apporter les dernières touches à leur modèle de langage en réseau de neurones récurrents (RNNLM), capable de continuer une phrase en s’appuyant sur les mots qui précèdent.

Comme le notait Samuel Gibbs dans le Guardian, certains des travaux de la machine pourraient, d’une certaine manière, être qualifiés de poésie :

« there is no one else in the world. there is no one else in sight. they were the only ones who mattered. they were the only ones left. he had to be with me. she had to be with him. i had to do this. i wanted to kill him. i started to cry. i turned to him. »

« il n’y a personne d’autre au monde il n’y a personne d’autre en vue. ils étaient les seuls à compter. ils étaient les seuls qui restaient. il devait être avec moi. elle devait être avec lui. je devais le faire. je voulais le tuer. j’ai commencé à pleurer. je me suis tourné vers lui. »

… this was the only way. it was the only way. it was her turn to blink. it was hard to tell. it was time to move on. he had to do it again. they all looked at each other. they all turned to look back. they both turned to face him. they both turned and walked away.

…c’était là la seule manière. c’était la seule manière. c’était à son tour de fermer les yeux. c’était dur à dire. il était temps de passer à autre chose. il devait le refaire. Ils se sont tous regardés. Ils se sont tous retourné pour regarder en arrière. Ils se sont tous les deux retournés pour le voir. Ils se sont tous les deux retournés et sont partis.

En lisant cette poésie pour la première fois, j’avais quelques doutes sur sa valeur artistique mais je voulais m’en assurer.

J’ai envoyé un e-mail au Dr. Jeremy Noel-Tod, professeur de poésie moderne à l’Université d’Est-Anglie et critique de poésie pour le Sunday Times. Noel-Tod a également édité The Oxford Companion to Modern Poetry donc si quelqu’un est capable de faire la lumière sur le sens (très bien) caché de ces poèmes, c’est bien lui.

Il n’a pas été très impressionné. L’ordinateur a peut-être respecté par hasard quelques principes fondamentaux de l’écriture poétique, mais l’effet général n’est pas particulièrement édifiant.

« … Il semble clair que ces chercheurs ne souhaitent pas apprendre à une machine à écrire de la poésie« , écrit Noel-Tod. « La qualité poétique résulte du fait que l’ordinateur a été programmé pour suivre l’un des principes fondamentaux de la versification : répétition et variation« .

Cette technique peut être puissante. Prenez les premières lignes du Mercredi des cendres de T.S. Eliot :

Because I do not hope to turn again Because I do not hope Because I do not hope to turn… Because I do not hope to know again The infirm glory of the positive hour Because I do not think Because I know I shall not know The one veritable transitory power

Bien que je n’espère plus me tourner à nouveau Bien que je n’espère plus Bien que je n’espère plus me retourner … Bien que je n’espère plus connaître de nouveau, La gloire débile de l’heure positive, Parce que je ne crois pas Parce que je sais bien que je ne saurai pas Le seul vrai pouvoir transitoire

Tout dépend bien sûr de ce que l’on répète. La machine ne répète rien de très intéressant.

« Chaque nouvelle phrase de cette séquence est une simple déclaration, avec un rythme similaire. Ajoutez quelques variations en utilisant un vocabulaire limité et plein de clichés – appris dans des milliers de romans – et vous pourrez produire des textes minimalistes, imitations peu inspirées des poèmes de Samuel Beckett ou Harold Pinter… Rien de bien sophistiqué dans tout cela. »

Le poète du XXIe s.

C’est raté pour le robot-poète, et Noel-Tod ne pense pas que la situation va s’améliorer :

« Je pense qu’il faudra un bon moment – une éternité peut-être – pour apprendre à un ordinateur les subtilités expressives d’une rupture de ligne, par exemple. Je pense qu’il est également révélateur que, dans leur article, les chercheurs passent sous silence de nombreux exemples nettement meilleurs de poésie accidentelle en raison du fait qu’il ne s’agit pas de ‘phrases en anglais correct’« .

Mais la poésie et les « phrases en anglais correct » sont des ennemies mortelles. Beaucoup de poèmes ne ressemblent pas à de l’anglais normal. Le rythme inhabituel de ces textes est, précisément, ce qui les différencie de la prose.

Dans un sens, l’erreur, ici, est humaine et non numérique. La machine aurait peut-être pu écrire un meilleur poème que celui présenté ci-dessus, mais ses programmateurs humains ont pensé qu’il était grammaticalement trop incorrect pour être publié.

Peut-être lirons-nous un jour de la poésie artificielle, mais pas de cette manière.

Lorsqu’elle fonctionne le mieux, note Noel-Tod, la poésie-machine « donne l’impression de lire du Gertrude Stein à la sauce IA : ‘With a variety of pots strewn scattered across the vast expanse of the high ceiling, a vase of colorful flowers adorned the tops of the rose petals littered the floor and littered the floor‘. Mais Stein écrivait ce genre de poèmes il y a cent ans. Les ordinateurs sont très en retard« .

Une IA peut donc écrire de la poésie, mais uniquement à un niveau très basique.

Ce n’est pas la première fois que ce genre de choses se produit en matière d’intelligence artificielle.

C’est comme observer un train très éloigné se rapprocher du quai. Au début, on a l’impression qu’il ne bouge pas du tout. Ensuite, il semble accélérer. Et au moment où vous réalisez qu’il est en train d’arriver, il est déjà reparti depuis longtemps.

La poésie artificielle n’est pas pour demain et, selon notre critique, peut-être pas pour dans 100 ans non plus. Mais quand des chercheurs commenceront à former une intelligence artificielle pour lui permettre d’utiliser une base de données poétique (s’ils le font), les progrès pourraient être extrêmement rapides.

Je ne peux pas en être sûr, mais je pense qu’une IA formée à l’écriture d’un type donné de poésie (disons, de la poésie romantique, ou des vers libres modernes) pourrait être en mesure d’écrire un poème acceptable quelques jours déjà après sa programmation, et qu’elle apprendrait à écrire de plus en plus vite après cela.

Juger de la qualité d’un poème est déjà un exercice si subjectif… qui peut garantir que les lecteurs préféreront encore la poésie humaine à celle des robots dans 20 ans ?

Mischa Frankl-Duval

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