L'étain flambe

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

L’étain s’envole Son cours a gagné +60% en 2006 et 43% sur les 5 derniers mois. Mieux : depuis le 9 janvier, le métal blanc a gagné 30%. Il culmine actuellement à 13 150 $ la tonne. Son plus haut historique depuis 20 ans.

Les termes de l’équation ? Forte hausse de la demande. Production qui stagne et qui risque de décliner. Des stocks au plus bas. Le tout dans un marché étroit. Tous les ingrédients sont là. Dans ces conditions, le moindre aléa fait « Boom » !

La consommation s’emballe Et c’est la Chine qui une fois de plus est le moteur de croissance du marché. 1er producteur mondial d’étain, la Chine est aussi 1er consommateur d’étain et n’arrive plus à faire face à ses propres besoins. Conséquence : la voilà importatrice nette d’étain.

A quoi sert cet étain ? Principalement à la réalisation des soudures électroniques et informatiques (50% de l’utilisation d’étain). On l’utilise aussi en chimie. Et comme l’électronique et l’informatique sont des marchés en forte croissance, l’étain suit le trend.

En 2006, la demande d’étain a connu une croissance de 10%, à 387 000 tonnes. Elle devrait encore croître de 9% en 2007 et de 5% en 2008 selon les estimations. Cette demande est fortement tirée par l’électronique au sens large et aussi par les normes sanitaires anti-plomb, puisque l’étain remplace le plomb dans les soudures des circuits électroniques imprimés.

Les stocks sont au plus bas Les stocks ne représentent en tout et pour tout que 11 jours de consommation. C’est plutôt maigre ! Et ce stock a fondu de 25% sur les 3 derniers mois. Ce qui vous donne une idée de la tendance. On est clairement limite de ce côté-là.

Une offre au bord de l’implosion L’offre devient de plus en plus difficile à appréhender. Les grands pays exportateurs sont l’Indonésie, qui représente un tiers de la production mondiale, la Bolivie et le Pérou. Or l’Indonésie et la Bolivie nous donnent actuellement des sueurs froides. Lisez plutôt…

L’Indonésie ferme ses hauts-fourneaux ! Ce n’est pas une blague ! La volonté affichée des autorités indonésienne est de faire le nettoyage dans le secteur de l’étain. Il s’agit officiellement de lutter contre l’exploitation illégale (très importante), de fermer les raffineries sauvages et de mettre l’industrie aux normes internationales. Le tout sur un coup de tête et en un temps record bien sûr…

Résultat des courses : seules 2 des 39 raffineries sont aux normes ! Les autres seraient donc en cours de fermeture. Et la police n’y va pas de main morte… Les 2 géants miniers Timah et Koba Tin sont censés ne plus recourir aux mines artisanales qui doivent être arrêtées. Ce qui veut dire une baisse potentielle de la production d’étain raffiné de 48 000 tonnes. Je vous rappelle que l’Indonésie produit 80 000 tonnes ! Pire, Koba Tin, 2eme producteur indonésien, a déjà fermé une partie de ses hauts-fourneaux, sur ordre de la police. Trois de ses quatre hauts fourneaux installés sur l’île de l’étain (île de Bangka) sont déjà à l’arrêt. C’est énorme !

Bref : alors que la demande s’envole et que les stocks sont nuls, les Indonésiens, premier pourvoyeur mondial d’étain, sont en train de fermer leurs mines et hauts fourneaux, et de réduire fortement l’offre d’étain. Jusqu’où iront-ils ? That’s the question !

Les mines d’étain colombiennes au bord de la guerre civile Côté Bolivie, autre pourvoyeur d’étain, les choses ne vont guère mieux. En octobre dernier, des affrontements d’une violence extrême entre les différentes factions de mineurs ont eu lieu pour le contrôle de la mine de Huanuni, la plus importante mine d’étain d’Amérique du Sud. Perchée à 4 000 m d’altitude, cette mine représente 60% de la production d’étain bolivienne. Résultat : 16 morts, 81 blessés et des dommages matériels inouïs.

Du coup, Evo Morales veut reprendre les choses en main. Sa méthode : nationaliser ! Après le gaz nationalisé en mai dernier, les mines sont sur la sellette. Et les bruits annoncent la nationalisation des raffineries de la société d’exploitation minière helvétique Glencore. La raffinerie d’étain de la société produit 12 000 tonnes d’étain. Ce n’est pas rien ! Information que je n’ai toutefois pas pu pour l’instant valider.

Or chacun sait qu’une fois nationalisées, les activités ont généralement une production qui diminue, faute d’investissement suffisant, les capitaux étrangers ayant fui.

Vous l’avez compris, le monde de l’étain est en ébullition et une hausse du prix de la tonne à 15 000 $ est tout à fait envisageable, rapidement.

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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