IPO d’Adeunis : un bon pari pour les objets connectés ?

Rédigé le 9 octobre 2017 par | A la une, Nouvelles technologies Imprimer

Les introductions en Bourse sur la place parisienne sont toujours un temps fort pour les investisseurs français. Rares sont les moments où nous avons l’occasion de financier l’économie réelle en finançant directement des entreprises. Le dossier d’Adeunis présente des qualités peu communes, surtout dans le secteur de l’innovation technologique.

La semaine prochaine, Adeunis fera son entrée sur Euronext Growth (la nouvelle dénomination d’Alternext). La société est spécialisée, depuis près de 20 ans, dans les transmissions sans fil. Elle est une référence de longue date sur le marché des objets connectés – un secteur en pleine expansion sur lequel elle intervenait avant même qu’il ne soit populaire.

Faut-il, avant le 10 octobre, souscrire à cette IPO ?

Adeunis : des objets communicants avant l’heure

Fondée dans les années 2000 dans le bassin technologique grenoblois (à quelques centaines de mètres de Soitec et autres STMicroelectronics), la société a construit son expertise autour de la communication radio.

Ses premiers produits étaient des modules de radiofréquence proposés aux industriels pour rendre leurs systèmes électroniques communicants. Un vrai positionnement de précurseur à une époque où l’ADSL arrivait tout juste dans les foyers et réserver un billet de train par Internet plutôt que par Minitel représentait le summum de la modernité !

Quelques années plus tard, la société a étoffé son catalogue en concevant ses propres systèmes communicants principalement centrés autour de la transmission de voix.

Sa gamme, toujours axée B2B, couvrait différents marchés : échanges entre arbitres lors de matchs de football, opérateurs sur des chantiers de travaux publics, communication sur sites nucléaires et lors d’intervention de secourisme… Adeunis savait répondre, à une époque où la communication par radio était balbutiante, aux besoins d’une clientèle exigeante en termes de qualité de service.

En 2015, l’entreprise a décidé de mettre cette expertise dans la transmission radio au service du marché de l’Internet des Objets (IoT).

Fidèle à sa stratégie historique, elle a commencé par développer des modules à destination des industriels.

Aujourd’hui, elle fait appel au marché pour développer sa propre gamme d’objets connectés et, à terme, valoriser les données collectées.

Une IPO accessible à tous

La forme choisie pour l’IPO est on ne peut plus classique pour une introduction sur Euronext. La société compte lever un montant d’environ 8,42 millions d’euros pouvant être porté à environ 9,69 millions d’euros, prime d’émission incluse, en cas d’exercice intégral de la Clause d’Extension et à 11,14 millions d’euros en cas d’exercice intégral de la Clause d’Extension et de l’Option de Surallocation.

Les actions sont proposées dans une fourchette indicative de 10,11 € à 12,35 €. La souscription des particuliers se fait sur deux tranches, la tranche prioritaire étant limitée à 250 titres par souscripteur.

En parallèle de cette souscription ouverte aux particuliers, un placement est proposé aux investisseurs institutionnels.

Vous pouvez donc raisonnablement espérer être servis pour un montant de l’ordre de 2 500 € si vous souscrivez à l’IPO avant le 10 octobre.

Les rares qualités d’Adeunis

Le dossier d’Adeunis présente des qualités peu communes, surtout dans le secteur de l’innovation technologique.

Elle a tout d’abord une formidable réputation en terme d’excellence technologique – je n’ai cessé d’entendre les louanges de cette entreprise de toutes parts depuis sa création, qu’elles viennent de collaborateurs heureux ou de partenaires satisfaits.

Elle peut se vanter, ensuite, d’avoir déjà une expertise industrielle dans les objets communicants.

Le label « IoT » est une sorte de sésame pour les entreprises en mal de croissance et en recherche de fonds. On ne compte plus les start-ups qui s’engouffrent dans cette mode et atteignent des valorisations délirantes sans avoir eu le moindre euro de chiffre d’affaires.

Adeunis, de son côté, étoffe tout simplement sa gamme autour d’un savoir-faire à la fois technique et commercial.

Mettons-nous un instant à la place des prospects. Si vous êtes un acteur majeur du BTP souhaitant proposer une offre de bâtiment connecté, opterez-vous plutôt pour l’expertise d’une entreprise spécialiste de l’électronique B2B depuis plus de 15 ans ou pour une start-upcréée depuis six mois qui n’a encore conçu aucun produit ?

La réponse ne fait aucun doute : Adeunis possède la légitimité que seul le temps peut apporter.

Enfin, elle a le mérite de jouer intelligemment avec les subventions publiques. Alors que l’activité de Recherche & Développement est critique dans son secteur, la part des subventions reste stable sur les derniers exercices à moins de 6% du chiffre d’affaires.

Cette modération du recours à l’argent public est un signe de maturité. Nombre de ses concurrents vivent sous perfusion de crédits d’impôts et autres subventions. Ils peuvent donc investir et recruter à tour de bras… tant que la manne n’est pas tarie.

De son côté, Adeunis ne doit pas sa survie au bon vouloir de l’Etat. Cette autonomie est rassurante pour les futurs investisseurs.

Un profil financier plus inquiétant

L’aspect économique du dossier est, de son côté, moins reluisant.

La croissance n’est actuellement pas au rendez-vous. Adeunis n’arrive pas à profiter de la surchauffe qui touche le secteur des objets connectés depuis plusieurs années.

Le chiffre d’affaires est en stagnation depuis trois exercices. Le résultat d’exploitation, lui, est en chute libre : il est passé de -587 k€ au 31 mars 2015 à -1 005 k€ au 31 mars 2017.

Comme je vous le disais plus haut, l’IPO a pour objectif de financer le virage dans l’Internet des Objets. Ce relai de croissance devrait, selon les prévisions de la direction, faire exploser le chiffre d’affaires et faire passer le compte de résultat dans le vert.

Ces ambitions, tout à fait classiques, ne sont pour l’instant confirmées par aucune tendance.

Toutes les sociétés qui parlent d’IoT dans leurs prévisions mentionnent un marché annuel de plusieurs milliards d’euros et promettent d’en capter quelques miettes.

C’est vrai, mais c’est oublier que le terme d’objets connectés englobe téléphonie, ordinateurs, fusées, voitures et caméras de vidéo-surveillances.

A part EDF, aucune entreprise ne peut raisonnablement espérer profiter de la croissance de ces secteurs si différents.

Avec ce pivot qui reste pour l’instant très théorique, Adeunis retombe dans un travers classique des start-ups : l’annonce de profits futurs qu’aucun élément tangible ne vient actuellement confirmer. Sans compter que, malgré son expertise dans les radiofréquences, Adeunis ne sera pas, même après son IPO, capitalisée pour écraser le marché mondial de l’électronique communicante de l’IoT.

L’annonce d’une future valorisation des données collectées est également un drapeau rouge pour l’investisseur prudent. La promesse de valoriser des données est, en 2017, l’équivalent de la promesse de rendre des services web rentables en l’an 2000 grâce à la publicité.

L’histoire nous a déjà a montré comment ces vœux pieux se concrétisent…

Si vous décidez de participer à l’IPO, soyez bien conscient que vous investissez dans une société actuellement non rentable qui décide de se diversifier dans un secteur très (voire trop) à la mode où la concurrence est féroce et les possibilités de bénéfices bien hypothétiques.

Vous financerez par conséquent plus une promesse de croissance façon start-up que le développement d’une entreprise reconnue dans son domaine d’origine.

Ce dossier est donc particulièrement risqué et spéculatif malgré toutes les qualités d’Adeunis. [NDLR : Où sont les dossiers de valeurs ? Quels investissements pour retrouver du rendement ? Simone Wapler vous propose d’explorer, très simplement, le non-coté pour miser sur des start-ups innovantes, avant la ruée des investisseurs. Découvrez ici les pépites qu’elle a sélectionnées…]

 

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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