Etes-vous préparé à l'émergence de l'Internet de l'ADN ?

Rédigé le 4 juin 2015 par | Nouvelles technologies Imprimer

Quel est le point commun entre Apple, Google, IBM ou encore Samsung ? Ce sont des sociétés qui connaissent parfaitement la valeur monétaire des données personnelles. C’est même la base du succès de Google.

Ces entreprises ont su récolter des milliards d’informations sur notre vie quotidienne, nos habitudes, nos modes de consommation, nos déplacements, nos dépenses, etc. Aujourd’hui, notre santé, et même notre ADN, ne sont plus à l’abri de leur curiosité.

La naissance de l’Internet de l’ADN
Cet intérêt a même désormais un nom : "Internet of DNA" (l’Internet de l’ADN en version française). Inspiré des big datas (dont des sociétés comme Google sont des spécialistes), cet Internet de l’ADN part du constat que les banques de données ADN sont dispersées à travers le monde et difficilement accessibles d’un pays à l’autre.

Le projet de l’Internet de l’ADN a été pensé pour remédier à ce que certains décrivent comme un véritable frein à la recherche médicale et scientifique. Compiler les données ADN du plus grand nombre de personnes possibles, mettre en commun ces informations dans une gigantesque base de données et ensuite donner accès à cette base, voilà les bases de cet Internet de l’ADN.

Dans quelques années, réaliser une recherche ou une expérimentation virtuelle sur l’ADN pourrait être presque aussi facile que faire une recherche  sur Internet via Google.

Plusieurs projets de l’Internet de l’ADN sont manifestement en concurrence. Le plus connu est le Global Alliance for Genomics and Health (GA4GH), une association à but non lucratif (tout comme la Fifa, rappelons-le) fondée en 2013 et qui regroupe déjà plus de 320 membres bien décidés à mettre en place cet Internet génétique.

Parmi les membres, vous retrouverez sans surprise Google mais aussi de nombreuses biotechs et medtechs spécialisées dans les tests génétiques, la médecine personnalisée ou l’immunothérapie.

Si GA4GH affiche ses ambitions de protection et d’accès libre aux données génétiques ainsi compilées, les récents contrats signés par 23andMe – dont Google est actionnaire – nous rappellent la valeur commerciale de notre ADN. Je vous le disais avant-hier, en janvier dernier, Roche a signé un partenariat avec 23andMe pour accéder à sa base de données génétique. Montant du contrat ? 60 millions de dollars pour environ 850 000 profils génétiques. Cela fait 70,59 $ par personne. Cher, pas cher ? Tout dépend de où vous placez le curseur…

La valeur de la future base de données ADN d’Apple est potentiellement infiniment supérieure. La marque à la pomme a vendu plus d’un milliard d’iPod, iPhone et iPad – donc presque autant de profils génétiques potentiels. Sur le seul 1er trimestre 2015, Apple a vendu 74,5 millions d’iPhone. Imaginez le potentiel si ne serait-ce que 10% des ces acheteurs acceptaient de partager leurs données génétiques…

Que vont faire Apple, Google ou IBM de votre profil génétique ? Qui y aura accès ? Sous quelles conditions ? Pour quel usage ? Beaucoup de questions plus que légitimes en suspens… et pas forcément énormément de réponses pour le moment.

Il va donc nous falloir nous contenter d’évoquer quelques pistes, dont celle de la sécurité de ces données et de leur utilisation.

Comment garantir la sécurité de votre ADN ?
La question de la sécurité et de la confidentialité de ces données est évidemment l’un des principaux problèmes de cet Internet de l’ADN.

Le GA4GH insiste sur la nécessité de protection des données recueillies. C’est très bien. Reste à savoir quelles mesures mettre en place pour les rendre inviolables…

Ces derniers mois ont en effet prouvé que peu de données étaient réellement à l’abri de hackers, ou même de services de renseignement de nos Etats. Avez-vous vraiment envie que l’administration – ou un parfait inconnu – sache que vous avez un risque élevé de souffrir d’un cancer du colon ? Ou de la maladie de Parkinson ?

A quoi peut servir l’Internet de l’ADN ?
Je vous le disais, officiellement, les différents groupes impliqués dans le fichage génétique affichent uniquement une volonté de faire progresser la recherche médicale ainsi que celle de vous aider à mieux gérer votre santé.

Cela peut-il aller plus loin ? C’est plus que possible…

Depuis quelques mois, les assureurs multiplient les initiatives en faveur des objets connectés. La raison ? Les informations recueillies doivent leur permettre de vous offrir des contrats personnalisés, adaptés à votre comportement et votre mode de vie. Pour le meilleur comme pour le pire. Si vous êtes un jeune conducteur mais prudent, votre assurance pourrait vous revenir moins cher. Par contre, si vous avez, disons, une conduite plus "audacieuse"…

Même constat dans le domaine des assurances habitations. Si vous êtes équipé d’une alarme, une caméra ou un détecteur de fumée connectés, votre assurance habitation pourrait vous coûter moins cher. Des initiatives dans ce sens sont déjà testées par des assureurs, en France, tels Axa ou Allianz.

Et dans le domaine de la santé ? Dans quelques années, notre contrat d’assurance sera-t-il déterminé en fonction de l’activité physique que nous pratiquons chaque jour, du nombre de cigarettes que nous fumons, ou encore du poids que nous perdons (ou prenons) ? En France, ce genre de pratique est interdit par la loi, mais les assureurs, même s’ils s’en défendent, lorgnent manifestement du côté de votre santé. Tant et si bien que la CNIL s’en est ému et que le Conseil de l’Ordre national des médecins a publié, en janvier, un rapport sur les liens entre suivi des malades, objets connectés et remboursement par l’Assurance maladie ou les mutuelles…

Aux Etats-Unis, le contrat d’assurance santé personnalisé selon les informations fournies par des objets connectés est déjà proposé, essentiellement en partenariat avec des entreprises. Aussi bien chez BP que chez Yahoo, les salariés peuvent voir le prix de leur mutuelle réduit selon leur activité physique…

Que se passera-t-il quand ces objets connectés intégreront, comme veulent le faire IBM, Apple ou Google, vos données génétiques ? Risquez-vous de vous faire refuser un prêt parce que votre profil génétique est à risque ?

A méditer avant d’accepter de confier votre ADN à une société privée…

Mots clé : - - -

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Laissez un commentaire