Krach obligataire et inflation : même problème sans solution

Rédigé le 7 mars 2011 par | La quotidienne Imprimer

La BCE dit qu’elle va augmenter son taux directeur pour contrer l’inflation dès avril, mais peut-elle le faire ?

Pour nos apprentis sorciers de la Fed et de la BCE, l’augmentation des matières premières et la hausse des prix sont une énigme difficile à résoudre. Le dogmatisme de l’économie keynésienne implique deux actions contraires.

Pour lutter contre la hausse des prix qui en résulte, il faut relever les taux courts. Mais pour soulager le consommateur et le panier de la ménagère, il faut les baisser.

Ben Bernanke choisit la défense autruchienne et dénie tout problème. L’émission de 1 000 milliards de dollars pour sauver le système financier et relancer la machine (QE1) et de plus de 600 milliards de dollars pour racheter des obligations souveraines (QE2) et donc maintenir les rendements bas n’est pour rien dans la montée des matières premières agricoles. Rappelons que c’est cette hausse des denrées alimentaires qui a mis le feu au Moyen-Orient et propulsé le baril de Brent puis le WTI américain au-delà de 100 $. Cette hausse du pétrole va à son tour nourrir la hausse des prix.

La défense autruchienne permet au moins à Ben Bernanke de rester logique. Remonter les taux courts d’un côté, alors qu’il imprime des dollars pour faire baisser les rendements obligataires de l’autre, serait trop visiblement absurde. Il doit absolument maintenir les illusions de richesse (par la montée des marchés actions) et de reprise économique. Bernanke plaide également que la hausse des prix constatée ne sera qu’un phénomène transitoire, un simple feu de paille. Pas de quoi bouger une oreille. D’ailleurs, les prévisions d’inflation de Ben sont très modestes : 1,25% à 1,75% en 2011.

Puisqu’il n’y a pas de solution, il n’y a pas de problème. C’est simple et cohérent. Du côté du malheureux Trichet, en revanche, c’est un peu plus compliqué. La BCE s’attend à une hausse des prix au détail de 2 à 2,6%. Un niveau gênant puisque l’objectif est de 2%. Pour ne rien arranger, les prix à la production (tout ce qui n’est pas encore dans le panier de madame Michu mais y sera dans quelques mois) ont bondi de 6,5%. La croissance, elle, est prévue à 1,7%.

0,25% pourrait-il être si nocif ?
Si l’Europe est l’Allemagne, 0,25% de hausse des taux pour contrecarrer (mollement) l’inflation serait parfaitement digeste. Mais voilà, l’Europe n’est pas allemande. Il y en a qui sont déjà à la potion amère de l’austérité. En Irlande et en Espagne, 90% des prêts immobiliers sont à taux variables, précise L’Agefi du lundi 7 mars. Et il faut compter avec le marché obligataire. « Sur l’ensemble du deuxième trimestre, 86 milliards d’euros de dettes souveraines et bancaires devront être remboursées en Espagne, au Portugal et en Irlande », poursuit L’Agefi. En 2011, les Etats de la zone euro ont besoin de lever 1 150 milliards d’euros et les créances bancaires arrivant à maturité pèsent 1 000 milliards d’euros.

Comme d’habitude, toute cette dette ne sera pas « remboursée » stricto sensu, elle sera réempruntée plus chère.

D’où un creusement des déficits, de la spirale de dettes, etc.

De l’autruche à l’Autriche
Le Royaume-Uni, notre laboratoire du pire (décroissance, inflation de 4% et chômage sont les trois ingrédients du cocktail britannique), a jeté l’éponge sur le front de l’inflation.

Selon l’école d’économie autrichienne (Hayek, Von Mises), l’inflation est d’abord un phénomène politique, la monnaie fiduciaire est donc instrument. On ne peut pas prétendre d’un côté lutter contre l’inflation et de l’autre pratiquer la création monétaire par l’endettement public et la pratique constante du déficit.

Le système économique de croissance achetée à crédit avec l’endettement excessif – public ou privé – favorisé par des taux bas est moribond.

0,25% ou rien ne changera pas grand-chose à l’affaire.

Que direz-vous à vos petits-enfants lorsque vous leur raconterez la Grande Apocalypse Financière (GAF) ?

Pour aller plus loin aujourd’hui : notre sélection anti-inflation
– Je vous en ai déjà parlé, mais impossible de ne pas vous signaler une nouvelle fois l’article écrit par Yannick Hardy dans le dernier MoneyWeek : « Quelles sociétés du CAC 40 profiteront de l’inflation ? »

– Quant à Denis Sarget, il s’intéresse à deux valeurs particulièrement solides et/ou défensives : Air Liquide et Arseus. Cette dernière, que nous avons recommandée il y a deux ans et qui vous a permis d’engranger 80%, reste une valeur sûre pour surmonter la récession. Deux recommandations à retrouver p. 13 du dernier MoneyWeek.
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– Pour terminer notre tour d’horizon du jour, n’oubliez pas que Mathieu Lebrun organise une formation en ligne sur les CFD, demain 8 mars à 18h30.

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Photo : Vandeleenekevin – Flickr

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

Visitez le site officiel de Simone Wapler : www.Simone Wapler.fr

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  1. Mardi 8 mars 2011, vers 10 heures :

    Italie : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 4,922 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GBTPGR10:IND

    Espagne : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 5,420 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPG10YR:IND

    Portugal : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 7,577 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    Irlande : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 9,428 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

    Grèce : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 12,593 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

  2. – Emprunt à 15 ans :

    Quand l’Allemagne lance un emprunt à 15 ans, elle doit payer un taux d’intérêt de 3,536 %.

    Quand la France lance un emprunt à 15 ans, elle doit payer un taux d’intérêt de 4,008 %.

    Et l’Espagne ?

    Mardi 8 mars 2011 :

    L’Espagne a placé 4 milliards d’euros de titres à 15 ans dans le cadre d’une émission syndiquée dirigée par Caja Madrid, Crédit agricole, Deutsche Bank, HSBC et Santander, indique le quotidien économique espagnol Cinco Dias sur son site Internet. Les obligations ont été émises sur la base d’un spread (ou différentiel de taux) de 217 points de base (2,17%) au-dessus des taux midswaps.

    Le rendement à l’émission est donc de 6 %, ce qui suppose une prime de 10 pb par rapport au cours de l’emprunt espagnol à 15 ans sur le marché secondaire (SPGB 4,65% 30/7/25).

    http://www.obliginfos.fr/2011/03/08/lespagne-leve-4-milliards-deuros-a-15-ans/

    Malgré les fortes tensions sur le marché de la dette périphérique, l’Espagne a effectué une émission obligataire à 15 ans pour un montant de 4 milliards d’euros. La demande a atteint plus de 7 milliards d’euros, émanant d’environ 150 investisseurs.

    Le Trésor espagnol a choisi de lever de la dette par syndication, c’est-à-dire via un carnet d’ordres tenu par un groupe de banques. Le prix final est ressorti à 6,012 %, soit le taux mid-swap + 217 points de base.

    Les taux sont en hausse : c’était 5,95 % lors de la dernière émission.

  3. Mercredi 9 mars 2011 :

    Le Portugal emprunte 1 milliard d’euros à 2 ans à un rendement accru.

    Le coût d’emprunt du Portugal a sensiblement augmenté à l’occasion d’une adjudication mercredi d’obligations à échéance septembre 2013.

    L’agence de gestion de la dette IGCP a placé pour un milliard d’euros d’obligations à deux ans, soit dans le haut de la fourchette indicative, à un rendement de 5,993 %, contre 4,086 % pour la précédente adjudication de septembre.

  4. Jeudi 10 mars 2011 :

    Espagne : Moody’s dégrade la note souveraine à “Aa2”.

    L’agence de notation crédit Moody’s a annoncé ce matin la dégradation d’un cran de la dette souveraine de l’Espagne de ‘Aa1’ à ‘Aa2’.

    La perspective de cette note est négative.

    Dans la hiérarchie de Moody’s, ‘Aaa’ est la meilleure notation possible et compose la catégorie dite ‘prime’. On passe ensuite à la catégorie ‘high grade’, qui comprend les notes ‘Aa1’, ‘Aa2’ et ‘Aa3’.

    Deux raisons principales sont citées à l’appui de cette décision. En premier lieu, Moody’s anticipe que le coût éventuel de restructuration des banques espagnoles, notamment les caisses d’épargnes (“cajas”), dépassera les prévisions actuelles du gouvernement, ce qui dégradera de nouveau le ratio de dette publique du pays.

    Selon Madrid, le nouveau renflouement des “cajas” coûterait au pire des cas 20 milliards d’euros, soit 2% du PIB. Mais selon Moody’s, le montant nécessaire serait plus proche de 40 à 50 milliards, soit plus du double que la première recapitalisation qui avait déjà coûté 17 milliards d’euros.

    En second lieu, l’agence cite ses inquiétudes persistantes quant à la capacité de l’Espagne de mettre en oeuvre une politique soutenable et structurelle d’amélioration de ses finances publiques. En cause : le pouvoir limité de l’Etat central sur les ‘généralités’, sortes de collectives territoriales régionales dotées de larges compétences, et la faiblesse de la croissance (+0,8% attendu cette année).

    ‘L’an dernier, 9 des généralités sur 17 ont affiché un déficit budgétaire supérieur à l’objectif de 2,4% du PIB’, calcule Moody’s, alors que l’objectif est cette année de 1,3%.

    Moody’s ajoute que l’implication négative dont est assortie le nouvelle note reflète la vulnérabilité de l’Espagne en cas de désorganisation du marché, compte tenu de l’importance des besoins de financement de l’Etat central, des gouvernement régionaux et des banques, notamment les ‘cajas’.

    Par ailleurs, l’agence a également dégradé la note du Fondo de Reestructuración Ordenada Bancaria (FROB), le fonds de restructuration bancaire, de ‘Aa1’ à ‘Aa2’, avec une perspective négative. Le FROB est en effet adossé à l’Etat central.

    http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=c49031f83d79602704ab6077248f3583

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