Le GPS, bien plus qu’une simple histoire de navigation par satellite

Rédigé le 19 décembre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Quel est, aujourd’hui, le moyen le plus simple de savoir où vous vous trouvez ?

A la lecture de cette question, vous pensez immédiatement au GPS de votre téléphone portable ou de votre voiture – et vous avez raison.

Le GPS a révolutionné la manière dont nous nous déplaçons. Qu’il s’agisse de flâner à pieds dans une ville inconnue ou de localiser un navire au milieu de l’océan, cette technologie permet depuis une quinzaine d’années de répondre à cette question vieille comme le monde : suis-je ?

N’ayons pas peur des mots : le déploiement du GPS fait partie de ces bonds en avant pour l’humanité pour lesquels il existe un avant et un après.

En tant que particulier, oubliez les atlas routiers lorsque vous traversez la France en voiture. Même dans une ville étrangère, impossible de se perdre ! Votre smartphone peut vous localiser en quelques secondes et indiquer votre position sur une carte.

Les usages professionnels ne sont pas en reste. La logistique, poumon de notre société de consommation, a été bouleversée lorsque camions, bateaux et même produits individuels ont pu être suivis en temps réel sur toute la planète.

Si son utilité est incontestable, l’accès au GPS n’est pourtant pas garanti. Saviez-vous que, quand vous utilisez cet outil, vous dépendez du bon vouloir des Etats-Unis ? Saviez-vous que la Russie possède déjà un système similaire ?

Le 15 décembre 2016 marque la fin d’une période que l’on pourrait qualifier d’embarrassante pour la souveraineté européenne. Le système équivalent européen, Galileo, est enfin entré en service.

GPS : un service Made in Etats-Unis

Le GPS est né en pleine guerre froide sous l’inspiration du président Nixon. Le projet était – sans surprise – porté par les laboratoires de recherche de l’armée américaine. Le cahier des charges tenait en quelques mots : disposer d’une constellation de satellites pour permettre un positionnement fiable sur Terre.

Le déploiement des satellites a été relativement long à l’échelle de la conquête spatiale : ce n’est qu’en 1995 que le système est devenu opérationnel.

Comme tout programme hautement stratégique, le GPS a été pensé pour servir l’armée avant tout. La précision disponible pour les applications civiles était initialement limitée à une centaine de mètres : assez pour situer un paquebot au milieu de l’atlantique, mais insuffisante pour localiser une voiture sur une carte routière.

Bill Clinton est rapidement revenu sur cette limitation. Dès les années 2000, la précision offerte à M. Tout-le-monde a été affinée à quelques mètres. Les progrès constants de l’électronique ont fait le reste. Aujourd’hui, le positionnement GPS peut être intégré à n’importe quel appareil pour quelques dollars.

Le corollaire de sa démocratisation fulgurante est notre dépendance aux Etats-Unis. Rien ne garantit en effet une disponibilité totale du service.

Sans parler des risques physiques comme les tempêtes électromagnétiques, le GPS est soumis à l’aléa politique. La flotte de satellites reste sous contrôle direct de l’armée américaine. En cas de conflit, une multitude d’options sont prévues, de la perte de précision pour les civils au brouillage total du signal.

Il n’est pas non plus interdit d’imaginer l’arrivée au pouvoir d’un président fantasque pour qui les intérêts à court terme de l’industrie américaine primeraient sur la stabilité de l’économie mondiale (toute ressemblance avec une situation existante serait bien sûr pure coïncidence).

Ce qu’un président a fait, un autre peut le défaire. Donald Trump – ou un de ses successeurs – pourrait tout à fait décider de rétablir les limitations abrogées par Bill Clinton. Et, du jour au lendemain, nous pourrions perdre accès au GPS.

Conduire et vous déplacer vous semblerait pénible ? Imaginez l’impact pour les gestionnaires de flottes de véhicules terrestres, bateaux ou avions. La disparition brutale du GPS obligerait à revoir dans l’urgence toutes les procédures de suivi. Un beau bazar en perspective dans notre système de production à flux tendu…

Plus gênant encore : notre réseau de téléphonie mobile s’appuie principalement sur le GPS pour la synchronisation des horloges. Un arrêt brutal du service aurait pour conséquence des pannes en série dans les télécommunications.

Une question d’indépendance

Limiter l’usage du GPS américain est donc une question de souveraineté pour les Etats. Durant la guerre froide, l’URSS a – naturellement – lancé un programme équivalent.

Le système GLONASS a été mis en service dès 1996. Dans un contexte d’épuisement des crédits dédiés à l’Espace suite à l’éclatement du bloc soviétique, le système de navigation par satellite soviétique n’a pu être correctement maintenu. Les pannes de satellites à répétition ont conduit à sa quasi-extinction dans les années 2000.

Vu l’importance stratégique des questions de géolocalisation, la Russie a débloqué en urgence des fonds pour lancer de nouveaux satellites. La constellation GLONASS s’est progressivement remplumée et a pu couvrir la totalité du globe à partir de 2011. La Russie peut depuis cette date s’appuyer sur un système de géolocalisation aux performances similaires à celles du GPS.

Les Russes ne sont pas seuls à avoir pris conscience des enjeux stratégiques liés à l’usage du GPS. La République Populaire de Chine, l’Inde et le Japon ont chacun des programmes équivalents.

Et l’Europe, dans tout ça ?

Bruxelles n’est pas restée dans le déni face à la question. Les réflexions sur la création d’un système de géolocalisation européen ont débuté en 1998.

Ce ne sera pas une surprise si je vous apprends que, dans ce domaine comme dans d’autres, le fédéralisme européen a été le plus grand ennemi de ce beau projet. Si le programme Galileo a été validé par l’Union Européenne dès 2001, la structure de partenariat public-privé initialement retenue n’a jamais réussi à fonctionner convenablement.

Les traditionnelles discussions au sujet des financements couplées aux non moins classiques luttes de responsabilité et de leadership ont immobilisé le projet durant plus de cinq ans.

Ce n’est que lors de sa reprise en main par l’ESA (Agence Spatiale Européenne) en 2007 que Galileo a pu avancer. En novembre 2016, la flotte de satellites a atteint une taille suffisante pour mettre le système en service. C’est chose faite depuis le 15 décembre, et nous verrons dans une prochaine Quotidienne pourquoi c’est une bonne nouvelle pour l’Europe et vos investissements.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Un commentaire pour “Le GPS, bien plus qu’une simple histoire de navigation par satellite”

  1. Il y a des points de cet historique qui, à ma connaissance, méritent quelques précisions.
    Le GPS existait bien avant 1995.
    Il a été utilisé par l’ensemble de la coalition lors de la guerre du Golf en 90/91.
    C’est d’ailleurs à cette occasion que la précision à moins de 10 mètre a été débloqué pour les alliés des U.S..
    1995 est la date à laquelle les 24 satellites étaient tous opérationnels donnant une couverture planétaire. Avant cela, certaines zones n’étaient pas couvertes ou pas à 100% du temps (visibilité du point par 3 satellites).
    C’est suite à cette guerre que l’armée française à commencer à utiliser le GPS, en particulier dans la marine. L’utilisation restait en plus des autres systèmes du fait de la dépendance aux USA pour la précision. Et c’est pour la question de précision (>100m) qu’il n’était pas utilisé avant.
    J’ai d’ailleurs eu l’occasion de l’utiliser en 1992 et 1993 sur des bâtiments de la marine.

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