Dans six mois, la Fed coulera les marchés

Rédigé le 15 février 2011 par | La quotidienne Imprimer

Les taux bas et le quantitative easing (création monétaire) sont les clés de la hausse actuelle des marchés actions. Les investisseurs pensent qu’ils vont avoir le beurre (des actions en hausse) et l’argent du beurre (une hausse des taux pour lutter contre la hausse des prix). Mais cela ne se passera probablement pas comme cela.

Aux Etats-Unis, le manque d’emplois maintiendra les taux d’intérêt bas, prédit Bloomberg dans une brève du vendredi 11 février.

Bloomberg croit à une chose et la majorité des investisseurs institutionnels en croient une autre. Ainsi, nous pouvons lire dans L’Agefi du lundi 14 février que ces derniers pensent que la Fed augmentera ses taux dès « décembre 2011, contre mars 2012 il y a encore quelques semaines ».

Pas de hausse de taux aux Etats-Unis en raison du chômage, selon Bloomberg
Voyons un peu les arguments de Bloomberg : « si on se fie au passé, la Fed ne relèvera pas ses taux d’intérêt avant que le taux de chômage n’ait fait les trois quart du chemin en direction du ‘taux naturel’. Ce qui signifie que les investisseurs et la plupart des économistes ont probablement tort en croyant à une prochaine hausse des taux ».

Mais… qu’est-ce donc qu’un ‘taux naturel’ de chômage ? C’est le taux de chômage dit aussi structurel, celui qui est incompressible car toute société comporte son lot d’individus asociaux, inaptes, etc. Il est un peu supérieur à 5%.

Grâce à un énorme tour de passe-passe statistique, le taux de chômage américain annoncé au mois de janvier a miraculeusement reculé de 9,4% à 9%. Si l’on en croit Bloomberg, la Fed ne relèverait ses taux que lorsque les trois quarts du chemin de 9% à 5% seront faits, soit 6%.

Ce n’est pas demain la veille, dormez en paix braves gens. Car il faudrait inventer d’énormes couleuvres statistiques pour y arriver. Le taux de chômage est un ratio hautement sensible et donc sujet à de multiples ajustements. Il vaut mieux, pour avoir une idée plus claire de la situation, vous intéresser au pourcentage des gens employés par rapport à la population active potentielle et au nombre d’emplois créés.

Albert Edwards, un des plus brillants économistes de la Société Générale, vient d’accoucher d’une excellente note*. Sa note montre que le « taux de participation » a culminé à 67% en 1998 et 2000. Plus des deux tiers de la population en âge de travailler travaillait effectivement. Depuis, ce taux de participation n’a pas arrêté de s’éroder et il est actuellement un tout petit peu supérieur à 64%.

Graphiquedu chômage aux Etats-Unis

Source Société Générale
– En noir, le taux de participation (personnes ayant un emploi / population en âge de travailler), échelle de droite
– En rouge, le taux de chômage, échelle de gauche

Toujours selon la même note, si le taux de participation était resté à son point culminant de 67%, le taux de chômage serait de 13%. En d’autres termes, le nombre de chômeurs dépasserait 20,5 millions. Les calculs d’Edwards recoupent également ceux d’un expert en décryptage des statistiques économiques américaines, John Williams de www.shadowstats.com.

Enfin, le nombre d’emplois créés reste dramatiquement bas et il n’a pas échappé — même à l’establishment financier — que, malgré un chômage en baisse, 36 000 emplois seulement ont été créés. Pour baisser le taux de chômage, il faudrait que l’économie américaine crée environ 300 000 emplois par mois jusqu’en 2016.

Donc selon Bloomberg, la Fed ne va pas relever ses taux, puisque le chômage reste élevé. La doctrine keynésienne veut que les perfusions soient maintenues. Par ailleurs, l’inflation — comprenez hausse des prix et des salaires — n’est pas possible puisque le chômage tire les salaires vers le bas.

Mais les investisseurs attendent « quelque chose » contre la hausse des prix
Mais les investisseurs ne s’attachent pas trop à cette notion d’inflation. Ils regardent la hausse des prix et entendent que leurs investissements rapportent plus que celle-ci. Il y a fort à parier qu’ils reprocheront à la Fed de ne pas réagir assez vite.

Aux Etats-Unis, la hausse des prix importée de Chine va s’accélérer, comme le démontre Albert Edwards dans la même note.

Graphique de l'inflation importée par la Chine

Source Société Générale
– En rouge, l’indice des prix en Chine, échelle de gauche
– En noir, l’indice des prix hors service aux Etats-Unis avec un décalage de 20 mois, échelle de droite

Si l’on en croit ce graphe, l’indice des prix américains pourrait remonter assez vite, poussé par le prix des biens importés de Chine d’une part et l’augmentation du prix des matières premières d’autre part.

La Fed se retrouvera alors à la croisée des chemins. Ou elle remonte son taux directeur malgré le chômage, les marchés actions vont alors prendre une douche froide. Ou bien elle laisse son taux inchangé et ce sont les obligations qui vont se prendre une claque puisque la Fed sera accusée de laisser filer les prix.
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* « Prepare for a major over-reaction to higher US core CPI inflation« 


Photo : wwarby – Flickr

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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Pas de commentaire pour “Dans six mois, la Fed coulera les marchés”

  1. Votre billet est intéressant mais si Edwards est un brillant économistes il est un stratégiste(son métier!)minable.Depuis près de 15 ans il nous explique sans rire que tout va s’effondrer.

  2. Correctif,
    Economistes sans s…

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