Les drones, nouveau territoire de conquête pour l’Europe ?

Rédigé le 13 novembre 2014 par | Nouvelles technologies Imprimer

La semaine dernière, nous avons vu les nombreuses raisons qui ont conduit au-semi échec – et je suis gentille – français dans la construction d’un drone de surveillance et de reconnaissance. Semi-échec qui a conduit la France à se tourner vers l’Américain General Atomics – un des principaux fournisseurs de l’armée américaine – et ses Reaper pour équiper son armée de l’air.

Pour rappel, une partie de l’échec du MALE (Moyenne Altitude, Longue Endurance) est imputable à la rivalité entre Dassault, EADS et Thalès. EADS devait se charger du développement de ce MALE – nous avons vu comment l’affaire à rapidement tourné court.

En parallèle, Dassault devait se concentrer sur les drones de combat, le projet Neuron. Seulement voilà, comme pour le MALE, tout ne se passe pas comme prévu. Je vous passe les détails, mais les tensions grandissantes entre Dassault, EADS – qui travaillait en outre sur un projet concurrent du nEUROn, le Barracuda- et le troisième compère Thalès font exploser l’accord impliquant EADS comme sous-traitant de Dassault dans le projet nEUROn.

En représailles, Dassault, qui n’a pas apprécié ce recul d’EADS, décide donc de lui aussi briser les termes du contrat initial et s’est lancé dans deux projets de drones de surveillance, concurrents du Talarion donc.

Mais le nEUROn demeure le principal projet de Dassault. Pour l’avionneur, l’enjeu est de taille. Sa direction a bien compris que sa branche militaire ne pourrait pas survivre sans un projet de drone de défense viable. Dès le tout début des années 2000, Dassault se met donc à plancher sur un démonstrateur de drone de combat (UCAV) furtif qui, comme son nom l’indique, est destiné à prouver les capacités de Dassault en la matière.

En 2003, sous l’impulsion de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, d’autres partenaires (français et européens) montent à bord du projet, qui prend alors le nom de nEUROn – oui, il y a euro dedans. Dassault devient alors le maître d’oeuvre d’un projet qui regroupe Alenia, Saab, EADS Casa, HAI et RUAG.

Etonnamment – du moins par rapport à l’expérience du MALE d’EADS –, le projet nEUROn parvient à rester dans les clous budgétairement (400 millions d’euros ont tout de même été consacrés à ce démonstrateur) et à peu près respecter le calendrier prévu.

Depuis 2012, Dassault multiplie les tests de vol de son drone, tests destinés à prouver ses capacités en matière détection, de reconnaissance de cibles au sol mais aussi sa furtivité. D’autres sont prévus dans les mois qui viennent pour tester ses capacités de frappes.

Les images sont assez belles – même si elles font partie d’une stratégie de communication bien rodée de la part de Dassault – donc si vous voulez voir le nEUROn voler en patrouille avec un Rafale et un Falcon 7X, c’est ici.

Mission donc réussie pour l’instant pour Dassault qui a su prouver sa capacité à produire un drone de combat furtif digne de ce nom.

Il ne restait plus qu’à passer à l’étape suivante : la production effective, et en série, d’un drone qui ne soit pas qu’un démonstrateur. Un pas supplémentaire dans ce sens a peut-être été franchi le 5 novembre dernier (j’introduis une nuance d’hypothèse car en matière de drones et de coopération européenne, comme nous avons pu le constater, tout est possible).

Nouveau projet européen, nouvelle lancée ?
Le délégué général pour l’armement, Laurent Collet-Billon, et son compère britannique, Bernard Gray, ont en effet signé un contrat de 250 millions d’euros attribuant à Dassault et au Britannique BAE la charge d’étudier la création d’un drone de combat, le FCAS (Future Combat Air System).

Ce projet impliquera en fait plusieurs entreprises européennes. BAE et Dassault vont se charger de la construction du drone lui-même, Rolls-Royce et Safran (via la Snecma) du moteur et Thales et Selex ES (Italie et Grande-Bretagne) de l’électronique.

D’après les premiers éléments fournis, le FCAS devrait beaucoup ressembler aux ailes volantes que sont le Taranis ou le nEUROn. Voici donc ce à quoi il devrait donc ressembler :

FCAS
Source : Dassault

Ce contrat a de multiples avantages. Le plus évident est bien sûr celui de pouvoir proposer, à terme, un drone de combat capable de concurrencer les modèles américains et israéliens. Le contrat d’étude décidé début novembre courre sur 2 ans et devrait déboucher sur l’étape prototype en 2017. Objectif pour la production en série… 2030. Oui, on a le temps de voir venir. Mais entretemps, les Européens restent dans la course face aux Américains et aux Isréaliens.

Ce contrat pourrait aussi à la concurrence entre Dassault et BAE, ou du moins la mettre en pause. Les deux entreprises mènent en effet en parallèle deux projets de drones de combat, le nEUROn pour Dassault et le Taranis pour BAE. Ce démonstrateur a effectué ses premiers vols tests l’année dernière…

Or Dassault et BAE ont une longue histoire de rivalité, fondée sur la concurrence entre le Rafale et l’Eurofighter. Une lutte que personne en Europe n’a envie de revivre sur le terrain des drones.

C’est donc dans un océan de louanges et de compliments que s’est déroulé la signature de ce contrat entre la France et l’Angleterre. Au-delà de l’aspect purement diplomatique, Français et Anglais ont souligné la nécessité d’une collaboration européenne – les deux pays n’excluent pas la participation future d’autres pays – dans la mise en oeuvre d’un projet d’une telle importance. A suivre…

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
En attendant, dans Croissance & Opportunités, nous avons misé sur un fabricant de drones américain qui s’est taillé une excellente réputation en proposant des drones de surveillance et de reconnaissance à l’armée américaine et qui vient d’entreprendre un très intéressant virage vers les drones civils.

Vous le savez car je suis déjà plusieurs fois revenue sur le sujet, les usages civils sont de véritables relais de croissance pour le secteur des drones.

La France devrait encore réduire le budget consacré à la Défense dans les années qui viennent – une tendance suivie par la plupart des pays occidentaux. Pour les fabricants de drones, la diversification devient donc nécessaire et le constructeur que je vous recommande dans Croissance & Opportunités a pris une – voire même plusieurs – longueurs d’avance sur ses concurrents en proposant des drones plus légers et moins coûteux. Une valeur vraiment innovante et prometteuse à découvrir… dans COP !

 

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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