Or, dollar, inflation… qu'en dira-t-on dans 50 ans ?

Rédigé le 30 septembre 2010 par | La quotidienne Imprimer

▪ Que dira-t-on ? Comment décrira-t-on les années 2000 et 2010 ?

Nous réfléchissons beaucoup à l’ensemble du tableau, en ce moment. Si l’on était dans les années 30, l’ensemble du tableau serait aussi difficile à voir que le nôtre aujourd’hui. Vous vous poseriez les mêmes questions. Les prix des actions sont-ils en train de grimper ou de chuter ? L’économie est-elle en train de se remettre ou de s’effondrer ? Faut-il s’inquiéter de l’inflation ou de la déflation ?

Mais nous connaissons toute l’intrigue, aujourd’hui. Nous savons comment les choses se sont terminées.

Un gigantesque rebond a suivi le krach de 29. Les actions américaines ont grimpé de plus de 50% durant le « rebond des gogos ». Il y a aussi eu plusieurs « reprises ». Et six rebonds trimestriels distincts entre 1929 et 1933. Ils ont atteint en moyenne 8% à chaque fois.

Les investisseurs avaient le droit de penser que l’économie « avait connu un tournant ». Ou que le pire était derrière eux. Ou qu’ils étaient « en route pour une vraie reprise ».

Mais ils auraient manqué l’ensemble du tableau. Rétrospectivement, on s’aperçoit que l’économie américaine connaissait une Grande Dépression. Les investisseurs auraient mieux fait de rester loin des marchés… de 1929 à 1949. Oui, cher lecteur, une période d’abstinence de 20 ans aurait réchauffé les sentiments envers les actions — même s’il y a eu plusieurs bonnes années en plus des mauvaises durant cette période.

Et maintenant ? Les investisseurs sont-ils en train de se mentir en essayant de gagner de l’argent dans ce marché ? Feraient-ils mieux de partir en vacances durant les deux prochaines décennies ?

Regardons l’ensemble du tableau. Que diront les gens sur cette période dans 30 ou 50 ans ? Comment la décriront-ils ? Quelle sera la version communément admise ?

Diront-ils qu’il s’agissait d’une reprise suivie d’une reprise ? Non. Cette histoire a été emportée par le vent. Alors quoi ?

Peut-être diront-ils qu’il s’agissait d’une correction du cycle du crédit… une récession de bilan… comme dans les années 30. « Les investisseurs auraient dû prendre un long congé sabbatique », pourraient-ils dire. « Ils auraient dû vendre en 2000… et revenir en 2020 ».

Peut-être… mais cette fois-ci, l’histoire va plus loin que dans les années 30. A cette époque, les marchés boursiers avaient mal tourné… mais le marché immobilier était encore sain et sauf. Le dollar valait encore de l’or. Des centaines de gouvernements locaux firent faillite, mais il ne fut jamais question de voir le gouvernement américain faire défaut… gonfler sa devise… ou la détruire. Les investisseurs pouvaient se mettre à l’abri des actions. Il leur suffisait de solder leurs positions… et de conserver leurs liquidités. Ils pouvaient acheter les mêmes valeurs vingt ans plus tard à plus ou moins les mêmes prix. Pourquoi se soucier du risque ? Pourquoi se donner tant de peine ?

Mais n’essayez pas de faire pareil cette fois-ci, cher lecteur.

▪ Pourquoi ne peut-on plus aujourd’hui faire le dos rond avec ses liquidités en attendant la fin de la Grande Correction ? Parce que cette fois-ci, c’est la monnaie elle-même qui va être corrigée. Le dollar ne vaut plus de l’or. Loin de là. Il a coupé le dernier lien en 1971. Depuis, il flotte sur une mer de dettes, d’inflation et d’hallucinations. Les autorités américaines s’imaginent qu’elles peuvent créer autant de dollars qu’elles le souhaitent. Elles pensent que l’inflation est bonne pour l’économie.

La masse monétaire américaine a grimpé de 1 300% depuis 1970. Et maintenant que l’économie corrige, les autorités pensent pouvoir corriger le problème avec la chose même qu’on trouve à l’origine d’une bonne partie des problèmes : plus de dollars.

Selon le Financial Times, Ben Bernanke hésite. « Bernanke envisage une deuxième vague d’assouplissement quantitatif pour maintenir les Etats-Unis à flot ».

Voilà ! Voilà la solution ! Inonder l’économie de dollars !

C’est ce que nous nous demandons. Lorsque sera écrite l’histoire des années 2000 et 2010, on omettra probablement les hausses et les baisses… les annonces de « reprise »… les craintes sur l’inflation et la déflation…

Non, l’histoire racontera sans doute quelque chose de ce genre :

« Le marché boursier a atteint son sommet réel en janvier 2000. Les autorités ont réagi avec de gigantesques mesures de relance budgétaires et monétaires, engendrant des bulles dans l’immobilier, la finance, le pétrole et d’autres secteurs. Mais l’expansion de crédit a pris fin en 2007. Dès lors, les marchés boursiers, l’immobilier et l’économie prirent le chemin de la baisse. En dépit de plusieurs ‘reprises’ futiles, la correction continua durant encore 10 ans. Les investisseurs auraient dû sortir en 2000… et rester dehors ».

« Mais ils auraient dû éviter les dollars. Le gouvernement américain injecta des milliers de milliards de dollars dans l’économie dès 2008 — d’abord de l’argent emprunté… puis de l’argent imprimé pour ‘l’assouplissement quantitatif’. Durant les deux années qui ont suivi la crise, par exemple, seul la moitié des dollars dépensés par le gouvernement provenait des recettes fiscales. Le reste était emprunté. Ou imprimé. Durant quelques années, le désendettement du secteur privé permit de contrôler ces additions à la masse monétaire. Mais les autorités continuèrent à imprimer de plus en plus d’argent. Et à mesure qu’elles imprimaient plus de monnaie papier, le prix de l’argent réel — l’or — a grimpé ».

« Puis l’enfer se déchaîna. Tout à coup, les gens perdirent foi dans le dollar. Ils se précipitèrent pour essayer de s’en débarrasser. Ils achetèrent des maisons, des voitures, des actions, du papier-toilette — tout et n’importe quoi. Surtout, ils achetèrent de l’or. Lorsqu’ils pouvaient en obtenir. Le prix passa à 5 000 $ l’once… »

« … puis ce fut terminé. La dette avait été balayée. L’épargne, les retraites, les plans d’assurance… On annonça une nouvelle devise, appuyée sur l’or, à 5 000 $ l’once. C’était terminé ».


Photo : Brooks Elliott   – Flickr

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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