Réunion de Doha : quand le pétrole ne supporte pas le gel

Rédigé le 18 avril 2016 par | Matières premières & Energie Imprimer

La grosse information (économique) du week-end, c’est l’échec de la réunion de Doha qui s’est déroulée dimanche, et dont les conséquences débordent largement sur ce lundi matin. S’y réunissaient les principaux producteurs de pétrole de la planète (OPEP et non-OPEP) avec pour objectif d’instaurer un gel de la production de brut. Non pas pour le plaisir mais pour tenter de stabiliser les cours.

L’idée courait depuis quelques semaines, soutenue essentiellement par la Russie. L’Arabie saoudite, plus important exportateur de la planète et régulateur officieux des cours mondiaux du pétrole, a pendant un temps joué le jeu affirmant sa volonté de « geler ».

Mais rien n’est simple dans cet univers impitoyable. En mars, un officiel saoudien annonçait que son pays n’avait pas l’intention de faire un geste si l’Iran ne participait pas, elle aussi, au gel de sa production. Tout ceci sur fond de tensions grandissantes entre Riyad et Téhéran.

Or l’Iran, nous en avons régulièrement parlé, n’a aucune mais alors aucune intention de se priver de la manne pétrolière. Pourquoi le ferait-elle alors que le pays vient enfin d’obtenir la levée de certaines des sanctions pesant sur son économie, et plus particulièrement sur ses exportations de brut ? Pourquoi le ferait-elle alors que le pays est au bord de la faillite et a désespérément besoin de l’argent du pétrole ?

En parallèle, l’Arabie saoudite n’est pas si claire que cela. Officiellement, bien sûr, elle fait partie des initiateurs de cette proposition de gel. Officieusement, tant que Riyad n’a pas atteint ses objectifs – dézinguer la concurrence, tout particulièrement américaine – pourquoi abandonnerait-elle sa stratégie de baisse des cours ?

Quoi qu’il en soit, la réunion de Doha a été un échec. Selon les informations qui circulent, l’Arabie saoudite souhaitait que tous les membres de l’OPEP agréent à ce gel. Or Téhéran ne s’est pas plié à cette exigence – son ministre du pétrole n’a même pas fait le déplacement jusqu’à Doha.

Les marchés ont réagi avec vigueur à cette nouvelle : alors que j’écris ces lignes, le Brent et le WTI reculent de plus de 5%. Le WTI est ainsi repassé sous les 40 $ et le Brent semble emprunter le même chemin.

Stratégiquement, les producteurs de pétrole ont laissé une belle occasion passer, celle de parler d’une même voix. Or la chute des cours du pétrole depuis l’été 2014 est en grande partie stratégique. Bien sûr, l’offre progresse plus vite que la demande, mais ce déséquilibre ne date pas de 2014.

Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la prise de conscience par les marchés de cette différence (associée aux fluctuations du dollar sous l’influence de la Fed). Il y a donc une grosse part « psychologique » dans l’effondrement des cours du baril.

Et psychologiquement, les producteurs de pétrole, en étant incapables de montrer une unité (même de façade), viennent de perdre une nouvelle bataille.

Le mariage entre marchés actions et or noir étant encore solide, les Bourses européennes reculent ce matin. L’expérience est intéressante : depuis quelques semaines, les marchés actions tentent de rompre leur lien avec le pétrole, pour vivre leur propre vie. Ce plongeon du baril va être une occasion précieuse d’observer la force de cette corrélation.

 

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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