CRISPR : Sommes nous prêts pour les superhumains ?

Rédigé le 7 septembre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

CRISPR, ainsi que les autres techniques d’édition génomique, pourraient bien être la plus grande découverte scientifique du XXIe s. Ce genre de découverte qui bouleverse notre compréhension du vivant mais révolutionne aussi notre rapport à la maladie. Du cancer au VIH en passant par les maladies auto-immunes ou génétiques… l’édition génomique a le pouvoir de « réparer les vivants ».

Ce pouvoir est tel que cette découverte suscite autant de craintes que d’espoirs. Dans ce débat, il est nettement plus facile de remporter l’adhésion si l’on a réussi à mettre ainsi au point un traitement contre le cancer ou les maladies cardiaques. Les avantages pour l’humanité sont évidents et immédiats.

Mais qu’en est-il de l’autre côté du débat ? Pourrions-nous utiliser ces techniques pour améliorer les personnes saines, plutôt que pour traiter ou prévenir les maladies ?

Je me suis penché sur les deux aspects du débat dans le cadre d’un livre sur lequel j’ai travaillé (appelé « The Exponentialist », qui sortira cet automne.)

Dans ce cadre, j’ai discuté avec toutes sortes de personnes différentes, connectées à cette industrie.

L’une de ces personnes était Marcy Darnovsky du Centre pour la génétique et la société (une organisation qui se consacre à l’analyse des biotechnologies du point de vue de la justice sociale, des droits de l’homme, et de l’intérêt public,) selon laquelle :

Quand quelqu’un a une maladie qui menace sa vie ou sa santé, alors oui, il faut essayer de les traiter à l’aide d’une thérapie génique. Mais lorsqu’il s’agit de modifier les gènes que nous allons transmettre à nos enfants et à chaque cellule de leur corps, ce qui est irréversible, et sera transmis à leurs enfants : c’est à ce moment-là que la limite est atteinte.

De nombreux pays et un traité international ont retenu cette limite – le traité du Conseil de l’Europe que le Royaume-Uni n’a pas signé. Le Royaume-Uni lui-même, par ailleurs, a une loi nationale contre la modification des lignées germinales humaines, ce qui est la raison pour laquelle le Parlement a été appelé à voter sur une technique de manipulation mitochondriale.

Sarah Gray, de l’Association Américaine des banques de tissus, a présenté le même argument de manière plus émotionnelle, mais non moins pertinente. Gray a donné naissance à un fils, atteint d’anencéphalie, un défaut embryonnaire qui signifie que certaines parties du cerveau et du crâne ne se développent pas. Le fils de Gray a souffert de convulsions pendant six jours, avant de mourir.

Comme elle l’a expliqué lors d’un sommet de l’Académie Nationale des Sciences sur l’édition génomique, « si vous avez les compétences et les connaissances capables d’éliminer ces maladies, faites-le, je vous en supplie. »

Les Superhumains et l’erreur des Jetsons

Cette limite est peut-être valide. Mais de nombreuses personnes –moi inclus—pense que les améliorations génétiques sur les personnes saines vont finir par arriver, c’est une question de temps.

Comme l’auteur Michael Bess le dit, lorsque nous pensons à l’avenir, nous envisageons un monde dans lequel la technologie est nettement plus avancée, mais où les humains sont, pour l’essentiel, les mêmes qu’aujourd’hui. Il appelle ça « l’erreur des Jetsons ».

J’ai baptisé ce problème « l’erreur des Jetsons » sur la base de l’émission télévisée des 1960, qui se passait en 2062. Un grand succès populaire. Tout le monde regardait ce dessin animé, qui décrivait un monde où les voitures volent et les gens peuvent être transportés par des tubes pneumatiques, où les robots sont omniprésents, mais les gens, eux, sont les mêmes qu’en 1962.

Un autre excellent exemple, ce sont les films Star Wars. Techniquement, ils disent toujours « Il y a très longtemps, dans une galaxie lointaine… ». Ils disposent de technologies que nous considérons comme futuristes. Mais les humains sont tous les mêmes qu’aujourd’hui – Luke Skywalker, la Princesse Leia…  – le seul qui est profondément modifié est Dark Vador, ce qui envoie le message assez peu subtil que se transformer en cyborg bioélectronique est une très mauvaise idée et susceptible de vous transformer en un terrible monstre.

Et puis il y a les films comme Iron Man ou Hulk ou Spider man, où il y a des bio-modifications, mais elles se limitent toujours à des individus uniques. On n’essaye jamais d’imaginer une société où des millions de gens sont bio-améliorés en même temps.

Ce qui est clair, c’est qu’à mesure que ces technologies progressent, elles offriront la possibilité de modifier génétiquement les embryons humains, efficacement et en toute sécurité.

Notre société devra donc faire un choix. Est-ce quelque chose que nous souhaitons faire, ou non ? Parce que c’est une possibilité technologique et médicale qui s’ouvrira bientôt à nous.

CRISPR : Le choix du siècle

La dynamique de la situation est fascinante. D’un côté, nous avons une technologie qui nous permet de refaire le monde selon nos souhaits – ou selon ce que nous pensons souhaiter. Les usages potentiels sont potentiellement illimités. Cela crée une raison évidente pour explorer et repousser les limites de ce que nous pouvons faire.

Il y a évidemment des implications morales à cette technologie. Mais je pense pouvoir dire qu’aucune autre technologie n’est aussi susceptible d’être révolutionnaire que l’édition génétique.

Aucune autre civilisation dans l’histoire de la planète n’a eu la possibilité de réécrire les règles de la vie avec une telle précision. Il s’agit maintenant de déterminer comment utiliser cette capacité, ce qui sera la question la plus importante du siècle.
[NDLR : N’attendez plus pour investir sur le potentiel de l’édition génomique : dans NewTech Insider, Ray Blanco vous révèle LA valeur qui, selon lui, dispose du plus grand potentiel thérapeutique, et du pouvoir de remodeler le monde. A découvrir dans NewTech Insider]

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Nick O'Connor
Nick O'Connor

Un commentaire pour “CRISPR : Sommes nous prêts pour les superhumains ?”

  1. Marcy Darnovsky : « Mais lorsqu’il s’agit de modifier les gènes que nous allons transmettre à nos enfants et à chaque cellule de leur corps, ce qui est irréversible, et sera transmis à leurs enfants : c’est à ce moment-là que la limite est atteinte. »
    Pour une spécialiste du domaine je trouve son raisonnement vraiment stupide. En effet, ce n’est pas parce que ce changement est transmissible à ses descendants que c’est irréversible : il suffit d’appliquer exactement le même processus mais en sens inverse !
    Par exemple, c’est peu connu mais tous les Mammifères sont capables de synthétiser la vitamine C… sauf les Primates qui ont perdu cette faculté il y a des dizaines de millions d’années, sans doute parce que leur nourriture en était très riche. Pour un chien ou un chat l’acide ascorbique (c’est son nom) n’est donc même pas une vitamine mais juste un métabolite ordinaire. Je ne sais s’il y a des recherches sur le sujet mais l’idée de réactiver chez l’homme le gène qui permet cette synthèse lui permettrait de ne plus jamais en manquer. Cela ne serait pas soigner une maladie mais réparer un défaut de tous les Primates. Pour revenir à la remarque de Marcy Darnovsky, rien n’empêcherait de faire désactiver ce gène chez les enfants des premières personnes traitées… pour remettre ce défaut ! (En l’occurrence, je n’en vois pas trop l’intérêt…)

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