Une chute à prévoir sur Amazon ?

Rédigé le 24 octobre 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

En cette période de politique populiste et de perturbations sur le marché du travail, les régulateurs gouvernementaux vont cibler Amazon.com l’accusant d’être trop puissante. C’est une cible facile.

Autre catalyseur à risque sur Amazon : les dépenses de consommation ont ralenti depuis que la Fed a commencé à resserrer sa politique monétaire il y a quelques années. Un ralentissement des dépenses mettrait sérieusement à mal le scenario rose qui a poussé les actions d’Amazon au-dessus de 1 000 $.

Le dernier rapport sur les résultats du deuxième trimestre a été décevant et a fait chuter le cours d’Amazon de 1 050 $ à 950 $. Depuis, le cours a récupéré et s’affiche désormais à plus de 1 000 $.

Deux risques de court terme pour Amazon

Nous identifions deux facteurs qui laissent à penser qu’une déception sur les résultats pourrait arriver le soir du 26 octobre, date de la prochaine publication :

1. Maintenant que l’acquisition de Whole Foods est terminée, les marges bénéficiaires brutes d’Amazon risquent de diminuer.

La presse rapporte qu’Amazon exerce un contrôle managérial sur Whole Foods et a une stratégie de réduction des prix de vente de nombreux produits. Cette baisse des marges de Whole Foods va rendre A posteriori l’acquisition de la chaîne de magasins bio plus chère pour Amazon.

Les actionnaires ne vont pas apprécier l’érosion de la marge brute qui résulte des « investissements stratégiques » qu’Amazon effectue dans sa nouvelle filiale.

Ils sont susceptibles de vendre Amazon si un communiqué de presse ou une conférence téléphonique des dirigeants révèle que l’intégration de Whole Foods est confrontée à un contretemps – ou que la concurrence dans le secteur de l’alimentation biologique s’avère plus intense que prévue.

2. Un sondage mené début d’octobre auprès de 1 000 personnes par l’institut Baird indique que la croissance du nombre d’abonnés au service Prime pourrait être légèrement décevante.

Si c’est le cas, le scénario habituel de croissance présentée par la direction le 26 octobre pourrait être difficile à accréditer, ce qui entraînerait une vague de vente similaire à celle de juillet.

Au-delà des doutes qui planent sur les résultats du troisième trimestre qui seront publiés jeudi prochain, l’action nous apparaît vulnérable à une forte baisse si une contraction de la consommation américaine devait survenir….

Les limites de la stratégie de Jeff Bezos ?

L’évolution des publications financières d’Amazon au cours de la dernière décennie montre une tendance claire : le PDG et fondateur Jeff Bezos n’a pas pour but de poursuivre une politique d’augmentation des bénéfices – du moins pour l’instant. Amazon cherche plutôt à accroître sa part de marché, à réaliser des économies d’échelle et à répercuter la baisse des prix sur ses clients.

La stratégie d’Amazon exige des dépenses constantes pour de nouvelles capacités – or ces dépenses se font à un rythme qui dépasse les flux réguliers de trésorerie. Des niveaux soutenables de cash-flow excluent la croissance des comptes fournisseurs d’Amazon (plus d’informations à ce sujet dans un instant).

Au cours actuel du titre, les actionnaires d’Amazon misent sur un scénario futur extrêmement rentable, essentiellement exempt de toute concurrence sérieuse, et n’impliquant aucune surcapacité ou forte pression sur les prix dans le secteur de plus en plus concurrentiel du « cloud computing« .

Amazon utilise des contrats de location-acquisition et de location-exploitation pour financer la construction de ses centres de distribution et d’infrastructures informatiques, de sorte que ses coûts fixes augmentent régulièrement à chaque signature de nouveau contrat de location.

En plus de ces baux de location, la croissance d’Amazon a été en grande partie financée par ses fournisseurs. Amazon utilise un modèle de « besoin en fonds de roulement négatif » dans lequel ses comptes fournisseurs croissent plus rapidement que ses stocks.

Ce modèle de BFR négatif fonctionne bien dans un cycle économique vigoureux… mais faiblit drastiquement dans un contexte de récession. Par exemple, ce modèle a brillamment fonctionné lors de l’ascension fulgurante de Dell Computer (et de son action) dans les années 1990.

Les fournisseurs de composants PC de Dell ont essentiellement financé ses stocks, ce qui a permis à Dell de libérer des liquidités pour accroître sa capacité de production. Mais une fois la récession de 2001 arrivée, les ventes de Dell ont ralenti et ses comptes fournisseurs n’ont plus connu de croissance.

Dell a dû rembourser ces fournisseurs dans un environnement commercial morose, ce qui a entraîné une perte de trésorerie. Au cours de cette période, l’action Dell a effacé ses gains de la fin des années 1990.

La stratégie financière d’Amazon deviendrait difficilement soutenable si ses ventes diminuaient de 10% à 15% en période de récession. Les flux de trésorerie diminueraient fortement, ce qui inciterait la société à s’appuyer davantage sur le marché obligataire pour financer sa croissance future.

Tous ces facteurs, ajoutés à l’examen minutieux de la concurrence, me font anticiper une baisse du cours d’Amazon dans les jours à venir.

Les haussiers sur l’action Amazon utilisent de plus en plus d’hypothèses créatives (et spéculatives) sur l’avenir de la société pour justifier le cours actuel de l’action. Il va sans dire que la perspective d’un contrôle antitrust porterait gravement atteinte aux hypothèses les plus optimistes sur la future position dominante d’Amazon.

Les actionnaires seraient déçus et vendraient rapidement leurs actions s’ils craignent que le gouvernement ne prenne des mesures antitrust qui perturberaient le modèle d’exploitation de l’entreprise à un moment (qui finira par arriver) où Amazon décide finalement de se focaliser sur ses bénéfices.

Mais nous serons bientôt fixés quant à un de ces catalyseurs : Amazon publiera ses résultats du troisième trimestre le jeudi 26 octobre après bourse. [NDLR : Une correction sur Amazon ? C’est le pari que vous propose de jouer Gaël Deballe dans Trades Confidentiels, avant le 26 octobre. A retrouver ici…]

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Gaël Deballe
Gaël Deballe

Mon nom est Gaël Deballe. Cela fait plus de 10 ans que je suis actif sur les marchés financiers. Je suis initialement ingénieur Supelec, avec une formation complémentaire universitaire en économie générale et gestion de l’entreprise.

Pendant longtemps, j’ai travaillé dans le secteur de l’électricité, en France et en Suisse, notamment dans le trading d’électricité. En parallèle, je me formais sur les marchés financiers avec une prédilection pour les stratégies sur options. Et puis, un jour, je me suis senti près à lâcher mon « boulot confortable » et à me lancer, à vivre de mon trading. Ce que j’ai fait.

Par la suite, j’ai créé un site dédié aux stratégies de rendement sur options (et autres stratégies) : http://zen-option.com/ et je propose régulièrement des formations sur les options. Passionné de voyages, de nature, de plongée, de découvertes et de finances, j’ai pu changer l’orientation de ma vie et vivre de mes revenus obtenus grâce aux options… où que je sois dans le monde !

J’ai également suivi une formation d’anticipation politique auprès du « Laboratoire Européen d’Anticipation Politique », un think tank européen qui base ses travaux sur la « méthode d’anticipation politique ». Ce think tank est, par exemple, à l’origine du concept de « crise systémique » et travaille à analyser la géopolitique et la géostratégie de l’Europe avec le reste du monde. Les participants essayent d’anticiper l’avenir en imaginant toutes sortes de scénarios. Ce fut passionnant et cette formation m’a permis d’apprendre à « voir plus loin », à « imaginer l’avenir », les scénarios possibles.

Voici mon parcours… d’où je viens, comment je me suis formé.

Alors, quand les Publications Agora m’ont contacté, pour vous proposer mon savoir-faire et mon expérience sur les options, j’ai évidemment dit oui. Et quand, après l’avoir rencontré, Jim Rickards m’a proposé d’être son « analyste France » pour ses services… vous pensez bien que j’ai sauté sur l’occasion !

Cela fait un moment à présent que je suis les analyses de Jim. Cet homme est brillant, passionnant. Il a une vision complexe de la manière dont fonctionne le monde, les institutions ; il connaît les interconnexions entre marchés ; il connaît la géopolitique, la géostratégie… C’est un visionnaire, lucide. Et comme moi, il aime les stratégies sur options. Je suis donc ravi de travailler avec lui chaque semaine sur les scénarios qu’il envisage et vous proposer des trades sur options concrets pour jouer ses idées.

Vous pouvez retrouver les analyses de Jim Rickards et mes stratégies dans Alerte Guerre des Devises, Trades Confidentiels  et Intelligence Stratégique.

Je vous souhaite de bons trades,
Gaël Deballe

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