Mais que veut la Chine aux DTS ?

Rédigé le 30 juillet 2015 par | Macro éco et perspectives, Pays émergents Imprimer

Notre grande semaine consacrée aux DTS se poursuit aujourd’hui. Après avoir défini ce qu’étaient ces DTS, puis avoir examiné quel rôle ils pouvaient jouer dans le monde de l’après-dollar qui se prépare, nous allons aujourd’hui répondre à cette grande question : mais que veut la Chine aux DTS ?

Le mode de calcul de la valeur des DTS est revu tous les 5 ans. La dernière fois, c’était en 2010. Les devises appartenant au panier (dollar, euro, livre sterling et yen) n’avaient alors pas été modifiées mais la place du dollar avait été légèrement revue à la baisse principalement à la faveur de l’euro. Cinq ans plus tard, ceci nous amène tout logiquement à une révision de mode de calcul pour la fin de l’année.

Les DTS, un label de qualité économique pour le yuan
Or la Chine aimerait énormément que le yuan intègre le panier de devises qui sert à déterminer la valeur des DTS.

Pourquoi ? Parce que cela serait un pas significatif vers l’objectif actuel de Pékin, à savoir intégrer le club de pays – et de devises – dominant le système monétaire et commercial mondial. C’est ce que vous expliquait Jim Rickards il y a quelques jours dans la Quotidienne : pour l’instant, la Chine ne veut pas prendre la place des Etats-Unis. Elle veut faire partie de son club privé :

La Chine ne veut pas détruire l’actuel système financier mondial. Elle veut le rejoindre.

La Chine veut faire ce qu’ont fait les Etats-Unis : demeurer sur une norme de devise papier tout en rendant cette dernière suffisamment importante, dans le monde financier, pour pouvoir influencer le comportement des autres pays.

Pour tenter de convaincre le videur, la Chine doit donc montrer patte blanche, et même plus :

La meilleure manière d’y parvenir, c’est d’augmenter son pouvoir de vote au sein du FMI et de faire intégrer le yuan dans le panier des devises du FMI qui détermine la valeur des droits de tirage spéciaux.

Pour réaliser ces deux choses, la Chine a besoin de l’approbation des Etats-Unis car ces derniers disposent d’un droit de veto sur tout changement important au sein du FMI. Les Etats-Unis peuvent bloquer les ambitions chinoises.

Le résultat, c’est un vaste marchandage dans lequel la Chine va obtenir le statut qu’elle souhaite auprès du FMI mais, en contrepartie, les Etats-Unis forceront la Chine à se comporter au mieux.

Pour Pékin, parvenir à faire partie de ce club des DTS, c’est, comme le dit Jim dans Intelligence Stratégique, un vrai gage de reconnaissance :

Si une monnaie fait partie du panier, c’est une sorte de "label de qualité économique". Pour le FMI, c’est une façon de reconnaître qu’une monnaie compte, qu’elle a de l’importance, qu’elle est suffisamment forte en termes de commerce international, de liquidité, de convertibilité, et qu’elle s’appuie sur des marchés suffisamment consistants. Cette monnaie est jugée suffisamment importante pour figurer dans le panier des DTS.

Pékin considère cette demande comme parfaitement légitime. La Chine est, selon la méthode de calcul utilisée, la première ou la deuxième économie mondiale. Elle met progressivement en place des institutions financières alternatives (pensez par exemple à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures lancée tout récemment par Pékin…), des accords monétaires et commerciaux, des marchés crédibles et capables de rivaliser avec Wall Street. Dans son ascension vers le statut de puissance économique et financière majeure, l’intégration au club des DTS est une étape importante.

La Chine est donc en train de négocier avec les Etats-Unis pour rejoindre les DTS. Tout ceci à des significations pour le marché de l’or, que Jim vous explique ici, mais aussi sur les relations diplomatiques entre les deux pays, sur la manière dont Pékin gère le ralentissement de son économie ou encore sur les marchés actions chinois. Eh oui, sur tout cela.

Mode d’emploi pour rejoindre le club
Je vous le disais, pour intégrer le club des DTS, Pékin doit respecter quelques règles. Il y a d’abord celle sur l’or (en posséder plein mais ne pas le dire), mais aussi celle de ne pas trop jouer avec sa monnaie.

Or parmi les nombreux points de contentieux entre Pékin et Washington, la question de la valeur du yuan par rapport au dollar revient régulièrement sur le tapis.

Une des conditions donc pour que la Chine rejoigne le club est qu’elle pose les armes dans la guerre des devises que se livrent les principales banques centrales de la planète. [NDLR : Comprendre et profiter de cette guerre est, vous le savez, une des spécialités de Jim. Il vous en dit plus dans ce message…] Pour résumer, Washington attend de Pékin qu’il arrime son yuan au dollar, ce que l’on appelle le "peg" dans le monde des devises, pour éviter que la monnaie chinoise ne varie trop par rapport au billet vert.

Les Etats-Unis sont passés au rang de professionnels en matière de guerre des devises mais, s’étant aussi arrogé le rôle de shérif des marchés monétaires, ils peuvent se permettre de remarquer la paille dans l’oeil du voisin tout en ignorant superbement la poutre qui se trouve dans le leur. Pour résumer, les Etats-Unis aimeraient être les seuls à pratiquer la guerre des devises.

Pour la Chine, accéder à la demande de Washington n’est pas si simple que cela, tout particulièrement depuis que son ralentissement économique se confirme. Une des solutions pour relancer l’économie du pays serait de baisser ses taux (ce que la Banque populaire de Chine fait déjà) et de dévaluer sa monnaie (et donc favoriser les exportations, et donc l’économie et donc le marché de l’emploi), ce qu’elle ne fait pas pour l’instant.

Pourquoi ? Parce que Pékin a décidé de maintenir le peg avec le dollar, coûte que coûte. Du moins pour le moment. Voici une raison pour laquelle les autorités chinoises ont les mains entravées pour intervenir face au ralentissement économique.

La conclusion revient à Jim, dans Intelligence Stratégique :

Elle adopte cette politique monétaire schizophrène par laquelle, elle dévalue le yuan en abaissant ses taux et, dans le même temps, elle tente de renforcer sa monnaie en achetant des yuans afin de maintenir le peg avec le dollar.

Cela me rappelle l’histoire du Dr. Doolittle et de cet animal qui tente d’avancer et de reculer en même temps. C’était un lama à deux têtes, sans queue, mais avec une deuxième tête à la place. Il essayait d’avancer dans les deux sens en même temps. C’est exactement ce que fait la politique monétaire chinoise en ce moment : desserrer la vis en réduisant les taux d’intérêt, mais resserrer la vis en achetant des yuans, tout ça pour maintenir le peg et entrer dans ce club.

Et comme nous ne le verrons demain, une possible intégration de la Chine au club des DTS explique aussi le boom boursier chinois de ces derniers mois (du moins avant le krach de juillet). Rendez-vous demain dans la Quotidienne pour la dernière étape de notre semaine consacrée aux DTS.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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