Les charmes discrets de l’hydroélectricité

Rédigé le 9 décembre 2016 par | Matières premières & Energie Imprimer

L’hydroélectricité fait partie de notre paysage depuis les débuts de la révolution industrielle. Elle regroupe, comme son nom l’indique, les différentes méthodes permettant de produire de l’électricité à partir de la force de l’eau. Qu’il s’agisse de profiter de la force des marées, des fleuves ou des petits cours d’eau, le potentiel de cette énergie renouvelable est loin d’être négligeable.

Pourtant, ce mode de production d’électricité fait peu de vagues dans les médias. Il faut dire que, contrairement aux panneaux photovoltaïques, les centrales hydrauliques n’ont pas fait l’objet de coûteuses subventions publiques à destination des particuliers.

Les barrages font également moins parler d’eux que les projets de champ d’éoliennes qui mobilisent écologistes et associations de riverains des années avant leur (éventuelle) construction. Avec sa faible dimension médiatique, l’hydroélectricité ne déclenche pas de polémiques dans la presse et les dîners mondains.

En toute discrétion, elle produit chaque année entre 10 et 15% de l’électricité consommée dans l’hexagone, pour un chiffre d’affaires de près de quatre milliards d’euros en année pleine.

Comme vous le savez, une activité qui revêt une grande importance économique tout en se faisant discrète est souvent synonyme de beau potentiel d’investissement.

Nous allons voir dans cette Quotidienne comment profiter de cette production d’énergie un peu particulière.

Une énergie renouvelable idéale

L’énergie hydraulique possède tous les avantages des énergies renouvelables. Sa source primaire d’énergie (le mouvement de l’eau) est continuellement reconstituée par le cycle naturel des saisons. Une fois la centrale électrique construite, la production marginale d’énergie est par conséquent quasi-gratuite contrairement à une centrale à charbon ou gaz naturel.

La captation de la force de l’eau possède un avantage de taille par rapport à d’autres sources d’énergies renouvelables telles que le bois ou les biocarburants : le mouvement de l’eau n’est pas utilisé par d’autres activités humaines.

Le dilemme bien connu du bio-éthanol (vaut-il mieux manger ou remplir le réservoir de sa voiture ?) ne s’applique pas à la force hydraulique. L’absence de concurrence quant à l’emploi de la ressource énergétique règle le problème de la moralité de son utilisation dans la production d’énergie.

Elle garantit également aux utilisateurs de la ressource une bonne visibilité sur le coût d’approvisionnement.

Les conséquences sur les milieux naturels sont aussi très limitées. Une turbine à eau ne rejette pas de fumées polluantes, pas de C02 ni de radioactivité. Le seul point de vigilance est au niveau de la faune locale qui peut être perturbée dans ses déplacements par la modification du débit des cours d’eaux. Ce problème est toutefois bien connu et des solutions sont systématiquement mises en oeuvre dans les installations françaises.

L’énergie hydraulique est une source verte comme il en existe peu… et elle s’avère particulièrement intéressante lors de sa transformation en électricité.

La réponse aux défis de la production électrique de demain

Si vous vous intéressez aux problématiques énergétiques, vous savez que la production électrique sans hydrocarbures se heurte à un problème majeur : l’adaptation de l’offre et de la demande.

La consommation électrique (la demande) d’un pays varie en permanence. Elle dépend de la saison, de la météo, et même de l’heure. Entre 4 heures du matin où l’activité humaine est la plus faible et 8 heures du matin où les Français allument chauffages et cafetières, la différence de consommation dépasse les 30%. Un autre pic de consommation quotidien est mesuré vers 19 heures.

Consommation Evolution de la consommation française d’électricité sur une journée typique. Source : RTE

Vous le voyez clairement sur la courbe ci-dessus : les variations sont incessantes.

De gros efforts sont faits depuis une cinquantaine d’années pour lisser au maximum cette courbe. L’utilisation massive de ballons d’eau chaude dans les habitations et la généralisation des fameuses « heures creuses » électriques ont pour objectif de répartir au mieux la consommation du pays au cours de la journée.

Malgré tout, les variations de la demande subsistent. Une centrale nucléaire ne peut être démarrée et arrêtée plusieurs fois par jour. Les panneaux photovoltaïques et autres éoliennes fonctionnent quand le soleil et le vent sont présents ; les aléas météorologiques aggravent bien souvent le différentiel offre/demande !

En attendant l’avènement des réseaux intelligents et des voitures électriques qui offriront un gigantesque réservoir d’énergie, seules les centrales hydroélectriques permettent à EDF de gérer à la fois la surproduction et la sous-production d’électricité.

Lors des pics de demande (vers 8h et 19h), les centrales hydroélectriques peuvent être démarrées quasi-instantanément. Elles atteignent leur puissance maximale en moins d’un quart d’heure – ce qui équivaut à de l’immédiateté au vu des puissances en jeu.

En cas de baisse de la demande, tout aussi dangereuse pour le réseau, certaines centrales fonctionnent à l’envers et pompent de l’eau pour remplir le réservoir en amont de leur barrage. Elles absorbent ainsi le surplus d’électricité produit par les centrales nucléaires, éoliennes ou photovoltaïques.

Ce fonctionnement dans les deux sens a également l’avantage de reconstituer les réserves d’eau de la centrale. L’eau remontée lors du pompage pourra être réutilisée plus tard pour produire à nouveau de l’électricité.

Aucun autre type de centrale n’a cette capacité de fonctionner à l’envers et de stocker le surplus d’électricité du réseau. Sans ces centrales polyvalentes, la gestion du parc nucléaire et des autres énergies renouvelables relèverait du casse-tête insoluble.

Quel avenir pour l’hydroélectricité ?

Avec tous ces avantages, il n’est pas surprenant que les centrales hydroélectriques aient été parmi les premières à équiper nos villes et nos usines.

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a massivement investi dans ce mode de production pour assurer son indépendance énergétique. Durant les trente glorieuses, ce sont plus de 120 barrages qui ont été construits sur le territoire. Le Conseil Mondial de l’Energie estime que le potentiel hydroélectrique de la France est déjà exploité à 75%.

Alors, l’hydroélectricité est-elle un marché mature ? Pourquoi s’y intéresser aujourd’hui ?

L’usage massif de l’énergie nucléaire ne doit pas faire oublier les progrès et investissements constants dont fait l’objet l’hydroélectrique. Entre 1973 et 2013, sa production brute est passée de 48 TWh à 76 TWh, soit une hausse de près de 60%.

De nouvelles formes d’hydroélectricité sont en train de voir le jour et pourraient venir augmenter sensiblement la taille du parc. Plus petites, plus efficaces, les nouvelles centrales vont démultiplier le potentiel de notre pays.

Loin de la frénésie médiatique du photovoltaïque, cachées par les volumes de production des centrales nucléaires, les centrales hydroélectriques font leur révolution technologique.

Nous verrons dans une prochaine Quotidienne comment en profiter.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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