Charbon, gaz naturel ou hydrates de méthane : découvrez les remplaçants du pétrole

Rédigé le 17 juillet 2017 par | Matières premières & Energie Imprimer

Après la série de Quotidiennes dédiées aux réacteurs au thorium (que vous pouvez retrouver ici, et ), nous nous penchons sur une source d’énergie mal-aimée du grand public, décriée, ringarde, et pourtant si importante : les hydrocarbures.

Eh oui, encore et toujours du carbone… L’écologiste qui sommeille en vous commence peut-être déjà à grincer des dents. La Quotidienne se mettrait-elle à la provocation ? Pourquoi se pencher sur une énième source d’émission de gaz à effet de serre alors que les accords sur le climat sont en passe de voler en éclat ?

Tout simplement parce que les hydrocarbures vont à nouveau faire parler d’eux dans les prochaines années.

L’énergie est le sang de nos sociétés occidentales. Sans elle, point d’industrie ni de croissance. Il se trouve que parmi les sources d’énergies dont nous disposons, les hydrocarbures s’avèrent être les plus utiles. Leur densité énergétique, leur capacité de transport et leur abondance en font le principal moteur de notre activité.

La production électrique et ses innovations technologiques sont très présentes dans la presse (y compris dans nos colonnes). Cette surreprésentation de l’électricité dans le discours ne doit pas faire oublier que la consommation d’électricité est minoritaire dans le mix énergétique mondial. La réalité est que le monde tourne à plus de 80% (très exactement 81,7% en 2015) grâce aux hydrocarbures.

Les hydrocarbures : une réalité incontournable

Même les sources d’énergie les plus pures et les plus renouvelables ont besoin d’hydrocarbures pour être mises en place. Impossible de fabriquer une éolienne ou un panneau photovoltaïque sans pétrole ni gaz naturel.

Lorsque vous entendez parler de la découverte d’un énorme gisement d’hydrocarbures, vous réjouissez-vous ou le déplorez-vous ? Vous pouvez considérer que cette énergie supplémentaire offrira à l’humanité plus de marge de manoeuvre pour construire un monde meilleur, ou déplorer la course effrénée vers une civilisation toujours plus dépendante des énergies fossiles.

Quelle que soit votre sensibilité sur cette question, la réalité est que nous consommons (plus ou moins rapidement) tout ce que nous pouvons. En-dehors des phases de récession, la demande mondiale en énergie fossile suit la production.

Les hydrocarbures jouent pour notre activité industrielle le rôle d’étalon que l’or n’aurait jamais dû quitter. Impossible de faire marcher la planche à billet pour « inventer » des barils de pétrole ! Extraire de l’énergie demande du temps et de l’argent – comme le métal jaune.

D’autant que les ressources fossiles ne peuvent être que marginalement remplacées (où sont les voitures roulant au bioéthanol pur ?), et qu’elles doivent être considérées comme un flux et non comme un stock.

Contrairement aux métaux et à la monnaie, la quantité d’hydrocarbures disponible sur terre à un instant T n’a quasiment aucune importance tant les stocks sont négligeables par rapport aux volumes extraits annuellement. Ce qui compte, c’est la production comparée à la demande.

Si l’arrivée du pétrole de schiste a été un tel soulagement pour l’industrie pétrolière (et nos économies), c’est parce qu’elle a permis d’augmenter la production de pétrole des Etats-Unis à un niveau proche de son pic des années 1970.

production

Après 40 ans de déclin, la production de pétrole aux Etats-Unis est enfin repartie à la hausse en 2010

Ce genre de courbes est fréquemment utilisé par les économistes pour balayer d’un revers de main le concept de peak oil.

Pourtant, le peak oil n’est que l’expression d’une réalité physique : comme toute ressource finie, le pétrole sera extrait à un rythme croissant, puis décroissant.

Les révolutions technologiques permettent de partir sur de nouvelles bases (nouvelles estimations de réserves disponibles, nouvelles capacités d’extraction) et de remettre les compteurs à zéro, mais la réalité est tenace : même l’extraction du pétrole de schiste passera par un maximum avant de décroitre.

Savez-vous pourquoi la plupart des courbes de production des Etats-Unis que vous trouvez actuellement dans la presse, comme celle ci-dessus, s’arrêtent vers 2014-2015 ?

N’êtes-vous pas curieux de savoir ce qui s’est passé depuis ? Après tout, nous sommes déjà mi-2017…

Il faut aller fouiner dans les données (heureusement publiques) de l’EIA pour découvrir la réalité des extractions de pétrole.

puits

Production de pétrole aux Etats-Unis depuis 2010, en milliers de barils.

Données mensuelles EIA lissées sur 6 mois

Oups ! Il semblerait que la hausse ait marqué le pas, ne trouvez-vous pas ? La production de shale oil repartira-t-elle ponctuellement à la hausse avec la stabilisation des prix du brut et l’ouverture de nouveaux forages ? Très probablement.

Sera-t-elle contrainte, comme la production de pétrole brut léger, à passer par un maximum avant de baisser à son tour ? C’est inévitable.

L’avenir nous dira si 2015 était l’année du pic de production de pétrole aux Etats-Unis de ce siècle, ou une simple pause dans la hausse.

Nous verrons également si les pays producteurs de l’OPEP ont autant de réserves qu’ils l’annoncent alors que les découvertes de nouveaux gisements sont quasi-inexistantes depuis 30 ans.

A moyen terme, la hausse continue de la production mondiale de pétrole n’est garantie par aucune loi divine. Bien sûr, les sociétés pétrolières, les industriels grands consommateurs d’énergie et nos dirigeants en ont parfaitement conscience.

Quel est le plan B ?

Le recours massif au gaz naturel et au charbon.

Au XXIème siècle, nous réaliserons que le pétrole était une énergie propre

La perspective d’un remplacement du pétrole par le charbon, disponible en grande quantité et facilement extractible, n’est une bonne nouvelle pour personne.

Sa densité énergétique est ridicule par rapport au pétrole, sa combustion est très polluante et son extraction est mortelle. Rien qu’en Chine, la seule activité d’extraction est responsable de milliers de morts par an (avec un record de 6 995 en 2002 selon les chiffres officiels).

Les décès imputables à la pollution ne font, bien sûr, pas partie de ce décompte… De quoi relativiser les dangers du nucléaire, et ne pas attendre avec impatience la migration de la consommation de pétrole vers le charbon !

Le gaz naturel, petit frère du pétrole, pourra connaître son heure de gloire une fois que les tensions sur l’approvisionnement en or noir seront trop grandes.

Il a l’avantage d’être extrait de manière comparable au pétrole (matériels, savoirs et ressources humaines pourront être basculés de l’un à l’autre), avoir une bonne densité énergétique une fois compressé et être bien moins polluant que le charbon.

Cela dit, les réserves prouvées de gaz naturel sont comparables à celles du pétrole (environ 50 ans au rythme de consommation actuel selon BP). Les gisements conventionnels de gaz naturel ne pourront donc pas servir de relai énergétique bien longtemps si la disponibilité du pétrole devient un problème.

L’avenir énergétique de nos sociétés occidentales pourrait bien venir d’un composé peu connu jusqu’ici : les hydrates de méthane.

Nous verrons dès demain ce qui se cache derrière ce nom, et l’importance qu’ils prendront dans notre économie.

Mots clé : - - -

Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

Un commentaire pour “Charbon, gaz naturel ou hydrates de méthane : découvrez les remplaçants du pétrole”

  1. Hallo Monsieur Etienne,
    vous avez écrit: « Au vu des quantités disponibles, la quantité d’énergie apportée par ces nouveaux hydrocarbures pourra rapidement dépasser la contribution du photovoltaïque, de l’éolien, et même du nucléaire. » Avec cette déclaration vous ingnorez le caractère dé-centralisé des énergies renouvelables c-à-d. du photovoltaique et de l´énergie éolienne. J´ai installé des panneaux photovoltaiques sur le toit de ma maison et depuis ma facture électrique est = 0 €! Il en est de même des parcs éoliens ou un groupe de personnes ou une commune crèe de la plus-value locale et régionale.
    Votre solution sert à maintenir le monopol énergétique des grandes firmes et en plus elle n´est pas durable.
    Bien à Vous, Joseph Meyer

Laissez un commentaire