Avec la Big Fucking Rocket, Elon Musk veut vous envoyer en l’air

Rédigé le 2 octobre 2017 par | A la une, Nouvelles technologies Imprimer

Nous évoquons régulièrement les véhicules du futur et les implications bouleversantes qu’ils pourraient, en théorie, avoir sur nos sociétés.

Il est passionnant d’imaginer un futur où nos déplacements quotidiens seraient, au choix, écologiques, silencieux, peu chers, rapides et interplanétaires (l’imagination a l’avantage de ne pas devoir être raisonnable).

Pourtant, le principe de réalité nous oblige à constater que les grandes promesses ne sont pas toujours suivies d’effet. Nous ne nous déplaçons pas en voitures volantes comme nous l’imaginions au début du siècle. Nous ne partons pas le week-end en hélicoptère comme nous aurions pu le penser lors de l’invention de ce moyen de transport. Nous attendons encore l’ouverture de la première base lunaire de tourisme…

A l’exception de l’avion, qui a réussi sa fantastique démocratisation en quelques décennies, le recours au transport aérien est quasi inexistant pour Mr-Tout-le-monde.

Fusées et drones, qui font beaucoup parler d’eux depuis quelques années, restent cantonnés à des marchés de niche.

L’écrasante majorité des fusées est envoyée dans l’espace pour mettre sur orbite des satellites militaires et de télécommunication. Du côté des drones, le gros du marché (en unités vendues) est constitué de drones de loisir qui dorment dans leur carton une fois que l’attrait de la nouveauté s’est émoussé.

Que manque-t-il à ces véhicules volants pour être utilisés à grande échelle ? Un marché de masse, économiquement justifiable.

En quelques semaines, nous avons vu une inflexion intéressante dans le discours d’industriels de renom. Finies les promesses en l’air, place au pragmatisme et à la recherche d’applications populaires.

Big Fucking Rocket : vers une fusée grand public ?

Les professionnels du secteur spatial attendaient avec impatience les dernières annonces de SpaceX quant à son programme interplanétaire. Avec le succès de ses fusées réutilisables, les ambitions lunaires et martiennes de SpaceX sont plus que jamais d’actualité.

C’est pourtant le positionnement terre-à-terre d’Elon Musk qui a surpris lorsque le P-DG a annoncé, la semaine dernière, son prochain véhicule spatial.

La Big Fucking Rocket (excusez l’absence de traduction du terme qui sonne bien mieux dans la langue de Shakespeare) aura, naturellement, une capacité de mise en orbite hors du commun et pourra être utilisée pour coloniser la Lune et Mars.

Il était prévu depuis les débuts de SpaceX que les fusées Falcon réutilisables ne seraient qu’un premier pas pour faire avancer l’état de l’art. La surprise n’était donc pas dans les spécifications techniques titanesques de ce lanceur hors du commun.

C’est à la fin de ses annonces qu’Elon Musk a dévoilé une utilisation originale de cette fusée : le transport de passagers de ville à ville.

En utilisant une trajectoire balistique, il deviendrait possible de relier les grandes métropoles en moins d’une demi-heure.

BFR

La BFR comme moyen de transport. Cliquez pour regarder la vidéo de SpaceX.

Une telle prouesse ne relève pas de la science-fiction : le taux de succès des atterrissages des fusées Falcon augmente en permanence. Si la fiabilité de ce mode de déplacement se confirme, voyager en BFR pourrait être aussi sûr, voire plus, que les déplacements en avion.

Ce qui rend cette annonce intéressante est que ce projet n’est pas pensé pour plaire aux millionnaires comme les véhicules de tourisme spatial conçus par les concurrents. Avec un prix cible « de l’ordre d’un déplacement en classe économique en avion », Elon Musk veut faire des voyages en fusée une chose aussi banale qu’un vol long-courrier.

Cela vous semble fou ? N’oubliez pas qu’il y a 50 ans, traverser l’atlantique en avion était réservé à l’élite. Aujourd’hui, l’avion est moins cher que le train et la voiture sur la plupart des trajets.

Elon Musk l’a compris : c’est en transportant des millions de personnes par an que ses véhicules sortiront de leur marché de niche. L’expérience des réalisations de Tesla et SpaceX nous montre qu’il est tout à fait raisonnable de croire au succès de ce projet !

Le drone à sa juste place

De leur côté, les drones pourraient bien avoir trouvé leur place dans nos activités quotidiennes.

Vous avez probablement suivi les essais de drones de livraison autonomes menés notamment par Amazon. L’objectif affiché par le géant est de proposer une livraison ultra-rapide en livrant les produits directement de l’entrepôt au pas de la porte du client.

Une telle ambition reste quelque peu démesurée vu les capacités d’emport actuelle des drones et la législation sur les appareils volants.

De plus, voulons-nous vraiment vivre dans des villes où des nuées de drones chargés de colis sillonneraient le ciel en permanence ? Les freins psychologiques et politiques sont forts, et il risque de se passer de nombreuses années avant que ce futur (quelque peu dystopique) devienne réalité.

Mercedes-Benz a imaginé une autre solution logistique autour du transport aérien. Le constructeur a annoncé ce mois-ci un nouveau concept de véhicule de livraison équipé de drones pour les derniers mètres.

Vision Van

Le Vision Van de Mercedes – Crédit : Mercedes-Benz

Ce mode de livraison multi-modal combine un van circulant sur les routes et des drones autonomes capables de récupérer les colis dans l’espace de stockage, les livrer et revenir à bon port.

La livraison dans les villes, en plein boom avec l’essor du e-commerce, se heurte à de basses considérations matérielles. Les chauffeurs perdent beaucoup de temps à retrouver les colis, sortir du camion (souvent mal stationné) et déposer le paquet au bon endroit.

Le dernier kilomètre est le cauchemar des logisticiens. Ce n’est pas pour rien que les transporteurs optent de plus en plus souvent pour des dépôts en points-relais : cette petite différence, quasi imperceptible pour le destinataire, simplifie considérablement la chaîne logistique.

Mercedes a donc identifié un problème bien réel auquel sont confrontés tous ses clients. La solution de faire voler des drones sur de petites distances est beaucoup plus crédible que des vols partant d’un entrepôt situé à plusieurs kilomètres.

Avec cet usage du drone, les problèmes d’autonomie et de législation mentionnés précédemment seraient évités.

Reste, bien entendu, la question de la faisabilité technique. Il semblerait qu’elle soit, elle aussi, en passe d’être réglée. La semaine dernière a eu lieu un test grandeur nature à Zurich (Suisse).

Mercedes a, en collaboration avec le fabricant de drones américain Matternet, réalisé une livraison en utilisant un fourgon Vito aménagé et un drone Matternet M2 d’une autonomie de 20 km et d’une vitesse maximale de 70 km/h.

Mercedes

Un drone de livraison lors du test à Zurich – Crédit : Mercedes-Benz

Cette preuve de concept basée sur l’intégration de produits existants montre que les capacités techniques actuelles sont bien suffisantes. Il ne reste plus aux acteurs qu’à structurer leur offre pour qu’elle soit économiquement attractive.

Heureux les simples en stratégie : le royaume des cieux leur appartient

Avec ces changements de stratégie commerciale et ces ajustements techniques à la marge, les fabricants de véhicules spatiaux et de drones peuvent espérer atteindre le Graal de l’industrie : le marché de masse.

Après avoir essayé de vendre de nouveaux usages (tourisme spatial et colonisation de planètes pour les uns, vols de drones de loisir pour les autres), c’est in fine de la simplicité que viendra le succès.

Lorsque le marché ne se reconnaît pas dans les nouveaux besoins auxquels une innovation technologique se propose de répondre, le plus efficace pour ne pas tomber dans l’oubli reste de se recentrer sur des problématiques classiques. Le transport de personnes et la logistique citadines en font partie… et SpaceX et Mercedes, en l’acceptant avant leurs concurrents, prendront une longueur d’avance.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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