Après Alger. Ce qui attend maintenant le cours du pétrole

Rédigé le 6 octobre 2016 par | Matières premières & Energie Imprimer

Le 28 septembre dernier, lors de la réunion des producteurs de pétrole qui s’est déroulée à Alger, les pays membres de l’OPEP se sont mis d’accord pour « réduire leur production » avec pour objectif de relever durablement le cours du pétrole.

Un accord qui m’a vraiment surprise (je l’attendais plutôt pour la fin de l’année) et qui a immédiatement fait flamber le cours du baril, et certains se sont pris à rêver d’un pétrole qui repartirait, enfin, en forte hausse.

Depuis, la fièvre est un peu tombée alors que grandissent les doutes sur la capacité des membres de l’OPEP à mettre en place ce plafonnement de la production.

L’accord de l’OPEP, une longue liste de doutes

Pourquoi de tels doutes ?

1. Réunis en marge de la réunion des producteurs de pétrole, les membres de l’OPEP n’ont qu’eu le temps de jeter les premières bases de cet accord : à savoir un plafonnement de la production de pétrole au niveau enregistrés en janvier dernier (ce qui avait déjà été suggéré par l’avortée réunion de Doha).

Tout reste donc à faire… les détails de cet accord devront être réglés. Or, comme vous le savez, le diable réside généralement dans ces fameux détails.

2. Les discussions vont donc être compliquées au sein de l’OPEP. Que l’Arabie saoudite et l’Iran, que l’on peut qualifier d’ennemis historiques, soient parvenus à se mettre d’accord sur un premier brouillon ne signifie que la suite des discussions se fera sans accrocs. Pour rappel, l’Iran affichait jusqu’il y a quelques jours sa très ferme intention de continuer à augmenter sa production, et ses exportations. Le pays – il n’est d’ailleurs pas le seul dans ce cas – outrepasse très largement ses quotas officiels, et ce depuis des mois.

3. Les quotas, parlons-en. Comment décider qui produit, et en quelles quantités ? Les membres de l’OPEP semblent s’être mis d’accord sur le principe suivant : chaque mois, en fonction de la demande, l’Organisation détermine le niveau de production nécessaire et attribue à chaque pays sa part de production. Voilà pour le principe. Pour l’application… Hum… cela risque d’être un poil compliqué.

4. La production maximum totale des membres de l’OPEP a été fixée à un niveau déjà très élevé – entre 32,5 millions et 33 millions de barils par jour –, soit un tiers de la demande mondiale de pétrole. En clair, cela signifie, et alors que la demande ne progresse plus aussi vite que par le passé, que l’offre va rester importante par rapport à la demande.

5. Que les membres de l’OPEP soient (à peu près) d’accord, c’est bien. Reste qu’ils ne représentent pas à eux-seuls toute la production mondiale de brut. Deux gros producteurs n’ont pas signé l’accord : la Russie et les Etats-Unis.

La Russie s’est officiellement déclarée « prudente » sur l’accord conclu à Alger, et attend manifestement de voir de quel côté tourne le vent. Le pays a énormément produit de brut au cours des derniers mois, augmentant régulièrement sa production mensuelle. Sur le seul mois de septembre dernier, la Russie a augmenté sa production journalière de 200 000 barils, à 11,18 millions de barils. Et comme le rappelle le Financial Times, l’exploitation pétrolière russe a augmenté de 25% depuis 2014.

Quant aux Etats-Unis… la possibilité d’un accord se heurte à la réalité de terrain. Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des grands pays pétroliers, la production n’est pas aux mains de l’Etat ou d’une ou deux grandes compagnies (plus ou moins nationales). La production américaine est fragmentée entre une multitudes d’entreprises privées, de taille variées mais sur lequel aucun contrôle strict de la production n’est possible. Leur seul frein, ce sont les cours du baril eux-mêmes.

Si, grâce à l’accord d’Alger et ses suites, le cours du pétrole se reprend, cela sera un encouragement supplémentaire pour les producteurs américains – ce qui devrait rapidement peser sur les prix.

Pour toutes ces raisons, l’accord conclu à Alger sera non seulement pas simple à appliquer mais, en outre, n’aura pas forcément d’effet délirant sur le cours du baril. Et voici pourquoi ce même cours semble se stabiliser, ces derniers jours, autour des 50 dollars.

Reste qu’en creux, l’accord d’Alger laisse entrevoir une possible reprise des cours, à moyen terme.

Reprise du cours du pétrole à l’horizon (mais quel horizon ?)

Pourquoi un tel optimisme après vous avoir (longuement) démontré les faiblesses de cet accord ?

Parce qu’entre les ambitions de productions affichées par les pays pétroliers et la réalité du terrain, et celle de leurs champs pétroliers, il y un fossé grandissant.

Prenons l’Iran. Je sais que je me répète mais les infrastructures pétrolières du pays ont été extrêmement mal gérées ces dernières années sous la double et néfaste influence d’une administration lourde et peu efficace, et des embargos occidentaux. Ces infrastructures ont été jusqu’à récemment oubliées par les investissements étrangers et n’ont pas suivi les progrès techniques accomplis par l’industrie pétrolière. Ce retard et ce manque d’investissements prendront du temps à être rattrapés.

L’Irak et la Libye connaissent eux-aussi d’importants problèmes d’investissement dans leur secteur pétrolier auxquels il faut ajouter une encore plus dangereuse instabilité politique. Sur le moyen-long terme, ces deux pays vont avoir du mal à maintenir leur production.

Jetons maintenant un oeil sur un autre important producteur, la Russie. A première vue, tout va bien de ce côté. Je vous le disais, la production russe est en hausse constante et ce malgré l’effondrement du prix du baril depuis l’été 2014. Le pays a connu d’importantes difficultés économiques mais s’est, comme d’autres, lancé dans une véritable frénésie productrice. Son niveau de production actuel est le plus haut jamais atteint depuis 1989 (oui, quand l’Union soviétique existait encore).

Les discussions entre les experts sur la capacité de la Russie à maintenir ce niveau de production pendant longtemps fait rage. Disons que même les plus optimistes doutent de la capacité de la Russie à produire autant d’ici trois ans. Je sais, je sais, nous avons donc encore un peu de marge.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

En ne prenant en compte que le tableau de l’offre et de la demande, les cours du pétrole ne devraient pas retrouver leurs sommets avant plusieurs années.

Par contre, les progrès sous-tendus par l’accord conclu à Alger pourraient aboutir à l’établissement d’un prix-plancher, sous lequel le baril ne s’enfoncerait pas (ou plus). Ce plancher sera-t-il les 45 dollars ? Les 48 dollars ? Les 49 dollars ? Voire les 50 dollars ? Nous verrons cela dès que les membres de l’OPEP auront réglé la question de la mise en place technique de la limitation de production.

Quand pourrons-nous espérer revoir les 80 dollars ou même les 100 dollars ? Vous l’aurez compris, pas avant plusieurs années.

Du moins si aucun événement majeur – l’effondrement des marchés boursiers, celui de la Chine, ou une révolte généralisée contre le pétrodollar – ne vient perturber le cours du pétrole. [NDLR : Pour profiter de la stabilisation haussière des cours du pétrole, Mathieu Lebrun vous propose en ce moment un trade rapide sur une parapétrolière. De quoi démultiplier la hausse du baril ! A retrouver dans la Bourse au Quotidien Pro].

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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