Réchauffement climatique : Investir dans un monde à +2°C

Rédigé le 10 mai 2016 par | Macro éco et perspectives, Matières premières & Energie Imprimer

Nous y sommes : la COP21 (la conférence des Nations Unies sur le climat) est bel et bien terminée. On se tape dans le dos, on se félicite d’être parvenu à un accord pour contrôler le réchauffement climatique. Nous allons, c’est sûr, limiter l’augmentation de la température à moins de 2°C par rapport à son niveau préindustriel, et probablement même réussir à tenir une cible de 1,5°C. Mission accomplie. Circulez, il n’y a rien à voir.

Du grand n’importe quoi.

Malgré les accords, il n’y a en fait aucun plan, ni incitation, ni volonté réelle pour contrôler les températures sur notre planète. Rien du tout.

Bien sûr, l’ère des énergies fossiles touche déjà à sa fin. Le charbon, notamment, est condamné et des géants comme Peabody Energy sont déjà en grande difficulté.

Le réchauffement climatique, grand oublié des politiques et des investisseurs

Mais cela ne signifie pas que les changements nécessaires se produiront suffisamment rapidement. Les moteurs économiques de cette transformation sont d’avantage alimentés par les avantages économiques simples des énergies renouvelables que par les proclamations de politiciens pendant une fiesta parisienne.

Le gouvernement britannique montre l’exemple : faites semblant de soutenir les énergies renouvelables jusqu’à ce qu’elles aient du succès, puis laissez tout tomber et fuyez. Les politiciens aiment parler de changement, mais ils n’aiment pas les risques qui y sont associés… ils ont donc tendance à se retirer à la dernière minute.

Nous l’avons aussi vu en Espagne et dans certains Etats américains qui retirent leur soutien au solaire. Ce n’est donc pas un phénomène isolé.

Même si nous devions croire les politiques sur parole, une réduction de l’utilisation des carburants fossiles irait de pair avec une réduction de la fumée et du brouillard qui couvrent la planète –ce qui mènerait inévitablement à un réchauffement supplémentaire. Que l’on contrôle ou non les émissions, c’est perdant/perdant.

La situation n’est donc pas rose. Le réchauffement climatique finira par être stoppé, non pas par l’air brassé les politiciens, mais par des facteurs économiques simples. Malheureusement, cela n’arrivera pas suffisamment vite pour éviter nombre de conséquences les plus graves, et nous forcera à gérer un réchauffement supplémentaire.

Les températures vont donc augmenter – nettement. En étant réaliste, 2°C est un minimum, et les changements de température pourraient en fait être bien supérieurs à ce chiffre. On dit souvent que 2°C ne représente pas un gros changement dans la température sur une journée. Mais en termes de zones climatiques, c’est un immense bouleversement.

Une augmentation de la température moyenne sur la planète de 2°C ressemble assez à la différence entre une période glaciaire (un « âge de glace ») et une période interglaciaire (comme celle que nous connaissons aujourd’hui).

Alors, à quoi ressemblera notre planète ?

A court terme, les changements pourraient être assez limités, surtout dans nos régions. Les zones tempérées pourraient connaître certains changements – par exemple, de plus en plus d’inondations –mais tout le monde ne peut pas en dire autant.

Les énergies fossiles sont-elles condamnées par le réchauffement climatique ?

Il y aura de grands gagnants… et bien sûr de grands perdants. Même en gardant à l’esprit la réponse mi-figue mi-raisin apportée par les politiciens au changement climatique, nous pouvons nous attendre à ce que le charbon souffre beaucoup. Comme nous l’avons déjà dit, Peabody est un excellent exemple.

Le pétrole est plus difficile à remplacer, car il alimente nos véhicules. Le gaz est lui aussi dur à remplacer parce qu’il alimente nos maisons. Le charbon, par contre, peut très facilement être remplacé. Le passage du charbon au gaz a déjà commencé, ce qui explique une bonne partie des difficultés rencontrées aujourd’hui par la branche.

Parier sur une baisse du charbon est donc justifié. Conserver des entreprises qui ont des intérêts significatifs dans les énergies fossiles est une mauvaise idée, pas pour des raisons morales mais parce qu’elles doivent faire face à la concurrence de plus en plus agressive des énergies renouvelables.

Dans quels secteurs investir pour affronter un monde à +2°C ?

Quatre secteurs semblent offrir de belles occasions : l’eau, l’ingénierie civile, le terrain, et la recherche agronomique.

Le secteur de l’eau devra faire face à d’importants bouleversements. Les besoins en eau douce ne cessent d’augmenter, même sans changement climatique. L’épuisement des nappes phréatiques et l’une augmentation de la population urbaine vont poser des problèmes d’approvisionnement à très court terme.

Les services (notamment ceux gérées par des entreprises publiques) pourraient voir leurs marges se réduire comme peau de chagrin, alors que les politiques tenteront de jongler avec les faits sur le terrain d’un côté et l’opinion publique de l’autre.

Les sous-traitants en matière de services publics, par contre, profiteront de l’explosion de la demande en eau. La demande de nouvelles infrastructures – forage, tuyaux et stations de désalinisation – ne fera qu’augmenter.

De plus, il y aura un besoin croissant de nouvelles technologies, comme celles permettant de transformer les eaux usées en eau potable. Quand la sécheresse se fera sentir, nous devrons nous habituer à boire ce qui était dans les égouts la semaine dernière encore… Dans le secteur agricole, l’irrigation et la gestion des eaux deviendront de plus en plus importants, et les entreprises du secteur devraient en bénéficier.

Dans l’ensemble, l’ingénierie civile connaîtra des performances spectaculaires – mais il faudra attendre pour obtenir de jolis bénéfices. Aujourd’hui, les politiciens restent largement aveugles aux risques que pose l’augmentation du niveau des mers. C’est pourtant l’un des aspects les plus certains et les plus inéluctables du changement climatique. Même la maîtrise des crues semble ne pas trop les intéresser, malgré des impacts potentiels à court-terme. Le ministre britannique des finances vient tout juste de débloquer les fonds nécessaires à faire bouger, ne serait-ce qu’un peu, la protection contre les inondations.

Il suffit de regarder le quartier londonien d’Embankment à marée haute pour constater à quel point le danger est imminent pour nous en tant que nation et en tant que société. Londres, New York, Miami, Mumbai… il est probable que toutes ces villes finissent perdues sous les eaux. Même la géo-ingénierie ne fera qu’une différence limitée face à la montée des eaux.

Face à ce risque, il faudra des moyens de ralentir la montée des eaux. Nous n’y parviendrons que partiellement car l’augmentation du niveau de la mer ne se fera pas du jour au lendemain. Les entreprises impliquées dans la lutte anti-inondation pourront bénéficier de cette situation.

Cela pourrait jouer en faveur des grands sous-traitants des autorités publiques, capables de mettre au point des systèmes de défense comme la barrière de la Tamise (deuxième plus grande barrière contre les inondations marines au monde, elle protège Londres de la montée des eaux liées aux marées et tempêtes).

L’agrobusiness et les entreprises biotechnologiques dans le domaine de la recherche agronomique sont un autre secteur fortement influencé. Les températures sont en augmentation. Les terres agricoles seront aussi de plus en plus sèches ou humides, selon l’endroit où elles se trouvent. A cela il faut ajouter un degré significatif d’imprévisibilité climatique, histoire de compliquer un peu les choses).

La demande de semences résistantes – à la chaleur, à la sécheresse ou au sel – va donc augmenter. Il est sans doute préférable d’investir dans une large gamme d’entreprises bien placées. Les semences technologiques, les produits chimiques agricoles et les entreprises d’OGM sont tous des secteurs prometteurs, mais il faudra répartir les risques pour vous assurer de détenir celui qui finira par bénéficier de la crise qui nous attend.

En ce qui concerne l’agrobusiness, les modifications de l’utilisation des terres seront radicales : le potentiel est donc immense, qu’il s’agisse de parier sur une hausse ou sur une baisse…. Lorsque les terres arables laisseront place à des déserts, ou lorsque des terres marginales pourront devenir utiles à la production, il n’est pas difficile de voir comment des fortunes seront bâties… ou détruites. Quant à déterminer avec exactitude les terres affectées, c’est un sujet pour un autre article…

Pour résumer : une augmentation de 2°C des températures terrestre est tout bonnement inévitable. Vos investissements, quel que soit le secteur, devraient tenir compte du besoin d’adaptation, mais les occasions spécifiques de court terme en matière d’eau, de défense et de foncier sont d’excellentes manières d’investir.

Par Andrew Lockley

Laissez un commentaire