Krach ou krachounet ?

Rédigé le 6 février 2018 par | Indices & Actions Imprimer

-2,5% vendredi.

-4,6% hier.

Voilà les contre-performances du Dow Jones au cours des deux dernières séances.

Cela faisait longtemps que les marchés n’avaient pas vécu cela. Depuis août 2011 pour être exact, alors que les Etats-Unis perdaient leur notation AAA.

C’est violent, et cela l’est d’autant plus que nous avions perdu l’habitude de ce genre de séances.

-2,5%, cela fait revenir en mémoire de vieux souvenirs de krach.

-4,6%, cela commence à avoir le goût, l’odeur et la forme d’un krach. Hier, le S&P 500 perdait 4,1%, le Nasdaq -3,78%. Le VIX, dit indice de la peur explosait à la hausse… et les valeurs refuges – l’or, le pétrole – sont en hausse.

De quoi alimenter la panique sur les places mondiales alors que Wall Street orchestre l’humeur des marchés. Ce matin, le CAC 40 ouvrait ainsi en baisse de 3,5%. Et cette nuit, les bourses asiatiques ont plongé.

Que se passe-t-il ?

Prise de conscience obligataire

Comme je vous le disais hier, nous assistons à une prise de conscience. Vendredi dernier, la publication d’une hausse plus importante que prévue des salaires aux Etats-Unis (+2,9% en janvier contre 2,6% attendu et 2,5% en décembre dernier) a mis le feu aux poudres.

Cette hausse des salaires était la pièce manquante du puzzle de la croissance économique et du retour de l’inflation.

La Fed n’a maintenant plus aucune excuse pour ne pas relever significativement ses taux directeurs. Fini les petites hausses prudentes et éparpillées, la banque centrale américaine pourrait sortir l’artillerie lourde.

Et c’est cette perspective qui ne plaît pas aux marchés, habitués à des liquidités abondantes et bon marché.

L’autre grand problème, c’est la hausse des rendements obligataires. Autant, les marchés peuvent supporter une petite inflation bien contenue et même des taux directeurs un peu plus haut, autant la hausse des rendements obligataires est une « no go zone », un terrain sur lequel personne n’a envie de s’aventurer.

Les bons du Trésor américain à 10 ans se sont approchés de la zone des 3% que craignent tant analystes et marchés.

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Rendement des bons du Trésor à 10 ans sur un an

Le rendement des Bunds allemands à 10 ans – l’autre grande référence sur l’obligataire – s’est lui aussi envolé sur un an.

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Rendement des Bunds allemands à 10 ans sur un anSource : Agence spatiale canadienne

Pour les Etats, une hausse des rendements signifie un alourdissement significatif du poids de leur dette. Ils vont être obligés d’emprunter pour plus cher… et cela risque d’être extrêmement problématique pour les plus endettés d’entre eux. Pensez à ce qui s’est passé pour la Grèce quand les taux d’emprunt obligataires ont grimpé. En Europe, l’Italie, la Grèce, l’Espagne mais aussi la France risque gros si le taux auquel ils empruntent grimpe.

Depuis 2008, la dette mondiale a augmenté de plus de 60 000 milliards de dollars. Nous vivons dans un monde de dettes, et la remontée des rendements menace de le faire s’effondrer

Pour les marchés et le monde de la finance, c’est une catastrophe. Etienne Henri était longuement revenu sur les conséquences de la hausse des rendements pour les marchés, pour les investisseurs mais aussi pour les épargnants dans une précédente Quotidienne que je vous invite à (re)lire.

Un krach obligataire ou des marchés actions pris à leur propre jeu ?

Seulement, à y regarder de plus près, la hausse des rendements obligataires n’est peut-être pas la cause du violent décrochage d’hier. Jetez de nouveau un oeil sur l’évolution des rendements des bons du Trésor.

Oui, vous observez bien, ils ont baissé ces derniers jours alors que les marchés actions perdaient de l’altitude.

Les obligations souveraines ont une nouvelle fois joué leur rôle de valeurs refuges. Comme l’or et le pétrole, elles ont eu les faveurs des investisseurs alors que les actions passaient dans le rouge.

Alors, si les rendements ne peuvent expliquer l’ampleur du décrochage d’hier, qui en est l’origine ?

Peut-être les marchés actions eux-mêmes. Les investisseurs sont des hommes d’habitude. De même que les algorithmes de trading qu’ils ont conçus. En clair, cela signifie que le comportement naturel des investisseurs – qu’ils soient dotés d’un cerveau humain ou d’un réseau de silice – est de parier sur une poursuite de la tendance.

Et qu’elle est-elle cette tendance ?

Depuis des mois, elle est définie par une volatilité faible et par une hausse des actions. Les investisseurs ont parié sur ces fondamentaux. Et il suffit d’une petite anicroche (telle que celle créée par la publication de vendredi dernier sur les salaires) pour engendrer un effet boule de neige. Les stratégies reposant sur une volatilité faible ont été contrariées, et des milliers de traders ont dû racheter leurs positions – accentuant encore la baisse des marchés et la hausse du VIX.

Voici ce que cela a donné pour le VIX, qui a pris 115% en 24h :

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Evolution du VIX sur un mois

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Avons-nous sous les yeux un véritable début de krach ou bien seulement sa bande-annonce ?

Je vais peut-être vous surprendre, mais je penche pour la seconde solution.

Pourquoi ? Parce que la croyance et la confiance des investisseurs dans les banques centrales est encore forte. Ils parient sur leur intervention pour calmer à la fois les rendements, la volatilité et à continuer à alimenter les marchés en suffisamment de liquidités.

Il y a fort à parier aussi que de nombreux investisseurs gardent en tête l’idée que ce décrochage est une excellente occasion d’acheter des valeurs à bon compte. L’optimisme haussier n’est pas encore épuisé.

Mon pari est donc le suivant – mais je peux complètement me tromper – : il y aura bien un krach, mais pas tout de suite.

Donc surveillez de près les valeurs qui vous intéressent. Quand elles seront suffisamment bon marché, cela sera peut-être l’occasion de les mettre en portefeuille.

Et que cela ne vous empêche pas de prendre quelques mesures de précaution pour vous protéger d’un véritable krach. [NDLR : Voici les 6 mesures à prendre pour vous protéger. 6 mesures très simples pour mettre patrimoine, épargne et investissements à l’abri. Pour en savoir plus…]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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