Quoi de neuf du côté des drogues ?

Rédigé le 14 octobre 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Le monde de la drogue connaît des changements rapides. Un siècle de prohibition comme modèle de contrôle touche à sa fin. Les choses n’ont pas toujours été ainsi. L’opium, précurseur de l’héroïne, pouvait être vendu et utilisé ouvertement aux Etats-Unis jusqu’en 1875. Dans l’Angleterre du XIXe siècle, l’opium et la cocaïne pouvaient être achetés dans une pharmacie, voire auprès de vendeurs ambulants.

Alors que l’accès aux drogues illégales demeure toujours relativement facile, il devient évident que l’approche actuelle, fondée sur une prohibition totale, ne fonctionne pas particulièrement bien.

Parallèlement, la qualité des drogues en circulation ainsi que la sécurité des usagers sont dangereusement basses, et ce avec des conséquences diverses, comme des morts par overdose ou la transmission du VIH par des aiguilles contaminées.

Loin d’être éliminé, le commerce international de drogue se porte bien et détruit l’économie de pays entiers, comme l’Afghanistan, la Colombie et le Mexique. La prohibition a également provoqué une explosion de la population carcérale. Aux Etats-Unis, la drogue est (de loin) la première raison de condamnation à des peines de prison. De plus, cette politique a exposé la société dans son ensemble à la criminalité associée, avec des guerres de territoires entre dealers et les vols commis par les personnes dépendantes.

Il faut vraiment être drogué pour penser que la prohibition fonctionne bien…

Mais la roue tourne.

Trois grands changements vont transformer ces activités du tout au tout : la vente par Internet, les drogues synthétiques, et la dépénalisation. Ensemble, ces différents éléments créent une mégatendance : une transformation sociale et économique profonde qui touche l’ensemble de nos portefeuilles. Les investissements dans le domaine de la sécurité, de la santé etc. seront, par exemple, largement affectés par ces évolutions.

Internet, le nouveau dealer

Le premier changement concerne la vente par Internet. Selon des recherches financées par le gouvernement néerlandais, le Royaume-Uni est le premier fournisseur européen de drogues illégales sur ce que l’on appelle le « dark web » : une partie d’Internet à laquelle on ne peut accéder que si l’on dispose d’un logiciel spécial – généralement TOR – pour masquer son identité.

Au-delà de cette différence simple, le processus est le même que d’acheter sur un site de vente en ligne lambda. Les utilisateurs d’eBay ne trouveraient pas l’expérience particulièrement exotique – les sites du dark web ont un système similaire, avec des notes de réputation et des procédures de réclamations, à celui de leurs collègues légaux.

Cette formalisation de la démarche offre au commerce de drogues en ligne la possibilité d’un contrôle nettement meilleur de la qualité que la version « ruelle sombre » de l’achat de substances illicites.

De plus, les ventes sur Internet réduisent le risque que font peser les drogues sur nos sociétés. Les drogues sont livrées par la poste : pourquoi, alors, se rendre dans des quartiers malfamés pour y faire ses emplettes ? Plus de risque de se faire racketter par son dealer, de faire une mauvaise rencontre dans une fumerie de crack ni d’accumuler des dettes qui ne vous laissent d’autre choix que de tomber vous-même dans la criminalité. Et puis, il faut préparer son achat : moins de risque, par conséquent, de dépenser l’argent destiné à acheter à manger à vos enfants pour vous procurer de la drogue lorsque vous êtes en train de planer.

Un commerce de drogue bien géré pourrait diminuer les risques infligés à la société par les drogues illégales. L’un des avantages est que les opiacés, tels que l’héroïne, ne constituent qu’une petite partie du marché en ligne. On pourrait donc dire que les sites de vente en ligne tendent plutôt à réduire le marché pour les drogues les plus dangereuses qu’à le faire augmenter.

Ces sites sont souvent attaqués et fermés par les autorités. Mais à peine un site est-il fermé qu’un autre ouvre… la police joue au chat et à la souris, et c’est un jeu que les dealers sont en train de gagner. C’est sans doute une raison de se réjouir, et j’espère que cela permettra, à terme, de mettre en place une politique plus raisonnable que celle, complètement ratée, de la « guerre contre la drogue ».

Mais malgré les évolutions évidentes que les sites de vente en ligne du dark web sont en train d’initier dans notre société, il n’y a aucune occasion légitime d’y investir. Ce genre de sites est clairement illégal, et je vous recommande donc de ne pas vous risquer à une exploration, même occasionnelle, de cette industrie – de peur que la maréchaussée ne rapplique illico-presto.

Emergence de nouvelles drogues

Cela nous amène au second aspect de cette mégatendance en matière de drogues : les nouvelles substances psychoactives, (NSP).

Pour comprendre la manière dont fonctionne ce marché, il faut connaître les bases de la biochimie. Admettons que l’ingrédient actif d’une drogue est une « clé » qui s’adapte à une « serrure » dans votre cerveau – un récepteur.

Comme vous le savez, beaucoup de ces clés sont interdites. Mais les chimistes peuvent contourner ces interdictions en apportant des changements mineurs à la forme de la clé en question. Elle correspondra toujours à la serrure, mais la poignée aura, par exemple, une forme différente.

Apportez quelques modifications a de la méthamphétamine en cristaux, et vous obtiendrez de l’Adderall (un médicament prescrit pour lutter contre le Trouble Déficit de l’Attention Hyperactivité ou TDAH).

Changez l’un des ingrédients actifs du khat (une plante stimulante populaire en Afrique de l’est), et vous aurez de la méphédrone, (qui n’a rien de « nouveau » : elle a été produite pour la première fois en 1920). Quant à l’héroïne, des dizaines de variantes sont utilisées à la fois pour des raisons médicales et pour des motifs récréatifs.

Mais le processus de modification n’est pas toujours sûr. Ces nouvelles clés fonctionnent peut-être de manière similaire dans les serrures cérébrales, mais ils peuvent avoir des effets radicalement différents sur le reste de votre corps. Celui-ci peut, par exemple, avoir beaucoup plus de mal à les décomposer, ce qui prolongent les effets de ces drogues et augmente très sensiblement le risque d’overdose. Les produits de la décomposition peuvent en outre être toxiques, et avoir des effets inattendus.

Les NSP peuvent donc être plus dangereuses que les drogues qu’elles sont censées remplacer.

C’est pour ces raisons de sécurité que le gouvernement britannique a récemment décidé de les interdire, en faisant passer une loi particulièrement mal conçue. Les effets de cette intervention pourraient être très graves. Le Pr. David Nutt a calculé que l’interdiction de la méphédrone pourrait provoquer un pic des décès, les utilisateurs risquant de la remplacer par de la cocaïne. Les premières statistiques tendent à lui donner raison.

Selon moi, il est possible de créer et de gérer des usages légaux de certaines de ces drogues. Je pense par exemple au MEAI créé par le Pr. Nutt, et aussi surnommé le « Chaperon » et qui est censée permettre de contrôler la consommation excessive et rapide d’alcool. Ce genre de substances, pour être légalement autorisées, vont devoir suivre le processus normal des essais cliniques.

Mais ce qui est inquiétant est que la plupart des NSP n’ont été soumis à aucun test avant d’arriver sur le marché. Il fut un temps où le GHB/GBL (aussi connu sous le doux nom de « drogue du violeur ») était vendu comme produit pour nettoyer les jantes de voiture…

Alors comment investir dans les NSP ? A moins d’investir dans une véritable entreprise pharmaceutique, ce n’est pas légalement possible, ni même recommandé. Toute nouvelle substance devra traverser un processus réglementaire qui testera la substance pour vérifier sa sécurité de manière très stricte. Et une fois ce processus terminé, et l’autorisation de commercialisation, l’utilisation se fera sous surveillance.

Dans l’exemple du « Chaperon » mentionné ci-dessus, le seul usage prévu vise à aider à contrôler la consommation excessive et rapide d’alcool, et non à devenir une drogue récréative au sens propre du terme.

Dans une prochaine Quotidienne, nous nous pencherons sur le troisième aspect du changement en cours dans le monde de la drogue : le mouvement de dépénalisation – et nous verrons comment vous pouvez en profiter. Mais souvenez-vous : toutes les autres solutions pour investir sur le marché de la drogue sont susceptibles de vous mener droit en prison… à moins que vous ne passiez par une entreprise pharmaceutique reconnue !

Andrew Lockley

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Un commentaire pour “Quoi de neuf du côté des drogues ?”

  1. 0 drogue à singapour

    philippines ca tend vers 0

    les drogues sont une decision politique
    on peut eradiquer l’heroine en deux semaines en france

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