Quand tout le monde court après l'argent, mieux vaut chouchouter le chaland

Rédigé le 21 octobre 2011 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Je vous le disais déjà il y a quelques mois dans l’Edito : la France perdra son triple A, tout simplement parce qu’elle ne le mérite pas. La seule question est de savoir QUAND.

Les marchés sont en train de perdre confiance en nous. Et c’est de notre fait, je tiens à le spécifier. Nous dépensons à crédit depuis 40 ans, sans compter. Nous sommes allés trop loin. Et nous n’avons qu’à nous en prendre à nous même.

Merci messieurs les spolitiques pour votre éternelle abondance & profusion… Nous avons bien vécu.

Aujourd’hui, les créanciers grâce auxquels vous nous passez tous nos caprices s’inquiètent. La France a-t-elle la capacité de nous rembourser ?

Le processus de défiance se met en place…
… comme pour la Grèce, puis le Portugal, puis l’Espagne, puis l’Italie… Remarquez qu’aucun de ces Etats n’a su enrayer ce processus. Aucun. La France fera-t-elle exception ?

Vous m’auriez demandé pour l’Allemagne, j’aurais dit oui.

Jamais l’écart de taux entre le Bund allemand et l’OAT 10 ans française n’a été aussi grand : la dette coûte 3,16% en France, 1,95% en Allemagne.

Parlons chiffres : il nous faut trouver 190 milliards d’euros sur le marché pour financer notre dispendieux train de vie en 2011. Et encore 182 milliards en 2012, puis à nouveau 174 milliards en 2013…

Il va falloir attirer le chaland ! Surtout que la compétition est rude : nous ne sommes pas les seuls à courir après l’argent !

Pire, nous sommes très très dépendants du bon vouloir de ce chaland, contrairement à l’Italie : deux-tiers de la dette française est achetée par des étrangers. Je traduis : nous sommes à la merci du chaland, mieux vaut le chouchouter. Et pour cela il va falloir le rassurer.

Et ce n’est pas en renflouant le tonneau des Danaïdes grec et les banques en mal de capitaux avec de l’argent qu’on n’a pas, qu’on va les rassurer. Ils commencent à rechigner à financer nos frasques…

40 ans qu’on se fiche de savoir ce que pense nos créanciers… Mais cette fois, nous sommes au point de non retour : s’ils nous lâchent, le coût de la dette explose, notre budget implose ; récession et credit crunch assurés. La vie en gris quoi…

L’Italie est notre propre miroir
Elle s’embourbe lentement mais sûrement ; elle est ce que nous pourrions être dans quelques mois si nous ne réagissons pas fortement.

Standard & Poor’s vient de dégrader sa note de crédit (encore) et maintient sa perspective négative sur la dette (toujours).

Conséquence : son taux obligataire à 10 ans repasse au-dessus des 6% ; les CDS s’envolent ; le chaland fuit ; la BCE, à bout de souffle et de moyens, ramasse le papier en dernier ressort pour éviter le défaut italien et la crise systémique.

Sauf que cette fois-ci, elle n’arrive même plus à faire rebaisser le taux… Ses capacités atteignent leurs limites…

Vous prêteriez, vous, à L’Italie ?
Elle doit trouver 192 milliards d’euros cette année pour payer son train de vie. 168 milliards en 2012 et 100 milliards en 2013.

Imaginez un instant qu’il nous faille provisionner ne serait-ce qu’un tout petit pourcentage de la dette italienne (il y en a tout de même pour 2 000 milliards d’euros en circulation…) ; je peux vous garantir que les comptes des banques tourneraient méchamment de l’oeil. Avec à la clé une crise de liquidité et un risque systémique fort.

Alors ne me faites pas croire que la crise sera réglée ce week-end. Même si nos cracks en math français trouvent la solution à coup de baquette magique pour transformer les 400 milliards de notre FESF en 2 000 milliards, rien n’est résolu. Et ce ne sera certainement pas du vrai argent.

En attendant…
Les Anglo-Saxons tablent sur l’implosion de l’euro. Les Allemands rêvent d’en sortir avec le clan des Nordiques. Les Chinois continuent de faire main basse sur les matières premières. Et tout le monde achète de l’or.

Faites de même. Car au constat nous ne sommes pas les seuls à courir après l’argent”, il y a une réponse imparable “imprimons !”. Faisons chauffer la planche à billets.

C’est probablement ce qui se passera, car nous n’aurons pas les moyens de payer. Avec en bout de course l’inévitable euthanasie des retraités.

[NDLR : Quand la planche à billets est le seul moyen de rembourser : la destruction monétaire est inévitable. Ne laissez pas votre patrimoine se faire laminer par l’inflation ! Des solutions existent pour vous protéger face à ce contexte économique destructeur – et Marc Mayor, investisseur iconoclaste, compte bien vous les révéler en exclusivité : rejoignez-le sans plus attendre…]

Mots clé : - -

2 commentaires pour “Quand tout le monde court après l'argent, mieux vaut chouchouter le chaland”

  1. Bonjour,
    Je comprends et souscrit à la quasi-totalité de cet édito. Je me permets de vous exprimer une remarque en forme de désaccord: votre deuxième paragraphe:
    Il laisse entendre que les responsables de la situation sont nous-mêmes, car nous avons été trop dépensiers.
    Cette remarque me paraît vraie si nous pouvons remplacer “nous” par “le pouvoir politique français en place”.
    Le problème factuel est un déséquilibre entre les recettes et les dépenses. Considérer que les dépenses ont été trop importantes soutend une position politique, qui ne présente pas une analyse complète des causes et des possiblités de solution. Je retrouve là les arguments de nombreux économistes, dont l’argument est mathématique, mais avec une analyse incomplète. Les choix entre dépenses et recettes sont faits par le pouvoir politique. Celui-ci a une énorme part de responsabilité. Même si le peuple choisit ses représentants, il ne peut choisir que parmi le panel proposé, formé, il faut bien le reconnaître dans la même chapelle.
    Attention à ne pas franchir, de façon automatique, la limite entre l’expert financier qui informe de la situation financière et économique, qui donne sa vision des chances et risques sur l’avenir, et qui conseille en matière d’investissements personnels…et un éventuel positionnement politique. L’actualité internationale montre, d’ailleurs, que des voix se lèvent dans différents pays pour refuser les choix de leurs dirigeants (sous-entendu, ils les représentent de moins en moins). Les pouvoirs politiques vont peut-être devoir prendre en compte ce fait, en augmentant, par exemple, les recettes plutôt qu’en réduisant les dépenses…ou en mettant en place des protections aux limites. Non ?

  2. […] parution dans l’Edito Matières Premières & Devises le 21/10/2011. AKPC_IDS += […]

Laissez un commentaire