Le Moyen-Orient troque son or noir contre de l'or jaune

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

A l’heure où cols roulés et traitements antigrippe sont de rigueur, je vous propose un petit voyage du côté Nord de l’Océan Indien. 

Un voyage en première classe : ce sont les métaux précieux qui nous intéressent aujourd’hui. Une fois encore, notre bon vieux métal jaune surgit là où on ne l’attendait pas…

Plus du tiers de la demande d’or provient de cette région
Commençons par planter le décor. Selon les statistiques du très officiel Conseil Mondial de l’Or, en 2005, 36% de la demande finale d’or (soient 3 096 tonnes) émanait de l’Inde (avec ses 722 tonnes) et des pays bordant le golfe Persique (388 tonnes).

Par demande finale, comprenez celle des clients comme vous et moi. En conséquence, cette « demande finale » ne tient pas compte des besoins industriels, ni – c’est plus curieux – celle des fonds-or négociés en Bourse, ces fameux « Exchange Traded Gold » ou ETG, variante des ETF, parfois appelés « trackers ».

L’or au cœur de la culture régionale
Je sens déjà poindre votre circonspection, cher lecteur : « Inde, Arabie saoudite, Emirats, Qatar… : peut-on trouver des pays plus disparates ? ». Mais croyez-moi : c’est une région aussi stratégique que cohérente pour les métaux précieux.

Tous ces pays et ceux qui les habitent partagent une forte « culture de l’or » et des métaux précieux. Imaginez le faste des mariages, rappelez-vous que l’or permet là-bas de marquer son statut social; par exemple via des cadeaux ou des bijoux pour rehausser la beauté des femmes, puisque les trois quarts du métal jaune sont destinés à la bijouterie. De Dubaï à Bangalore en passant par Téhéran, les joailliers et les vendeurs de bijoux se comptent par dizaines de milliers.

Et des marchés mal évalués, comme l’Iran
Oui, j’ai bien dit Téhéran. Car il est certain que les chiffres sur lesquels je m’appuie – faute de mieux – sont sous-estimés. Tenez : l’Iran, que vous connaissez plus par la véhémence de ses dirigeants que par les qualités de son peuple, n’existe tout simplement pas pour le Conseil Mondial de l’Or. Pas de statistique, pas d’or ?

Pourtant, le résultat d’une enquête de terrain menée pendant un an chez les anciens Perses a été rendu public par le numéro d’avril 2006 de la revue The Alchemist du London Bullion Market Association, le marché de l’or et de l’argent de Londres. Dans ce numéro, le cabinet australien Grendon International Research (GIR) a établi que le marché de l’or iranien doit valoir celui de l’Arabie saoudite, qui dévore entre 130 et 150 tonnes de métal par an. Une paille !

Bref : ces 36% moyen-orientaux sont à prendre comme une proportion minimale.

La Cité de l’Or de Dubaï et ses Indiens
Toujours sceptique ? Alors rendons nous à Dubaï. Si vous avez regardé une des dernières éditions de l’émission « Capital », vous aurez remarqué à quel point ses habitants aiment le luxe, le faste… et l’or.

Et ses dirigeants aussi : nous sommes le 22 novembre 2005 à Dubaï, principal centre économique des Emirats Arabes Unis. Dans le quartier d’affaires, là où s’élèveront bientôt l’« Au Tower » l’« Ag Tower »: les tours de l’or et de l’argent, selon leur symbole chimique. Ce jour-là naissait le Dubaï Gold & Commodities Exchange (DGCX), le seul marché international de matières premières entre Singapour et Istanbul. L’importance de la demande régionale valait bien un marché spécialisé !

Détail qui ne trompe pas : ses actionnaires sont pour moitié l’émirat de Dubaï, et pour l’autre deux entreprises indiennes: un groupe informatique et un opérateur de marché. Cette alliance serait-elle le fruit du hasard, quand le contexte réglementaire indien limite le développement des marchés financiers ? Sans doute pas. D’ailleurs, le « CEO » (sorte de PDG) du DGCX se nomme Framroze Pochara, et il est aussi indien que son vice-président. Les courtiers indiens forment d’ailleurs l’un des groupes les plus nombreux…

Un marché qui a tout pour plaire
Je peux vous assurer qu’il s’agit d’un marché haut de gamme : complètement informatisé, il respecte les standards de sécurité et de compensation en vigueur dans les pays occidentaux. Ses cadres dirigeants ont fait leurs preuves à Londres, Tokyo, Sydney, Bombay…

Avantage non négligeable : il constitue le « chaînon manquant » entre les grands marchés de métaux précieux de Tokyo et Londres. Le DGCX est ouvert, en heure française, de 5 heures 30 à 20 heures 30, et fonctionnera bientôt 7 jours sur 7. Pas de RTT pour les courtiers émiratis…

Après 15 mois d’existence, ce marché propose déjà des contrats à terme et des options sur l’or et l’argent, certaines gemmes, les devises, le fuel lourd, le transport maritime, le coton, les thés, et bientôt l’acier. En 2006, les deux tiers des 15 milliards de dollars échangés sur le DGCX portaient sur des produits sur or, ce qui représentait 500 tonnes de métal. Voilà un début prometteur !

Une nouvelle offre d’or qui a rencontré sa demande
Les qualités du DGCX ont attiré les professionnels internationaux les plus renommés : aujourd’hui, parmi les courtiers les plus actifs, on trouve des pointures comme la Deutsche Bank, Fimat International, filiale spécialisée de la Société Générale, ou encore le britannique Man Financial.

« Fort bien, voilà qu’on échange de l’or dans le désert », me direz-vous. « Et après ? ». J’objecterai que la création d’un nouveau marché financier d’envergure internationale n’est pas si fréquente. En outre, le succès fulgurant de celui-ci repose principalement sur notre métal jaune favori, et témoigne d’une vive demande de produits sur or. Une demande en partie nouvelle, qui permet aux nombreux industriels locaux d’accéder facilement et à faible coût à des produits de couverture.

Fringale de produits sur or dans le monde entier
En outre, la création du DGCX n’est pas un cas isolé : l’année passée, les produits financiers sur or se sont multipliés dans le monde entier. En mars 2006, un ETF sur l’or a été discrètement lancé en Suisse, puis des « futures » sur les marchés de Budapest et Taiwan. En juin, des contrats à terme sur or ont été introduits à Moscou. En Chine continentale, les marchés de métaux précieux de Shangai, qui négocient au comptant l’or, l’argent et le platine, évoquent eux aussi la possibilité de lancer des « fut ures ».

Moyen-Orient, Russie, Chine : autant de zones économiques très exposées au dollar par leurs exportations de pétrole et de biens de consommation.

Vous aussi, en tant qu’investisseur particulier européen, vous pouvez vous positionner sur l’or et de plus en plus de matières premières, grâce à une constante floraison de certificats en tout genre.

Ce sera ma conclusion : les offres de produits financiers sur or se multiplient sur l’ensemble des marchés mondiaux. Souvent, les dérivés sur or précèdent ceux sur d’autres produits de base. A chaque fois, la demande se montre à la hauteur, quand elle ne dépasse pas largement les attentes. Voilà qui me conforte dans l’idée que le « supercycle des matières premières », s’il a marqué une pause, est loin d’être terminé !

Mots clé : - - - - - - - - -

Les commentaires sont fermés !