Le cours du brut peut-il encore beaucoup baisser ?

Rédigé le 12 septembre 2008 par | Nouvelles technologies Imprimer

Une descente aux enfers qui fait plus d’un heureux
147 $, 135 $, 122 $, 113 $, 104 $ et maintenant 97 $. Rien n’arrêtera-t-il la chute du cours du baril de pétrole ? Nous assistons à une véritable descente aux enfers, aussi violente que rapide.

Cela dit, elle fait des heureux. Les lecteurs de Signal Matières & Devises ont enregistré hier un gain de 45% en misant sur la baisse du Brent cette semaine.

Et ils ne sont pas les seuls à avoir le sourire : faire le plein nous déprimera tous un peu moins dorénavant. Même si les migrations estivales sont bel et bien derrières nous…

Cours du Brent en dollars
Cours du baril de Brent en US$ le baril

La baisse des cours va-t-elle se poursuivre ?
Je vais vous donner l’avis de notre expert en analyse technique.

Vendredi dernier, Marc Dagher recommandait aux lecteurs de L’Investisseurs Or & Matières : "Vendez le Brent au cours actuel (108 $) et jusqu’à 115 $. Vous pourrez alors viser les 98 $ le baril."

Le cours du Brent vient effectivement de toucher les 97,85 $.

Son objectif ayant été atteint, vous voudrez peut-être savoir comment il voit évoluer le cours du baril à court/moyen terme ? Graphiquement, notre analyste s’attend "à un rebond limité par les 104 $, avant une reprise de la baisse" en direction des 87 $.

Mais ne vous y trompez pas
Cette baisse salutaire n’est que temporaire. Une fois la crise économique passée — ce qui pourrait bien durer quelques années — les fondamentaux reprendront le dessus.

Baisse des réserves, hausse des coûts de production, peak oil, montée en puissance des nationalismes énergétique, difficultés à produire plus de pétrole pour répondre à la demande émergente… vous savez déjà tout cela.

Ce sur quoi je voudrais aujourd’hui insister, c’est sur le poids de l’OPEP.

Petit tour d’horizon
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole vient de se réunir, et je dois dire que j’ai été impressionnée par le "changement d’ambiance". Vous me direz que les dissensions ont toujours régné au sein du cartel. Certes, vous avez raison. Mais pour la première fois, j’ai l’impression que les lignes bougent.

Le clan des durs, mené par les anti-américains que sont l’Iran, le Venezuela et la Lybie, semble voir sa sphère d’influence s’étendre. Partisans du pétrole cher (à plus de 100 $ le baril), ils militent pour une baisse des quotas de production et n’ont pas du tout apprécié la hausse unilatérale de la production décidée cet été par les Saoudiens qui répondaient ainsi favorablement aux demandes de plus en plus pressantes du président Bush.

Face aux Faucons, le clan des Colombes, mené par l’Arabie — et dans lequel vous retrouvez notamment les Emirats arabes unis, le Koweït et le Qatar — et qui est plutôt proche des Etats-Unis. Un baril autour de 90 $/100 $ semblerait leur convenir. Ils sont moins à cheval sur la limitation des quotas de production.

Voilà pour le tableau

A quoi a-t-on assisté ?
Alors que l’Arabie voulait maintenir le statu quo sur la production, c’est finalement le clan des durs qui a réussi à imposer son point de vue. La production baissera de quelque 500 000 barils/jour dans les semaines à venir, le marché étant excédentaire. On en revient donc aux quotas de septembre 2007.

C’est un camouflet pour les Saoudiens et une victoire pour la ligne dure. Mais le plus étonnant est sans doute de voir l’évolution de la position des Koweitiens pour qui les quotas, et notamment le respect des quotas, devient un cheval de bataille. Une nouveauté. Qui tend à affaiblir l’Arabie.

Qu’est ce qui fait bouger les lignes ?
La prise de conscience par les membres de l’OPEP que leurs réserves ne sont pas infinies est sans doute un premier facteur.

Les besoins énormes de financement de certains pays comme l’Iran ou le Venezuela, qui doivent assurer le développement social et économique de leur pays, est un second facteur. Pour assurer leur développement et les investissements dans leurs infrastructures pétrolières il leur faut de l’argent. Et un baril de pétrole à plus de 100 $ est encore pour eux le meilleur moyen de doper leurs recettes budgétaires.

L’OPEP se dirige vers une gestion patrimoniale de ses réserves
L’idée centrale à retenir est leur volonté d’optimiser leur rente pétrolière sur le long terme.

Fini les millions de barils de brut déversés sur les marchés à prix cassé. Il va falloir s’y faire.

Et c’est justement ce moment précis que la Russie choisit pour faire des propositions à l’OPEP…

A quand une coopération entre la Russie et le cartel ?
La Russie et l’OPEP représente 50% de la production mondiale de pétrole. Vous imaginez l’impact que pourrait avoir une telle alliance ? Voilà qui n’est pas pour rassurer les pays consommateurs d’or noir…

Lors de la dernière réunion de l’OPEP, il y a quelques jours, le message de la Russie à l’attention du cartel était on ne peut plus clair. S’il n’est pas question pour l’empire des Tsars de rentrer dans l’OPEP — la Russie tient à tout prix à sa totale indépendance –, une coopération renforcée aurait ses faveurs. Avec comme principal objectif la stabilisation des cours du brut.

Je vois venir votre question : stabiliser certes, mais à quel niveau de prix ?
Pour tout vous dire, je mettrais plutôt la Russie dans le camp des Faucons. Aux côté des Iraniens et Vénézuéliens, favorables à un prix du brut au-dessus de 100 $.

Comme le répète souvent la Russie, il n’est pas normal que les pays producteurs, qui investissent des centaines de milliards dans les infrastructures pétrolières pour assurer la production/livraison du pétrole, portent seuls le risque d’une chute du prix du pétrole. Voilà qui est dit. Vous savez à quoi vous en tenir.

D’ailleurs, vous constaterez que les appels du pied de la Russie vont plutôt en direction de l’Iran (centrale nucléaire) et du Venezuela (base russe pour leurs avions militaires) que vers les Saoudiens, amis des Américains…

Pour conclure, l’effondrement du cours du brut est une épine dans le pied russe dont les exportations de brut constituent l’essentiel des recettes budgétaires…

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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