L’hélium, ce noble inconnu

Rédigé le 13 juillet 2016 par | Matières premières & Energie Imprimer

Dans des précédentes Quotidienne (à relire ici, et enfin ), nous avons parlé du dihydrogène, un gaz promis à un grand avenir en tant que vecteur d’énergie. Aujourd’hui, restons sur un sujet léger et parlons de l’hélium, son grand frère.

Promis, nous ne passerons pas en revue tous les éléments chimiques au cours de l’été ; l’hélium est toutefois un gaz unique en son genre et mérite sa Quotidienne.

L’hélium est le deuxième élément chimique de la classification périodique. Il est produit par la fusion de l’hydrogène dans les étoiles depuis le Big Bang, et est – après l’hydrogène – l’élément le plus abondant de l’Univers.

Sa petite taille en fait un gaz très léger. Contrairement à l’hydrogène, il est en outre pratiquement inerte : il n’altère pas les matériaux et est ininflammable (on dit que c’est un gaz noble). Bien sûr, comme il ne réagit avec rien, il ne peut être utilisé en tant que vecteur d’énergie.

On l’utilise donc pour son côté inerte et sa légèreté (je passe sur les imitations de Donald Duck après en avoir inspiré une grande bouffée, une application de niche).

L’hélium, un gaz irremplaçable

Imaginez un instant : vous devez gonfler un ballon météorologique. Vous avez encore en tête les images de l’accident du Hindenburg rempli d’hydrogène. Vous vous tournez donc vers la classification périodique des éléments à la recherche d’un gaz noble.

Le premier, l’hélium, pèse 0,18 gramme par litre. Le deuxième, le néon, pèse 0,90 grammes par litre : près de quatre fois plus !

L’intérêt de l’hélium pour cette utilisation est évident. Son usage ne se limite pas à la fabrication d’objets plus légers que l’air. Les champs d’application sont multiples :

Dans l’industrie : il sert à obtenir une atmosphère protectrice pour la fabrication de puces électroniques. Sa capacité à transmettre la chaleur et son caractère inerte en font également un excellent calorifère dans les installations radioactives.

Dans la recherche et la médecine : il sert à obtenir des températures proches du zéro absolu (-273,15°C). Certaines propriétés physiques des matériaux ne sont atteignables qu’à l’approche de cette température. Sans lui, pas d’aimants supraconducteurs utilisés notamment dans les IRM !

Dans l’exploration spatiale : il est utilisé comme gaz noble dans les lanceurs spatiaux. Le choix est évident lorsque l’objectif est d’utiliser un gaz inerte le plus léger possible : l’hélium n’a pas d’équivalent !

Abondant dans l’Univers, rare sur Terre

Vous l’avez compris, l’hélium est irremplaçable pour certaines applications industrielles. Autre caractéristique notable : il s’offre le luxe d’être rare sur notre planète malgré son abondance dans l’Univers.

Sa rareté est en fait la conséquence de sa légèreté. Une fois dans l’atmosphère, l’hélium monte petit à petit jusqu’à s’échapper dans le milieu interplanétaire. L’attraction de notre petite planète n’est pas assez forte pour le retenir.

En tant qu’investisseur, vous comprenez l’intérêt de ce gaz suivant l’équation bien connue :

utilité + rareté = profits

Le recyclage de l’hélium étant très peu pratiqué, la plupart de l’hélium produit finit rapidement dans l’atmosphère. Il faut donc le considérer comme une ressource minière finie au même titre que les énergies fossiles.

Depuis sa découverte fortuite au début du XXIème siècle aux Etats-Unis, il a d’ailleurs fait l’objet d’une attention particulière des pouvoirs publics. Dès 1925, le gouvernement américain fonde la Federal Helium Reserve, chargée d’approvisionner militaires et civils et de gérer le stock de ce précieux gaz.

Jusqu’en 1996, la production d’hélium est restée sous contrôle de l’Etat. Depuis, d’autres acteurs sont arrivés sur le marché notamment en Afrique et en Russie.

Depuis 20 ans, il existe deux marchés de l’hélium. Le premier est géré par le gouvernement des Etats-Unis qui en fixe le prix.

Le second est le marché gré à gré entre les producteurs indépendants et leurs clients. Le prix officiel a été fixé à 43 $ par unité de volume en 1996, bien au-dessus du prix du marché. Le temps passant, malgré des réévaluations progressives qui l’ont poussé jusqu’à 76 $ en 2015, le prix officiel est devenu inférieur aux tarifs pratiqués par les producteurs privés.

Le marché libre confirme l’importance stratégique de ce gaz

Soyons clair : le marché de l’hélium n’a rien à voir avec celui du gaz naturel. Il n’existe pas de place de marché mondiale avec un cours de référence. Vous ne trouverez donc pas de courbe d’évolution du prix de l’hélium depuis 20 ans… pour la bonne raison qu’elle n’existe pas !

Reuters a toutefois fait une estimation des prix pratiqués par le secteur privé depuis les années 2000. Avec des stocks gouvernementaux s’amenuisant, les producteurs peuvent de plus en plus faire jouer l’offre et la demande pour fixer les prix.

Le marché libre de l’hélium en sortie de raffinerie, relativement récent, semble bel et bien donner à ce gaz un prix digne de son intérêt :

Prix brut vs prix estimé de l'hélium commercial Prix brut vs prix estimé de l’hélium commercial Source : Reuters

Sur cette courbe, pas de folle exubérance ; pas d’épisodes maniaco-dépressifs dignes de nos marchés remplis de signaux parasites. Juste une augmentation progressive des prix dans un marché qui est resté contraint par des prix administrés durant près d’un siècle.

Comment investir dans l’hélium

Avant de prendre votre pelle pour creuser un trou dans votre jardin et le remplir d’hélium, sachez que ce gaz a la fâcheuse habitude de s’échapper de ses contenants. Son stockage est donc peu pérenne. L’industrie travaille sur des cycles de production/consommation courts.

Oubliez également l’investissement par Futures ou ETF : ils n’existent pas pour l’hélium.

Vous pouvez toutefois parier sur des entreprises, basées aux Etats-Unis, qui produisent le précieux gaz. Air Products and Chemicals (APD:NYSE) est l’une d’entre elles.

Cours historique d'Air Products and Chemicals Cours historique d’Air Products and Chemicals

La société a su traverser les crises des vingt dernières années sans trop souffrir. Son cours s’est finalement extrait du canal descendant dans lequel il était bloqué en 2015.

APD est le véhicule de choix pour investir dans l’hélium. Comme pour l’hydrogène, un investissement sur ce type de société se fait dans une optique de long terme avec un horizon d’au moins cinq ans.

Air Products and Chemicals n’est toutefois pas une start-up. Le risque est donc moindre du fait d’un cashflow existant. Cerise sur le gâteau, la société sert un dividende de 2,5%, toujours bon à prendre pour les investissements au long cours.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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