Uranium : s’il n’y avait qu’une chose à retenir, retenez ceci !

Rédigé le 27 juin 2008 par | Nouvelles technologies Imprimer

Puisqu’Emmanuel vous parle aujourd’hui d’uranium, profitons-en pour faire un point sur ce marché, et son potentiel.

Un marché en déficit chronique
Première chose à savoir : depuis des années, l’offre d’uranium ne satisfait pas la demande. Cette dernière s’élevait pour 2006 à 67 320 tonnes alors que l’offre n’atteignait que 39 603 tonnes. Soit un trou béant de 28 000 tonnes, près de 40% de la demande ! Enorme…

A court terme, la pression sur l’offre pourrait s’accroître
"Heureusement, il y a les stocks militaires de la guerre froide !", me direz-vous. Grâce à eux, on arrive depuis des années à alimenter les 435 réacteurs nucléaires mondiaux. Seulement voilà : ce stock s’épuise car on pompe dedans sans jamais le renouveler.

Or la production n’est pas encore prête à prendre la relève. Pire, elle pourrait même diminuer étant donné la baisse du cours de l’uranium, libellé qui plus est en dollar déprécié. Le chiffre d’affaires des minières est directement impacté. Certaines minières ne pourront plus couvrir leurs coûts d’extraction en hausse (car libellés en monnaie locale forte, et étant donné la hausse du prix de l’énergie et des salaires). Attendez-vous à des fermetures de mines…

La demande va doubler d’ici 20 ans
En 2007, la puissance nucléaire installée produisait 372 gigawatts. Elle devrait atteindre 663 GW en 2030 selon les experts. La demande d’uranium passerait donc à quelques 120 000 tonnes. Un doublement ! Il est temps que la production se réveille !

La production va-t-elle augmenter ?
Trois fois OUI ! Le Canada et l’Australie sont les deux grands pourvoyeurs d’uranium et un très grand nombre de minières sont à l’œuvre depuis peu. La prospection a fait un bond absolument gigantesque ces dernières années. Les projets avancent, même s’ils sont parfois ralentis (comme suite aux inondations de la mine géante de Cigar Lake — Cameco/Canada — la production a ainsi été reportée de 3 ans au moins, à 2010).

Le Niger et la Namibie sont aussi à pied d’œuvre. Mais surtout surtout, n’oubliez pas le Kazakhstan.

Le réveil du Kazakh !
Dernier arrivé sur le marché, il a de très grandes ambitions : devenir le N°1 mondial dans dix ans, devant le Canada. Et il a les moyens de ses ambitions. Sa production d’uranium a cru de 25% en 2007, à 6 637 tonnes. Son sous-sol regorge d’uranium et le grand frère russe finance les infrastructures à coups de milliards ! Objectif : extraire d’ici peu 15 000 tonnes par an.

Cela dit, pour rivaliser avec le Canada, il faut être costaud ! Le Canada possèderait 80% des réserves mondiales. En outre, je ne connais certes pas les teneurs des mines d’uranium kazakhes, mais les teneurs canadiennes sont de loin les plus élevées qui soient.

Dans la mine de McArthur River, les teneurs atteignent 19% à 25% et la pureté de l’uranium est supérieure à 20% (soit 100 fois les teneurs mondiales moyennes) !

Autre avantage, on extrait là-bas l’uranium pour un coût moyen faible. Mais nous nous écartons du sujet…

Retenez ceci 
La production devrait s’aligner sur la demande d’ici quelques années. En revanche, je pense que s’il devait y avoir des tensions suite à un manque d’offre, ce serait dans les toutes prochaines années, d’ici à 2014. Car les projets miniers mettent du temps à aboutir et produire.

Si pénurie il doit y avoir, je la verrai bien se situer vers les années 2011-2014. C’est la période à haut risque, à mon avis.

Les réserves ? De 70 à 100 ans selon les experts. Je n’y crois pas
Pour ma part, et contrairement au brut, je ne suis pas inquiète du tout. Ne vous laissez pas affoler par les pessimistes. Nous avons largement de quoi tenir plus de cent ans et pourrons couvrir nos besoins à venir. Sur ce point, j’ai fondamentalement modifié mon opinion récemment, suite à des discussions avec des spécialistes de la recherche sur le nucléaire.

Il faut savoir que les centrales nucléaires du futur seront capables de produire autant d’énergie (voire plus) avec beaucoup moins d’uranium. Le miracle de la technologie… On aurait alors pour des milliers d’années de réserves d’uranium.

Actuellement, on évalue à 5,5 millions de tonnes les réserves connues et extractibles à un coût inférieur au cours actuel de l’uranium (U3O8). On estime les réserves « à trouver » de l’ordre de 10,5 millions de tonnes. Soit au total quelque 16 millions de tonnes.

Voilà. Vous connaissez mon point de vue, à vous de creuser…

Pour info, on trouve de l’uranium partout dans la croûte terrestre. En France, nous aurions 112 000 tonnes de réserves.

Ou va le cours de l’uranium ?
L’uranium a commencé à décoller en 2004. A cette date, il cotait (depuis des années) environ 10 $ la livre. Au début de l’année 2007, le cours s’est soudainement envolé, atteignant un record de 139 $ la livre en juin, poussé par la spéculation. Depuis, le cours n’a cessé de se dégonfler pour revenir à 60 $ la livre. L’uranium a d’ailleurs été ma grande erreur de 2007. Je n’ai pas su anticiper ce retournement… et je n’imaginais pas que le cours pourrait revenir aussi bas.

Regardez :

                 Cours de U3O8 en US$ la livre

Quel potentiel pour l’uranium ?
Au cours actuel, son potentiel de baisse me paraît très limité. On a tout de même perdu pas loin de 60% déjà. Une baisse risquerait en outre d’entraîner la fermeture de projets miniers, ce qui retarderait encore l’arrivée de la production et augmenterait le risque de pénurie à venir.

En revanche, le potentiel de rebond me parait nettement plus probable. D’ailleurs, Goldman Sachs anticipe à court terme le cours à 90 $ la livre (voir article d’Emmanuel ci-dessous).

Autre chose me frappe : la décorrélation entre le cours du brut et de l’uranium. La hausse du brut devrait pourtant profiter à l’uranium… La bulle passée et la crise du crédit ont certainement refroidi les hedge funds et autres spéculateurs…

Pour ce qui est des minières, prudence
Il faut être ULTRA SELECTIF ! Et je ne suis pas certaine que l’ambiance actuelle des marchés soit propice à un positionnemen t. Je suis plutôt pessimiste pour la bourse pour l’instant. Je vous conseille d’attendre. Ceux qui me suivent régulièrement le savent : depuis quelques mois déjà, je pense que le CAC passera sous les 4 000 points. Et j’en suis plus que jamais convaincue.

L’indice vient de passer sous les 4 400 et le WTI a franchi les 142 $ !

Avant de vous laisser entre les mains d’Emmanuel, sachez que vous pouvez retrouver Simone Wapler dans l’émission « C dans l’air » consacrée à l’uranium et diffusé mardi dernier.

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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