Infotel, ou comment investir dans les SSII

Rédigé le 14 juin 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

Nous l’avons vu dans la Quotidienne d’hier, les sociétés de services en informatique représentent une des rares opportunités pour les industriels d’optimiser leurs coûts de Recherche & Développement.

Dans un contexte où les marges se tendent et la visibilité sur les commandes n’est pas au rendez-vous, les SSII apportent à leurs clients une bouffée d’air bienvenue en s’occupant du recrutement et de la gestion quotidienne d’ingénieurs spécialisés. La croissance de ce secteur a toutes les raisons de se prolonger durant les prochaines années et il vous est facile d’en profiter en tant qu’investisseur. De nombreuses sociétés de services sont cotées et la liquidité de leurs titres est bonne.

Des acteurs historiques des SSII encore bien présents

Vous connaissez Atos, Cap Gemini, Altran… Ces SSII de référence ont un historique de cotation significatif et le moins que l’on puisse dire est que leur passé a été mouvementé !

Les SSII ont subi de plein fouet l’explosion de la bulle des dot.comdans les années 2000. La reprise a été lente et après quelques années de croissance régulière, elles ont été à nouveau violemment sanctionnées lors de la crise de 2007-2008.

Cap Gemini Historique de cotation de Cap Gemini : après la phase maniaco-dépressive, une croissance mesurée et plus soutenable ?

A cette occasion toutefois, les SSII ont été injustement massacrées. A cette époque, certains grands industriels ont appliqué une politique extrême en s’interdisant tout recours à la sous-traitance. Les investisseurs, voyant le carnet de commandes des SSII se vider, ont anticipé une fin de cycle et la disparition de ce modèle.

L’avenir ne leur a pas donné raison, et pour cause : l’aversion au recrutement est si forte dans l’industrie que le recours à la sous-traitance, retardé le plus longtemps possible, est revenu de plus belle.

Depuis 2010, l’avenir apparaît donc radieux pour les SSII et leurs actions caracolent aujourd’hui sur leurs plus hauts de 10 ans. Pour les investisseurs qui sont entrés sur ce secteur après 2005, ces valeurs font maintenant office de placement de bon père de famille avec une croissance linéaire et le versement d’un coupon régulier.

Les habitudes du secteur sont de verser un dividende entre 1% et 2% (monté à près de 4% chez Cap Gemini lorsque la valeur était chahutée en 2011). Altran, moins robuste, a décidé de suspendre son dividende durant les années de vache maigre, avant de le rétablir en 2012.

Vous l’avez compris, pas de quoi s’inquiéter aujourd’hui pour les grandes SSII. Mais, je vous l’accorde, pas de quoi s’extasier non plus.

Ces groupes ont un cashflow et une structure de coût prévisibles, et à part la croissance externe (comme le rachat de Bull par Atos en 2014), les marges de manoeuvre sont limitées pour leurs dirigeants.

Alors, sur quelles valeurs peut-on trouver de la croissance qui ne soit pas déjà intégrée dans les cours ?

Infotel : investissez petit et agile

Comme le principe-même de la société de services est de vendre du « temps de cerveau » d’ingénieur, les grosses structures ne sont pas fondamentalement plus rentables que les petites SSII familiales d’une vingtaine de personne. A part la délocalisation de services annexes comme la gestion de la paye et de la comptabilité, les grands groupes n’ont pas beaucoup de leviers à actionner pour dégager plus de bénéfice par employé.

Dans l’idéal, je vous conseillerais donc pour investir dans ce secteur de détenir des parts de SSII de petite taille (moins de 100 salariés), bien gérées et non cotées… mais un tel investissement reste difficile d’accès et peu liquide.

Je vous présente donc aujourd’hui une valeur de taille intermédiaire cotée au compartiment B (Mid Caps) d’Euronext. Créée en 1979 par des scientifiques issus du CNRS et du département des SI d’Air France, Infotel compte aujourd’hui plus de 2 000 employés. Les fondateurs sont encore présents à la direction de l’entreprise.

La stratégie de l’entreprise s’appuie en grande partie sur le service avec deux principaux pôles d’activité : la banque et l’industrie. Le développement de logiciels, quoique très minoritaire dans le chiffre d’affaires, a l’avantage de fournir un cashflow composé à 50% de royalties. Il pourrait devenir un important contributeur à la rentabilité d’Infotel dans les prochaines années. Le taux d’inter-contrat, qui représente la proportion d’ingénieurs embauchés mais ne produisant pas de revenus pour l’entreprise, reste contenu à environ 2%.

En somme, les fondamentaux sont bons pour l’entreprise. Bien gérée, avec de belles perspectives de croissance, elle opère sur un secteur qui devrait continuer à prendre de l’importance dans les prochaines années.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que son parcours boursier reflète bien cette situation :

Infotel Historique de cotation d’Infotel

Cette année encore, la société est bien partie pour atteindre ses objectifs et réaliser un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros. Même si ce n’est pas pour le dividende que vous investirez sur cette valeur, l’action offre tout de même plus de 3% de rendement au cours du jour.

Graphiquement, l’action a enfin brisé la résistance des 32 euros. Malgré toutes les qualités de la valeur, ce plafond de verre qui contenait le cours de l’action depuis 2015 devenait inquiétant pour la tendance à long terme. Ce dernier point de vigilance est maintenant derrière nous. On peut toutefois s’attendre à un pull-back sur cette ancienne résistance. Si vous souhaitez vous positionner sur cette valeur, je vous conseille d’attendre le retour sur les 32 euros et la confirmation que la résistance est devenue support avant d’agir. [NDLR : Le cours d’Infortel retombait sur les 32 $ ces dernières heures, si le titre rebondit rapidement, ce sera la confirmation que ce seuil est devenu support.]

Attention également à la taille du carnet d’ordre. Si vous souhaitez vous constituer une ligne importante sur ce titre, évitez de passer un ordre à tout prix. Morcelez vos ordres et, idéalement, utilisez des ordres à cours limite pour éviter de faire décaler les cours. Vous pouvez ensuite conserver la valeur en fond de portefeuille pour profiter de la croissance du secteur et du dynamisme de son équipe dirigeante. [NDLR : SSII, Fintech, valeurs de niche… les meilleures petites et moyennes valeurs françaises vous attendent dans Mes Valeurs de Croissance…]

[Note à l’attention des lecteurs : l’auteur de l’article précise qu’il détient lui-même des titres Infotel.]

Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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