Devriez-vous acheter du cannabis ?

Rédigé le 17 octobre 2016 par | Indices & Actions Imprimer

Nous avons évoqué vendredi dernier les changements de l’industrie des drogues illégales. Trois forces alimentent ces évolutions : d’une part, l’émergence des sites de vente en ligne du « darknet » et les nouvelles substances psychoactives. Notre dernier article se penchait sur ces deux premières tendances. Aujourd’hui, il est temps de plonger la tête la première dans la dépénalisation.

Pourquoi parler de la dépénalisation plus en détail ? C’est simple : c’est là que se situent toutes les occasions (légales) d’investir.

Nous nous trouvons dans une situation assez étrange en réfléchissant sérieusement à investir dans un marché pourtant illégal au Royaume-Uni [NDLR : tout comme en France]. A l’étranger, et notamment aux Etats-Unis, les start-ups du cannabis prolifèrent et aucun frein juridique ne semble empêcher les investisseurs britanniques et français de soutenir ce type d’entreprises. Après tout, elles ne font rien d’illégal dans les pays dans lesquels elles opèrent.

Dans la Quotidienne du jour, nous allons donc nous concentrer sur une question spécifique : devriez-vous acheter du cannabis ? Et par cannabis, nous n’entendons pas, bien sûr, la drogue en tant que telle, mais bien des actions dans des entreprises créées pour satisfaire aux besoins de ce marché dépénalisé.

Le long chemin vers la dépénalisation du cannabis

Voyons un peu comment nous en sommes arrivés là. Nous avons maintenant l’habitude des « coffee shops » néerlandais – qui ne vendent pas que du café. Optant pour une autre solution, le Portugal a dépénalisé l’utilisation de drogues et souhaite utiliser son système de santé plutôt que son appareil judiciaire pour gérer le problème de la dépendance.

Même la police britannique commence à se rendre compte de la situation ; le festival Secret Garden Party proposait récemment à ses visiteurs un stand permettant de tester la qualité des stupéfiants. Un quart des produits testés ont été mis à la benne parce qu’ils étaient soit contaminés, soit contrefaits. C’est une excellente manière de retirer des drogues dangereuses de la circulation, sans que personne ne se fasse tirer dessus ou enfermer.

Depuis quelques temps, les Etats-Unis progressent vers la médicalisation et la légalisation. Même si je reconnais tout à fait la valeur médicale du cannabis, la dépénalisation de la marijuana récréative aux Etats-Unis a été assez chaotique.

De mon point de vue, confondre les usages médicaux et récréatif n’est ni sage, ni productif. Beaucoup d’amateurs d’herbe américains que je connais se font prescrire du cannabis « médical » et certains d’entre eux ont développé de sérieux problèmes de dépendance.

Une drogue théoriquement prescrite pour que ces personnes aillent mieux les rend en fait plus malades encore… les médecins qui font ce genre de choses sont soit indifférents, soit complices.

Cette approche est mauvaise pour l’intégrité de la profession médicale, et, au final, mauvaise pour les utilisateurs.

Au Royaume-Uni, nous nous engageons peut-être doucement sur la voie de la légalisation. Un groupe parlementaire impliquant l’ensemble des partis sur la réforme de la politique en matière de drogue a publié récemment un rapport recommandant une légalisation complète du cannabis, mais exclusivement pour des usages médicaux.

C’est un petit pas, mais il pourrait être important du point de vue commercial. Même le cannabis médical doit être cultivé, transformé, emballé et distribué… Cela ouvrirait de nombreuses voies d’investissement.

Reste à voir si la légalisation médicale mènerait le Royaume-Uni à la même situation trouble qu’aux Etats-Unis. J’ai évoqué les mauvais côtés de ce genre de confusion entre usages récréatifs et médicaux mais, d’un point de vue purement cynique, cela permettrait le développement d’un très important marché légal. Nous pourrions, nous aussi, voir des millions de fumeurs d’herbe se précipiter chez leur médecin en cherchant des prescriptions pour des insomnies, des douleurs –toutes les excuses seront bonnes.

Les Etats-Unis se dirigent lentement vers une pleine légalisation du cannabis, généralement par le biais de la dépénalisation et d’une utilisation médicale sous licence. Ce processus, qui se fait étape par étape, aboutit à un patchwork légal avec des différences selon les Etats.

La même chose va-t-elle se produire pour d’autres drogues ? L’avenir nous le dira. Mais pour l’heure, il semble raisonnable de penser que le gros du potentiel, pour les investisseurs que nous sommes, se situent plutôt dans le domaine de la marijuana.

C’est un changement politique important, et il va créer une industrie tout aussi importante. Ce à quoi nous assistons est sans doute l’imminente autorisation de commercialisation du cannabis sur le marché américain.

Un champ infini d’investissements dans l’herbe

Alors, dans quels types d’entreprises pouvez-vous investir sur le marché de la drogue ? En réalité, il y en a un certain nombre. Nous ne pouvons pas tous les évoquer ici, mais nous allons vous donner une liste de niches et d’entreprises et quelques pistes sur les possibilités variées disponibles…

Confident Cannabis est un système de gestion de l’information du laboratoire (SIL) centré sur l’industrie du cannabis. Il s’agit de surveiller la qualité des produits de plusieurs cultivateurs, et de rendre les résultats disponibles à l’aide d’une labellisation des produits et d’une base de données en ligne, un service très bénéfique pour les utilisateurs comme pour le marché.

L’un des principaux avantages est de rendre possible le suivi des ingrédients actifs : le CBD et la THC. Les espèces modernes, à haute teneur en THC, sont associées à l’aggravation supposée des conséquences sur la santé mentale des utilisateurs de cannabis (principalement des cas de paranoïa et de psychose). Avec un suivi fiable et une labellisation claire, les utilisateurs savent à quoi s’attendre.

De plus, le processus de contrôle de la qualité permet de maintenir une pureté élevée grâce à la détection de tous les contaminants possibles. Selon certains, Confident Cannabis prévoit à terme d’ouvrir un site de vente en ligne. Amercanex, Cannabis Commodities Exchange et Cannabis Hemp Exchange sont d’autres noms qui souhaitent gagner la bataille sur ce terrain.

Un autre modèle commercial est celui les livraisons rapides. Meadow fait pour l’herbe ce que Deliveroo et Uber Eat proposent pour la nourriture : faire en sorte que le processus de commande et de livraison fonctionne sans accrocs, pour obtenir votre herbe légale quand vous le souhaitez. Il est même possible qu’un médecin en ligne vous fournisse une ordonnance.

Mais la concurrence est rude. HelloMD et Eaze font aussi dans la télémédecine pour amateurs de joints. Personnellement, je m’attends à ce que l’importance des prescriptions en ligne chute à l’avenir, avec l’arrivée des usages récréatifs légaux. La légalisation ne signifie pas que ces entreprises n’ont pas d’avenir : il faudra simplement qu’elles s’adaptent. Plus généralement, la télémédecine est un secteur qui en vaut la peine.

Pour ce qui est des logiciels d’aide à la gestion d’entreprises de vente de cannabis, il existe des produits tout aussi ennuyeux et raisonnables que ceux qui peuvent servir à gérer un garage automobile ou un cabinet comptable. MJ Freeway est l’une des premières marques dans ce domaine. De son côté, Baker offre l’aspect « gestion de clients » du commerce de drogues, et fournit des services de fidélisation clients. Le défi est de rester légal, ce qui signifie que les clients corporate ont peu de liberté pour choisir leur plateforme – en tous cas jusqu’à ce que le marché du logiciel atteigne sa maturité et qu’une large gamme de solutions devienne disponible.

Si vous voulez parier sur les fournisseurs de drogue eux-mêmes, tournez-vous vers Ebbu. Cette entreprise a choisi de vendre des produits hautement contrôlés, dont les résultats sont ciblés avec une grande précision. Vous voulez rire aux éclats sans la moindre raison, ou simplement oublier la mauvaise journée que vous avez passée au bureau ? Ebbu a l’herbe qu’il vous faut.

On peut « vapoter » pour les produits à base de nicotine : la même chose est valable pour le cannabis. Fumer du cannabis est censé être nettement moins nocif que fumer du tabac, mais utiliser un appareil électronique pourrait réduire davantage tout risque résiduel. Les marques les plus populaires chez les fumeurs de cannabis sont Vuber et Ploom entre autres. Beaucoup d’utilisateurs aiment rouler leurs pétards à l’ancienne, et de nombreuses entreprises souhaitent satisfaire ce marché. Il y a notamment Grenco Science, qui fabrique des stylos à combustion similaires à une cigarette électronique. Une approche alternative, en termes de matériel, est la production de bongs spéciaux à l’aide de moules imprimés en 3D et fabriqués par Printabowl.

Plus éloignés encore de la drogue elle-même, les sites d’art de vivre poussent comme des champignons tout autour de cette industrie. Tripping.com est par exemple un service de type Airbnb qui permet aux fumeurs d’herbe de se rencontrer lorsqu’ils voyagent. Il y a actuellement huit millions d’annonces, collectées à partir d’autres sites. Cette plateforme est donc déjà active à une échelle intéressante, en termes d’inventaire. MassRoots, au contraire, est une sorte de réseau social. Ces services périphériques pourraient être considérés comme légaux dans les régions où la drogue elle-même est interdite – mais faites-vous conseiller par un juriste avant d’investir ou de vous positionner en tant qu’entrepreneur dans ce domaine.

La meilleure façon d’investir dans le cannabis

Voilà : j’en ai fini avec ce petit aperçu des secteurs et marques les plus importants de ce marché. Si certains des produits et entreprises les plus nouveaux sont indéniablement attirants, ma préférence personnelle en l’occurrence est de m’en tenir au secteur que j’apprécie habituellement, c’est-à-dire les « entreprises ennuyeuses » : les sites de vente et les logiciels d’entreprise.

Les sites et services de livraison sont intéressants parce qu’ils tendent à obtenir des monopoles naturels – Amazon et eBay sont des exemples évidents. Les entreprises de logiciels sont de bonnes occasions aussi, parce qu’elles peuvent mettre leurs activités à l’échelle plus rapidement, obtenir d’excellents résultats et sont très « collantes » (c’est-à-dire qu’il est très difficile pour des plateformes concurrentes d’attirer les utilisateurs acquis).

Bien entendu, je n’oublierai pas l’aspect grande consommation, même si ce n’est pas ma spécialité. En développant un « joint électronique » incontournable, il est possible de construire une grande marque. L’iPod d’Apple, incontournable il y a quelques années, est un excellent exemple de cette stratégie. Le Graal, de ce point de vue, est sans doute un système intégré, où les utilisateurs achètent le matériel et les consommables chez la même entreprise. A titre de comparaison, pensez à Gillette qui a connu un succès impressionnant avec ses rasoirs et ses lames.

Pour conclure : est-ce, selon moi, un secteur prometteur ? Absolument. Le marché est émergent, fragmenté, et sa taille augmente rapidement. Il est possible de gagner beaucoup d’argent.

Mais que vous soyez un fumeur d’herbe acharné ou un investisseur droit dans ses bottes, les occasions sont claires : l’heure pour acheter du cannabis est venue.
[NDLR : La dernière solution pour investir dans le cannabis – et une de celles que nous préférons – est de miser sur les biotechs qui développent des médicaments reposant sur ses principes thérapeutiques. C’est la voie choisie par Ray Blanco dans FDA Biotech Trader : il a sélectionné deux d’entre elles… Pour profiter des usages médicaux du cannabis sans prendre le risque de l’illégalité. A découvrir ici…]

Je suis sûr que ce thème sera source de controverse. J’attends vos commentaires avec impatience !

Andrew Lockley

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Un commentaire pour “Devriez-vous acheter du cannabis ?”

  1. Excellent article ! Bravo au journaliste qui est allé chercher de l’information de qualité. Ça fait plaisir.

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