Branle-bas de combat sur le marché des matières premières

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Depuis le début de l’année, les marchés des matières premières sont entrés dans une zone de turbulence qui touche principalement l’énergie et les métaux industriels. Après des années de hausse insolente, ce repli est presque salutaire. Vous allez pouvoir assister, confortablement assis dans votre fauteuil, à l’assainissement du marché. Assainissement partiellement entamé pour certaines matières (notamment le brut) depuis l’été dernier.

Inutile de se presser, il faut savoir partir à point
Une fois le marché assainit, sera alors venue l’heure pour l’investisseur privé avisé de s’y positionner. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Pour l’instant, c’est évidemment un peu tôt. Il faut laisser les choses évoluer tranquillement. Etre patient… C’est en tout cas la stratégie que je vous recommande.

Nous avons le temps ! Je vous rappelle qu’historiquement, les cycles des matières premières durent 15-18 ans. Ce ne sont pas des hausses conjoncturelles ! Regardez :

Il y a eu quatre cycles haussiers au 20ème siècle : 1906-1923, 1933-1953 puis 1968-1982. Le dernier en date est le notre : le marché des matières premières est redevenu haussier depuis 1998. Et cela pour encore une bonne décennie, voire beaucoup plus pour certaines matières dont la raréfaction est inévitable (je pense au brut bien sûr et à tout le secteur de l’énergie, mais pas seulement).

Voulez-vous que j’illustre mes propos de quelques exemples ? Suivez-moi…

Les hausses des cours étaient devenues déraisonnables
En 2006, le zinc, le nickel et l’uranium ont affiché des hausses de prix respectives de 123%, 160% et 60%.

L’aluminium a grimpé de 70% sur les 2 dernières années. Le platine a gagné 90% depuis mi-2005. Sur la même période, l’or et l’argent gagnaient tous les deux à peu près 50%.

Quant au brut, certes il bat de l’aile depuis l’été dernier. Mais tout de même ! Il a été multiplié par 8 ! Rappelez-vous : il cotait moins de 10 $ en 1997 avant de friser les 80 $ il y a 7 mois.

Même tendance côté « soft ». Les marchés du sucre et du jus d’orange se sont très bien comportés. Le cours du premier passait de 5 $ en 2004 à presque 20 $ cet été, soit une hausse de presque 300%. Le cours du second a gagné 75% sur 2006. Quant au maïs, il s’est adjugé 120% sur les 5 dernières années. L’avoine s’est envolée de 120% depuis 2004, le blé de 120% depuis 2000.

La liste est longue !

Ce repli constitue pour vous une véritable opportunité
Que faut-il penser de tout cela, me demanderez-vous. Quel est mon avis sur la question ?
Je suis persuadée que la tendance de fond sur les matières premières reste positive à long terme. A très long terme même. Nous sommes à l’aube d’un super cycle haussier.

A-t-on déjà vu une hausse ininterrompue sur plusieurs années, sans le moindre incident de parcours ? Non. Cela n’existe pas. Les grands cycles haussiers qui s’étalent sur des années sont faits de replis et rebonds successifs. Chacun le sait.

La question est donc de savoir que faire en cas de repli. Deux attitudes à mon avis : au pire, il faut vivre avec, subir. Beaucoup mieux : intégrer le repli à votre stratégie personnelle d’investissement afin d’en profiter. L’idée étant de se positionner quand le repli touche à sa fin, pour mieux rebondir ensuite.

Voyez-vous, de mai 2005 à mai 2006, l’accélération fulgurante du marché des matières relevait de la folie Internet des années 1999-2000. Sur un marché soutenu par des fondamentaux économiques réalistes et solides, est venu se greffer momentanément une bulle purement spéculative. Les fonds spéculatifs en sont la cause et en ont fait leurs choux gras.

Et lorsque la tendance s’inverse, ils réagissent très vite. Non seulement ils vendent, mais en plus ils se mettent à jouer la baisse (ventes à découvert). Il est alors impossible de maintenir les marchés à flot. Les pressions sont énormes.

Laissons les quitter le navire et attendons…

Mais revenons un instant au repli. Force est de constater que nous sommes en plein dedans. Depuis cet été, un grand nombre de matières premières s’essoufflent. Les cours sont montés trop haut, trop vite. Il fallait se reconnecter au monde réel.

L’onde de choc du repli constaté cet été se propage depuis 10 jours sur les marchés, notamment dans les secteurs de l’énergie et des métaux industriels.

Après le vent de folie, la tempête sévit
Le cours du baril de brut qui était coincé dans un corridor situé entre 60 $ et 65 $ depuis septembre (après avoir atteint 78 $ quelques semaines auparavant) vient de passer sous la barre psychologique des 55 $. A 52 $ hier, il baisse de plus de 15% depuis le début de l’année. Le gaz suit la tendance. Météo quasi printanière au beau milieu de l’hiver oblige ! Les hérissons sortent de leur état d’hibernation, les crocus explosent. Aux Etats-Unis, la facture énergétique est en baisse de 13%, les températures étant 20°C au dessus des normales de saison dans certaines régions.

Du coup, l’OPEP est en pleine effusion. Beaucoup d’agitation, mais probablement peu d’impact. Les forces en présence sont trop importantes. Les hedge funds quittent le navire, abandonnant massivement leurs énormes positions sur ce marché.

Le marché des métaux industriels n’est pas en reste. Le cuivre craque et voit son prix chuter de 9% depuis le 1er janvier, 16% en 1 mois, tout comme le zinc (-15% en un mois), le plomb (-8% depuis le début de l’année). Les céréales servant à confectionner l’éthanol emboîtent le pas : le blé perd 9% depuis le début de l’année, le sucre 5%, le mais 7%… J’arrête là mon énumération.

L’or résiste tant bien que mal ! La valeur reprend son statut de refuge.

Positionnez-vous en attendant sur des niches
Que faire ? Pour l’instant, attendre, observer. Le repli qui touche surtout l’énergie et les métaux industriels prendra fin tôt ou tard. Ce sera alors le moment de prendre position sur ce marché dont la tendance de fond reste super haussière. En sélectionnant bien son secteur. Au travers de notre Edito, nous aurons largement l’occasion de revenir sur ce sujet.

Autre alternative… se reporter sur d’autres secteurs, à l’abri des soubresauts actuels de marché. Les métaux précieux ? L’uranium ? La géothermie ? Les opportunités ne manquent pas. Il y aura toujours des niches très lucratives. Notre Edito est là pour vous en faire part.

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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