La baisse des taux par la BCE ne changera rien

Rédigé le 16 janvier 2009 par | La quotidienne Imprimer

La BCE a abaissé ses taux de 50 points de base lors de sa réunion hier. Enfin ?

Jean-Claude Trichet s’aligne donc sur ses petits camarades des banques centrales américaine, anglaise ou japonaise et décide de prendre la récession à bras le corps en encourageant le crédit, et donc la consommation.

J’en discutais justement hier avec Simone Wapler et Bill Bonner.

"C’est de toute façon inutile !", nous disait Simone. Comme les moutons de Panurge, Trichet va à la catastrophe. Il peut continuer à abaisser ses taux de 50 points, il peut inonder l’Europe de crédits rutilants et de billets fraichement imprimés, les mêmes causes entraîneront les mêmes non-conséquences… Une nouvelle baisse des taux de la BCE n’a aucune chance d’avoir un effet positif sur les marchés ou l’économie. [Pour lire plus d’articles de Simone Wapler…]

A quoi avons-nous assisté depuis 18 mois ? A une rituelle et quasi mensuelle baisse des taux par la Fed pour finir par frôler un fatidique taux zéro. Et si, aux premières annonces de baisse, les marchés ont complaisamment simulé un regain de vigueur, les suivantes sont presque passées inaperçues. La Fed a brûlé ses dernières cartouches et la BCE se lance dans le même feu d’artifice.

"Depuis 18 mois, Bernanke, le patron de la Fed, a tout tenté", nous disait Bill Bonner. Il s’est acharné sur ses propres taux, les réduisant à une marge comprise entre 0% et 0,25%, espérant peut-être recréer la grande illusion accomplie entre 2000 et 2003.

Oui, à cette époque, la baisse des taux par la Fed avait alors redynamisé les marchés… mais elle avait surtout créé une nouvelle bulle : celle des crédits immobiliers et des subprime. Au fur et à mesure que les marchés ont repris des couleurs, la Fed a alors commencé à resserrer la vis et à remonter ses taux jusqu’à ce que le système déraille de nouveau, que le soufflé des subprime commence à se dégonfler, dégageant une odeur nauséabonde, et que les marchés et l’économie toute entière périclitent.

Des taux proches de zéro… cela ne vous rappelle rien ? Le Japon.

Sébastien Duhamel, dans le Billet du Trader de mardi dernier, faisait le rapprochement entre la situation actuelle et celle du Japon dans les années 90 :

"Au début des années 1990, l’éclatement des bulles immobilière et financière nipponnes commence. Après avoir connu leur pire année en 1993, les autres pays développés sortent progressivement de la crise tandis que le Japon, après avoir abaissé ses taux d’intérêt à zéro et malgré une dizaine de plans de relance, n’est jamais parvenu à sortir nettement la tête de l’eau.

Aujourd’hui, les Etats-Unis, mais aussi l’Europe, et le monde, se retrouvent dans la même situation que le Japon, dans une crise mondialisée.

Encouragée par une politique monétaire accommodante, les banques japonaises avaient prêtés facilement au cours des euphoriques années 80. Quand la crise survient, au début des années 1990, elles cherchent à se débarrasser de leurs actifs immobiliers, puis financiers, mais la valeur de ceux-ci étant en chute libre, elles croulent sous les créances irrécouvrables, et beaucoup font faillite. Ce scénario nous rappelle fortement celui de ces derniers mois."

A MoneyWeek, nous nous posons plein de questions mais nous avons quelques certitudes dont celle-ci : la baisse des taux de la BCE ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau. Et si nous nous préparons déjà au pire, nous vous proposons aussi des pistes à explorer pour vous protéger, comme l’or et les trackers bear

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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