Stockage de données, abandonnez le disque dur et passez à l’ADN !

Rédigé le 29 juillet 2016 par | Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

C’est une banalité de dire que nous vivons dans un monde d’informations, mais c’est pourtant la réalité.

Pensez un instant aux dizaines de milliers d’informations numériques que vous générez chaque jour : vos achats en ligne, vos achats par carte bancaire, vos déplacements si vous utilisez un GPS, une carte Navigo, votre carte pour payer automatiquement aux péages, la moindre application de votre smartphone. Si vous allez chez le médecin, vous générez des informations sur votre santé. Si vous allez courir et que vous avez un compteur de pas ou un objet connecté, vous fournissez d’autres données sur votre activité physique.

Si vous utilisez votre ordinateur, votre tablette, votre smartphone ou votre télévision connectée, vous générez des informations sur vos recherches, les sites que vous visitez, les séries et les films que vous regardez.

Commandez de la nourriture via une de ses applications qui font flores en ce moment… hop, de nouvelles informations.

Ecrire un email, envoyez un texto, prendre une photo, avoir une conversation via Skype, utiliser un réseau social… encore et toujours des informations.

Nous générons en permanence des informations qui sont stockées par quelqu’un, pour en faire usage à un moment ou un autre. Je ne vais pas ici entrer dans la question de l’utilisation de ces informations, et par qui, car c’est un sujet que nous avons déjà largement abordé dans de précédentes Quotidiennes (je vous renvoie, par exemple, à celles sur l’utilisation – extrêmement sensibles – de nos données médicales, ici, ou encore ).

Les big datas à l’épreuve de leur stockage et de leur conservation

Aujourd’hui, ce qui va nous intéresser, c’est le stockage de ces données. Comment stocker ces énormes flux d’informations – ce que l’on appelle les big datas – mais aussi comment les conserver ?

Ce sont deux questions qui vont se poser de façon de plus en plus pressante dans les années qui viennent, alors que l’Humanité va générer de plus en plus d’informations numériques.

Va en outre se poser la question de leur conservation. Si vous êtes comme moi un amoureux des livres, vous savez certainement que la qualité du papier s’est considérablement détériorée au cours des dernières décennies.

Le problème est encore plus aigu pour les données numériques.

Non seulement, une technologie remplace rapidement l’autre, et nous ne sommes déjà plus capables de lire des données que nous avons stockées, par exemple, sur des disquettes. Cette semaine, on apprenait que le dernier fabricant de lecteurs VHS, le japonais Funei, jetait l’éponge. Plus de magnétoscopes ! Et des milliers de cassettes qui ne pourront plus être lues.

En parallèle, les standards, langages et autres spécificités du numérique ne cessent d’évoluer. Le numérique d’il y a 20 ans n’a plus grand-chose à voir avec l’actuel – et une partie des informations nous est désormais inaccessible.

En outre, la durée de vie des informations stockées sur ces supports est, en fait, extrêmement limitée. Même si vous disposiez encore d’un lecteur de disquette en état de marche, il y de grandes chances que les informations que vous avez stockées sur un de ces bout de plastique il y a 20 ans soient tellement corrompues qu’elles sont illisibles.

On estime à quelques dizaines d’années la durée de vie des informations numériques. Evidemment, si l’on compare au papier, au papyrus ou parchemin, la durée maximum de conservation des données numériques est une aimable plaisanterie.

Bref, cher lecteur, notre monde d’information a un gros problème de stockage et de conservation.

Stockage de données ADN pour contenir une planète d’informations

La solution pourrait venir de la biologie de synthèse, et plus particulièrement de l’ADN de synthèse.

Cela vous paraît étrange ?

Eh bien, pas tant que cela. Après tout, l’ADN est déjà un formidable espace de stockage, celui des informations génétiques qui nous composent et nous définissent (du moins en partie). Pourquoi donc ne pas imaginer qu’au lieu de stocker des informations sur la couleur de nos yeux, notre taille ou des maladies dont nous pouvons souffrir, l’ADN puisse servir de support à d’autres types de données.

Les données numériques sont actuellement définies par une suite de 0 et de 1. C’est le code de base du numérique. En ce qui concerne l’ADN, ce code de base est composé de quatre lettres : GATC, pour la guanine (G), l’adénine (A), la thymine (T) et la cytosine (C).

Un gramme d’ADN permettrait de contenir 455 milliards de gigabits d’informations, et quatre grammes contiendraient l’ensemble des données numériques produites chaque année, à travers le monde.

Autre avantage, l’ADN a réussi à démontrer sa pérennité. En 2013, une équipe de chercheurs est parvenue à reconstituer l’ADN d’un homme vieux de plus de 400 000 ans. Un pan entier de la paléoanthropologie est aujourd’hui consacré à l’analyse de l’ADN de nos plus ou moins lointains cousins et ancêtres.

Certains tentent même d’extraire des ADN vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années pour faire revenir à la vie des espèces disparues. L’Américain George Church (nous aurons l’occasion de revenir sur son sujet) a fait parler de lui en 2015 en insérant des bouts d’ADN de mammouth laineux, une espèce disparue depuis plus de 3 500 ans, dans celui d’un éléphant d’Asie.

Reconstitution d'un Mammouth laineux au Royal BC Museum Reconstitution d’un Mammouth laineux au Royal BC Museum Source : Wikipedia

Théoriquement, l’ADN dispose donc d’une très longue durée de vie, estimée à environ 3,5 milliards d’années. De quoi voir venir.

Voici donc les avantages de l’ADN comme support de l’information, du moins sur le papier.

La pratique est évidemment un brin (d’ADN) plus compliquée – mais loin d’être impossible. C’est ce que je vous propose de voir dès lundi, dans la Quotidienne.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

Un commentaire pour “Stockage de données, abandonnez le disque dur et passez à l’ADN !”

  1. Article hautement spéculatif. Il y a déjà des études pour stocker des informations dans des molécules mais autre que l’ADN.
    L’ADN est présenté comme plein d’avantages mais il a une propriété passée sous silence et pourtant qui est essentielle pour l’évolution des espèces : sa duplication produit assez souvent… des erreurs ! Ce sont justement ces erreurs qui permettent l’apparition de gènes différents avec quelquefois (rarement) un avantage. Dans un vrai stockage définitif des données c’est justement ce que l’on cherche absolument à éviter. Il est vraisemblable que d’autres formes de stockage de données plus perfectionnée soient apparues au début de la vie sur Terre mais ne pouvant évoluer elles ont été immédiatement éliminées.
    On oublie aussi l’incroyable lenteur pour la lecture de ces molécules et ce n’est pas seulement un problème mécanique améliorable. Le temps de parvenir à multiplier par 100 ou 1000 cette lecture (ne parlons même pas de l’écriture !) d’autres technologies l’auront largement dépassée.
    Je ne parierai pas un kopeck sur cette utilisation de l’ADN… à moins de vouloir spéculer quelques mois sur la crédulité et la mode.

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