Ne pariez pas sur une remontée du cours du pétrole au-dessus de 70 $

Rédigé le 28 avril 2017 par | Matières premières & Energie Imprimer

Les derniers jours n’ont pas été favorables au pétrole. Le Brent, le pétrole de la mer du Nord, a perdu plus de 8% depuis le 11 avril dernier, passant de 56,28 $ à 51,65 $. Même dépression du côté du WTI, le pétrole américain, qui perd 7,85% depuis le 11 avril, chutant de 53,43 $ à 49,24 $.

Tout cela malgré les efforts de l’OPEP et de la Russie, un grand producteur, pour limiter la production et faire monter les prix.

Alors, que se passe-t-il ? Et comment les choses vont-elles évoluer sur le marché du pétrole ?

La révolution du schiste pourrait bien avoir imposé un plafond aux prix du pétrole

Comme les plus fidèles d’entre vous le savent, le pétrole de schiste américain a été LE grand perturbateur sur le marché pétrolier.

Pendant longtemps, les cours ont été si élevés qu’il était économiquement rationnel de se lancer dans la fracturation hydraulique (le fracking). Les Etats-Unis, qui jusque-là étaient des producteurs marginaux de brut, sont ainsi redevenus un poids lourd sur le marché mondial.

L’offre a augmenté, l’argent a afflué vers les producteurs de pétrole de schiste… et les cours du brut ont commencé à chuter. Plutôt que de réduire l’offre, l’Arabie Saoudite et d’autres membres de l’OPEP ont répondu en produisant et en vendant encore plus de pétrole, un peu à l’instar des supermarchés, qui taillent dans les prix lorsqu’ils veulent gagner des parts de marché.

Mais cela n’a pas fonctionné. Les producteurs américains ont tenu bon pendant cette baisse des cours. Les grandes entreprises pétrolières ont dû renoncer à d’ambitieux projets d’expansion et donner la priorité aux versements de dividendes. Les producteurs de schiste, quant à eux, ont dû cesser toute exploration et limiter le déploiement de puits de forage. Mais ils ont survécu, en partie grâce à une politique monétaire laxiste et à des contrats favorables.

En fin d’année dernière, l’OPEP a fini par céder et s’est décidée à limiter sa production. Les prix ont bondi… mais c’est là qu’entre en jeu l’aspect réellement perturbateur du schiste.

L’exploitation du pétrole de schiste a toujours été considérée comme plus facile à lancer et à arrêter que beaucoup d’autres formes traditionnelles de production pétrolière… Et cela semble se vérifier.

Allen Brooks, de PPBH (une banque d’investissement spécialisée dans l’énergie), évoque un point très intéressant dans son dernier article sur l’industrie pétrolière. Il semble que « la pire crise de l’histoire de l’industrie du pétrole ait été suivie par la reprise la plus rapide de l’histoire en matière de puits » (en tous cas depuis 1968, ce qui est de l’histoire ancienne en termes d’industrie pétrolière).

Brooks compare les ralentissements et les reprises pétrolières du passé à ceux d’aujourd’hui. Une panique a agité le cours du pétrole au début de l’année 2016, avant un début de reprise. Au cours des 12 derniers mois, le nombre de puits a doublé (en d’autres termes, les producteurs de pétrole se sont vite remis à pomper). La reprise de 2009 (après la chute abyssale des prix en 2008) a mis près de deux ans et demi pour atteindre le même stade.

Les producteurs de schiste ont pu continuer à gagner de l’argent aux cours actuel du pétrole pour deux raisons : les améliorations technologiques et une baisse radicale des prix des services pétroliers.

Brooks note que la plupart des analystes estiment que les baisses de coût proviennent pour 60 à 70% des avancées technologiques. Le reste est lié à une baisse des coûts des services pétroliers. Bien sûr, la demande de la part des entreprises pétrolières augmente, et le prix des services pétroliers augmentera donc bientôt à nouveau aussi.

Si l’on suppose que les entreprises de services pétroliers récupèrent toutes les économies de coût réalisées par les producteurs et les prospecteurs d’ici la fin de l’année 2018, alors, à 55 $ le baril, les entreprises d’exploration pétrolière vont devoir faire face, comme le dit Brooks, à « des baisses significatives de rentabilité ».

D’un côté, on constate donc que certains producteurs de schiste vont devoir se montrer prudents à nouveau si les prix chutent trop par rapport à leur niveau actuel. D’un autre, on a du mal à voir les prix augmenter nettement au-dessus du niveau auquel ils se trouvent actuellement, étant donné la possibilité de réagir rapidement en mettant de nouvelles ressources sur le marché.

Pourquoi se réjouir de la baisse des prix du pétrole

Du point de vue de l’investissement, j’ai en ce moment un peu de mal à m’enthousiasmer pour le secteur pétrolier. Les gains liés à la reprise des cours se sont déjà largement concrétisés. Cela ne veut pas dire que le secteur n’a plus de valeur, ni qu’il n’y a plus d’achats intéressants à long-terme… c’est simplement que les chasseurs de bonnes affaires se sont déjà taillés la part du lion.

Si le cours du pétrole remonte à nouveau, les choses pourraient redevenir intéressantes. C’est une possibilité, mais ce n’est pas le scénario que j’estime le plus probable pour l’instant.

Mais prenons un peu de recul : après tout, la baisse des cours du brut est généralement une bonne nouvelle pour les pays occidentaux. Nous sommes tous de gros consommateurs d’énergie. A moins que votre travail ne dépende directement du pétrole et de son cours – ce qui n’est le cas que pour une minorité d’entre nous –, la baisse des prix du pétrole ne devrait pas trop vous inquiéter… en réalité, elle devrait vous permettre de mettre un peu de beurre dans les épinards.

Les banquiers centraux et les politiciens du monde entier affirment vouloir encourager l’inflation, mais si cette inflation est alimentée par une augmentation des prix des produits de première nécessité, elle ne nous aidera guère. Autant ajouter 10% de TVA et appeler ça de l’inflation…

Une baisse des prix du pétrole est plutôt comparable à une baisse d’impôts. Ce n’est pas énorme, mais même un petit peu d’aide vaut mieux que pas d’aide du tout. Je pense que l’on peut dire que l’effondrement des prix du pétrole au cours des dernières années a bien aidé les économies occidentales en général et permis de soutenir la consommation en l’absence d’une augmentation rapide des salaires.

En attendant, les bénéfices liés au coût élevé du pétrole (un investissement accru dans les énergies renouvelables et l’évolution des véhicules électriques) ont réussi à s’imposer. La baisse des prix du pétrole n’aide sans doute pas les voitures électriques, par exemple, mais je ne pense pas que leur développement puisse dérailler. Les constructeurs automobiles commencent en effet à se rendre compte que la meilleure manière de relancer le secteur serait de réinventer la voiture de A à Z, et de commencer à exercer une pression sur les gouvernements pour les pousser à abandonner les énergies fossiles. [NDLR : Baisse du pétrole, soutien de Donald Trump aux énergies fossiles… les vents semblent contraires aux énergies renouvelables. Pourtant, celles-ci deviennent enfin rentables et progressent à travers le monde. Ray Blanco a saisi cette opportunité pour vous proposer une entreprise qui exploite des centrales solaires… et verse de confortables dividendes à ses actionnaires. A découvrir dans le dernier numéro de NewTech Insider]

Mais pour en revenir au point que je souhaitais soulever, une stabilisation approximative voire une légère baisse des prix du pétrole est sans doute précisément ce dont le monde a besoin aujourd’hui. De là à savoir si nous allons en bénéficier, il y a un pas…

John Stepek

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