L’inflation, le mot de l’année

Rédigé le 9 mars 2017 par | Macro éco et perspectives Imprimer

Cher lecteur,

Si la Fed prépare très ouvertement les marchés à une nouvelle hausse des taux, il n’en est pas de même du côté de la BCE. Alors que la Banque centrale européenne se réunit aujourd’hui, le consensus parie sur un statu quo et le maintien de la politique accommodante.

Pourtant, la situation est en train de changer dans la zone euro.

Outre une modeste croissance de 0,4% au dernier trimestre 2016, c’est surtout le retour de l’inflation qui rebat les cartes.

A 2% en février, un plus haut depuis 4 ans, l’inflation renoue avec l’objectif officiel de la BCE.

Dans ces conditions, comment justifier le maintien de la politique ultra-accommodante de Draghi ? C’est la question que pose l’Allemagne, où la contestation contre la BCE est encore montée d’un cran.

Comme l’explique Simone Wapler dans sa Stratégie, il va falloir suivre de très près l’évolution de l’inflation qui va jouer son rôle de baromètre de l’économie. En cas de début de surchauffe des prix, la BCE pourra difficilement maintenir taux bas et quantitative easing européen :

Le rebond de l’inflation se confirme en Allemagne, selon L’Agefi (2 mars) :

« La remontée de l’inflation en Allemagne devrait nourrir les débats au sein du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) sur la réduction et l’extinction à terme du programme d’achat d’actifs ».

Traduction : Mario Draghi va être prié de resserrer rapidement le robinet de la création monétaire. Le mois de mars sera le dernier mois à 80 milliards d’euros de rachat d’actif. Ensuite, il est prévu que la BCE passe à 60 milliards d’euros jusqu’à la fin de l’année.

« Pour l’Allemagne, une révision à la hausse de l’ordre d’un demi-point de pourcentage [des prévisions d’inflation, ndlr] est attendue, et cela pourrait également concerner la zone euro dans son ensemble », a déclaré Jens Weidmann, le gouverneur de la Bundesbank qui siège au conseil des gouverneurs de la BCE.

Les dernières prévisions publiées en décembre tablaient sur une inflation à 1,3% en 2017 pour l’ensemble de la zone euro, loin de l’objectif de la banque centrale d’être autour de 2%.

Mario Draghi, le gouverneur de la BCE, avait déjà précisé en janvier qu’une révision était à l’ordre du jour, mais selon lui « la question clé désormais est l’ampleur des effets de second tour liés à cette hausse de l’inflation ». Traduction : l’inflation est plus élevée que prévue ? Mario Draghi tergiverse.

L’inflation est en effet largement tirée par le rebond des prix du pétrole depuis la fin de l’année dernière. Or « étant donné l’évolution des prix de l’énergie en rythme annuel, nous pensons que [février] marquera très probablement le pic d’inflation et nous attendons à voir le taux d’inflation s’éroder au cours des prochains mois ». Traduction : le pic est dû au pétrole mais comme les prix sont désormais stables, le pire est passé et tout va se tasser.

Le chef économiste de Postbank, Marco Bargel, estime que l’inflation se maintiendra à un niveau élevé, notamment grâce aux tensions sur le marché du travail alors que le chômage stagne à son plus bas niveau depuis la réunification à 5,9%. La révision des prévisions d’inflation devrait donner des indications sur la perspective privilégiée par la Banque centrale.

Traduction : en Allemagne, c’est le plein emploi et il ne faut pas s’attendre à ce que l’inflation se calme. En fonction des nouvelles prévisions de la BCE, on saura si les Allemands vont réussir à imposer leur point de vue – arrêter l’expansion de crédit pour masquer l’insolvabilité.

L’inflation va aussi être au cœur des préoccupations aux États-Unis. Demain seront publiés les derniers chiffres de l’emploi et le consensus attend une baisse du chômage de 4,8% à 4,7%. En clair, les États-Unis approchent, officiellement (car les chiffres de l’emploi sont, vous le savez, extrêmement manipulés), du plein-emploi.

Or une situation de plein-emploi est potentiellement inflationniste. Quand l’offre (d’emplois, dans ce cas) est supérieure à la demande, les employeurs doivent augmenter les salaires pour attirer des salariés – ce qui favorise l’inflation.

Nul doute que la Fed surveille aussi l’inflation de près, d’autant que la politique annoncée par Donald Trump (réductions d’impôts et grands investissements) est elle-aussi inflationniste.

L’inflation pourrait être le mot de l’année…

Dans la Quotidienne du jour, nous nous intéressons à un autre secteur qui est sous le feu de l’actualité depuis des mois : celui de la cyber-sécurité. Pas une semaine, sans une nouvelle cyber-attaque massive ou contre des accusations de cyber-influence…

Nous avons déjà longuement parlé dans ces lignes de la protection des données personnelles, du rôle des objets connectés dans ces cyber-attaques, des nouvelles guerres menées via le cyber-espace. Aujourd’hui va s’intéresser à de discrètes mais précieuses données : les méta-données.

Bonne lecture, bons investissements et à demain.

Cécile Chevré

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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