Le sucre repartirait-il à la hausse ?

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

J’aimerais faire un petit point sur le sucre. En effet, le cours du sucre a gagné la semaine dernière 3% à New York. Première semaine positive depuis 2 mois !
Pourquoi cette hausse soudaine dans un marché baissier ?

Le gouvernement russe est un adepte du yoyo !
En 2005, il a fortement diminué les droits de douane à l’importation sur le sucre. Il vient de changer son fusil d’épaule en décidant d’augmenter fortement ces mêmes droits de douane.
Du coup, pris de panique, les importateurs russes se sont rués sur le sucre pour remplir leurs stocks et dépôts. Et les traders avertis ont joué les variations du sucre, bien entendu !
Venons-en aux fondamentaux…

Où va le sucre ?
Vous vous souvenez sans doute que les cours du sucre ont flambé entre 2002 et 2006, passant sur le marché de Londres de 152 $ la tonne à 497 $ la tonne — soit une hausse de 225%. La bulle s’est ensuite dégonflée. Rien que l’année dernière, les cours ont perdu 41%. La tendance est donc pour l’instant baissière. En cause : la hausse de la production et des stocks bien fournis.

Production en hausse
Imaginez un peu. La production russe de sucre a plus que doublé ces six dernières saisons. A ce même rythme, la Russie, premier importateur de sucre au monde, deviendra autosuffisante en 2010.
Les experts viennent également de revoir à la hausse la production mondiale de sucre pour 2006/2007, à 161 millions de tonnes. Ils anticipent aussi une météo clémente, notamment au Brésil, premier pays producteur sucre.

Qui consomme du sucre ?
La Russie est pour l’instant le premier importateur mondial. Les Indiens sont les premiers consommateurs. Mais ils sont quasiment autosuffisants — sachant qu’une bonne partie de leur sucre part dans l’éthanol.

Nous avons aussi la Chine, troisième producteur et consommateur mondial. Elle annonçait il y a quelques temps pouvoir être autosuffisante, mais force est de constater que nous n’y sommes pas. On dit les Chinois peu portés sur le goût sucré. Certes, mais leurs habitudes changent. Ils se mettent à consommer du vin, boire du cognac, manger du chocolat, alors pourquoi ne consommeraient-ils pas de sucre ou du café ? Tout n’est qu’une question de temps.

L’Europe, un élément clé du rouage du marché
Nous sommes le second producteur de sucre au monde derrière le Brésil, et jusqu’ici nous avons toujours été l’un des plus gros exportateurs de sucre.

Or récemment, une décision européenne passée inaperçue a retenu mon attention. L’Europe a décidé qu’elle n’exporterait pas de sucre cette année. Elle veut même importer 200 000 tonnes de sucre ! Quelle volte-face…

La demande serait-elle orientée à la hausse ?
C’est probable.
Notre sucre est de plus en plus utilisé pour la production d’éthanol. Ce qui est logique puisque la réglementation européenne autorise depuis peu le mélange essence/biocarburant pour les automobiles. Un vrai changement qui ouvre la voie à de nouvelles utilisations pour notre sucre, principalement issu de la betterave.

Jusqu’en 2010, nous voilà donc autorisés à mélanger jusqu’à 5,75% de biocarburant à l’essence normale. Ce chiffre ira croissant au-delà.

On est encore loin du Brésil qui transforme la moitié de son sucre en éthanol, lui-même mélangé à hauteur de 25% à l’essence des automobiles. Et déjà les deux tiers des nouvelles voitures vendues actuellement peuvent fonctionner avec de l’éthanol pur. Ils ont beaucoup d’avance en la matière ! Et nous, les Chinois, les Indiens, les Russes… nous devrons les suivre tôt ou tard dans cette voie.

Réduction des subventions européennes
Autre point important : l’Europe a décidé de réduire les subventions destinées à la production de sucre. Conséquence : la production va décroître. C’est ce que nous constatons puisque nous commençons à importer du sucre. Nous voilà transformés en importateur…

Que pensent les acteurs du marché ?
Pour l’instant, les acteurs du marché, et notamment les fonds spéculatifs, n’ont pas encore bien pris conscience du changement de situation en Europe. En effet, les fonds détiennent majoritairement des positions courtes sur le marché. Ils anticipent donc la poursuite de la baisse du cours du sucre.

En revanche, les sociétés de transformation du sucre détiennent des positions longues. Ils anticipent une hausse des cours.

Mon avis sur la question ?
Difficile d’y voir clair pour ce qui est du court et moyen terme. Pour l’instant en tout cas.

En revanche, je pense qu’à long terme, les cours du sucre devraient grimper, car nous produirons de plus en plus de biocarburants dans les années à venir. Brésiliens et Indiens se sont déjà engouffrés dans cette voie. Les autres suivront, nous avec.

Dernier élément à surveiller : le cours du brut. Plus le cours du baril baisse, moins l’éthanol est rentable. En revanche, si le brut repart à la hausse, le cours du sucre sera dopé. Or à long terme, le brut ne peut que se maintenir qu’à un prix élevé.

Justement, je vous laisse entre les mains de Sylvain Mathon, rédacteur de la lettre Matières à Profits dont voici un extrait écrit fin janvier. Il vous en dit plus sur l’évolution du cours du brut à court et moyen terme.

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

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