Le blé : un marché capricieux et audacieux…

Rédigé le 29 novembre 2007 par | Nouvelles technologies Imprimer

Juste un petit rappel avant de commencer… Dans une année il y a deux récoltes : celle d’hiver et celle d’été. N’oublions pas qu’il y a deux hémisphères, et que l’hiver pour les uns est l’été pour les autres. C’est essentiel pour comprendre les variations mondiales du marché du blé. Allons-y…

Le Conseil International des Céréales (CIC) vient de publier ses prévisions de récolte pour les mois à venir. Je vous livre mon analyse :

Les prévisions à court terme : un marché très tendu Là, je suis en accord avec leurs conclusions : les mois à venir vont être très tendus. La récolte 2006/2007 est une récolte « à risque ». Plusieurs raisons à cela :

Tout d’abord, les niveaux de stocks sont extrêmement bas. A la fin de la récolte 2006/2007, ils devraient atteindre seulement 116 millions de tonnes. C’est presque un record. 35 ans qu’on n’avait pas vu cela ! Conséquence : l’émergence de la moindre incertitude sur les marchés, tant côté offre que côté demande, peut faire très fortement varier le prix du blé.

Ensuite, l’offre de blé 2006/2007 est en baisse par rapport à l’année précédente. Le début de la récolte 2006/2007 a été fortement secoué par des phénomènes climatiques capricieux. D’où la chute de l’offre.

Regardez la sécheresse en Australie. Les producteurs de céréales parlent là-bas de la sécheresse du siècle ! La récolte a chuté de 62% par rapport à la récolte précédente. Même son de cloche en Ukraine. Ce gros producteur a mis sur le marché une récolte en chute libre de 52% par rapport à la précédente. Conséquence : le cours du boisseau de blé est passé de 350 cents à 557 cents en quelques jours à la fin de l’été dernier. Plus de 60% de hausse !

Le CIC et le ministère de l’agriculture américain sont d’accord sur un point : les prévisions de récolte s’établiront cette année autour de 585 – 589 millions de tonnes. Or la demande estimée est de 606 millions de tonnes.

Rapide calcul : 606 – 589 = 17. La récolte 2006/2007 serait donc déficitaire de 17 millions (pour info : la précédente l’était de 5 millions). Avec un stock de 116 millions de tonnes, on devrait s’en sortir. Mais la moindre surprise sur les récoltes à venir pourrait mettre à mal l’équation. Car jamais l’équation n’a été aussi « ric-rac » comme dirait mon fils.

A ce rythme, on comprend que le marché du blé déchaîne les passions : selon le CIC, 40% des positions ouvertes sur le marché émanent des fonds de spéculation. Tous parient sur les phénomènes climatiques. D’où la volatilité du marché. Il faut avoir des nerfs d’acier…

Côté long terme, je reste dubitative quant aux conclusions du CIC Le CIC prévoit une récolte mondiale en hausse de 5,5% pour 2007/2008, avec une offre de blé estimée à 621 millions. Je vous donne le chiffre, mais il reste théorique. Personne ne peut anticiper les aléas climatiques ! Je n’ai pas de boule de cristal, et le CIC non plus.

Regardons rapidement les fondamentaux : Il se pourrait que les producteurs de blé, alléchés par les prix en hausse, donnent au blé une place prépondérante dans leurs cultures et augmentent leur production. Ce qui créerait une pression sur les prix.

Mais le blé peut aussi bénéficier du trend haussier à long terme sur les céréales.

N’oublions pas la Chine. En 2004 déjà elle consommait 50% de céréales de plus que les Américains ! Soit 1/5ème de la production mondiale. La hausse de la consommation et du niveau de vie en Chine dans les années à venir va faire exploser la demande. Certains estiment qu’en 2030, la Chine consommera 50% de la production mondiale de céréales. Et les autres ?…

Ajoutons à cela la hausse de la consommation de viande (le bétail consomme lui aussi des céréales), et la pression sur les prix à la hausse est évidente à long terme.

Et puis il y a les biocarburants… Sucre, maïs, et blé !

Côté graphique… Côté graphique, le cours du blé à 3 mois consolide depuis son envolée en septembre dernier à 557 cents le boisseau. Nous sommes actuellement revenus à 455 cents le boisseau.

Pour l’instant, je vous recommande d’attendre. Et de surveiller l’évolution du marché.

A court terme, le scénario baissier peut se poursuivre. Si le cours vient se frotter à 433 cents le boisseau, ce serait ennuyeux. Le potentiel de repli serait dans un premier temps un retour vers les 433 cents, voire vers les 350 cents, cours de l’été dernier. Dans ce cas, ce serait vraiment le moment d’acheter dans une optique moyen terme. Ne ratez pas l’occasion.

Si en revanche nous arrivons à nous extraire de la configuration baissière actuelle, et si le cours devait passer au dessus des 508 cents le boisseau, ce serait un signal d’achat sur lequel vous pourriez vous reposer pour jouer la hausse à court terme. Pour les joueurs seulement…

Mots clé : - - -

Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

Les commentaires sont fermés !