Inflation : vraie menace ou fausse crainte ?

Rédigé le 4 février 2011 par | La quotidienne Imprimer

« La BCE recadre le marché sur l’inflation », titrait l’Agefi vendredi 4 février. En effet, nos élites gouvernantes pilotent leurs politiques monétaires non pas sur des mesures mais sur des « anticipations ». « Le point mort d’inflation anticipé à cinq ans s’établit un peu au-dessus de 2% », mentionne L’Agefi Hebdo. La dernière enquête de la Commission européenne sur les anticipations d’inflation montre une perception à la hausse, mais rien de grave. « Anticipé », c’est le mot fort à retenir. Vous connaissez les capacités d’anticipation de notre élite politico-financière qui sait si bien voir venir les crises. Cela mérite de se pencher sur la question.

Vous devez savoir qu’il existe un marché des obligations indexées sur l’inflation. Ce marché reflète lui aussi les anticipations d’inflation. Aujourd’hui, ces anticipations ont reflué de 2,08 à 2,03%. Ca vous paraît en contradiction avec ce que vous vivez quotidiennement ? Malheureux ! C’est que vous confondez inflation et hausse des prix ou hausse du coût de la vie. Je vous rappelle que pour les économistes, inflation = hausse des prix ET des salaires. Comme il n’y a pas de hausse des salaires pour cause de chômage, il ne vous reste que la hausse des prix … et vos yeux pour pleurer.

Anticipations d’appauvrissement
Dans un encadré de son numéro 261, l’hebdomadaire professionnel qu’est L’Agefi donne la parole à un économiste de PrimeView qui nous aide à comprendre la perception de la situation par le milieu financier.

Selon ce monsieur, l’Europe reste sur une voie déflationniste.

« Nous importons certes de l’inflation de Chine où les pays développés dits industrialisés ont massivement délocalisé ces dernières années leur industrie, la Chine et les autres émergents devant faire face à l’envolée des cours des matières premières et à des hausses de salaire. (…) Mais cette inflation importée est fondamentalement déflationniste (…) cette inflation ponctionne le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises. L’inflation considérée comme les indices de prix globaux prend le dessus dans un premier temps. Mais ce mouvement est temporaire et à la fin, les déflationnistes l’emportent ».

Nous vivons dans un monde merveilleux, cher lecteur. Les prix montent, mais ils vont baisser car, face à l’appauvrissement des ménages et des entreprises, il faudra bien qu’ils baissent ! Il y aura plus de chômeurs, plus d’entreprises qui s’assiéront sur leurs marges pour survivre.

Ne vous souciez pas de l’inflation. Tout ira bien… puisqu’on vous le dit.

Dans les pays à population jeune, cependant, on n’hésite pas à se soulever parce que les prix de l’alimentaire montent (voir la Tunisie ou l’Egypte). Mais chez nous, les vieux hésitent à ériger des barricades. Les vieux font rarement la révolution, c’est plutôt un truc de jeunes.

Dans les pays autrefois riches, on n’hésite plus à risquer sa vie pour chaparder du cuivre. Le Charleston Daily Mail se faisait l’écho d’un fait divers l’été dernier. Cela ne s’est pas amélioré depuis, vu que les prix du cuivre ont continué à augmenter. Ce n’est pas une anecdote, les accidents se multiplient en Illinois, en Californie, en Caroline du Nord.

La perte de pouvoir d’achat ou l’appauvrissement, c’est très sournois. Les jeunes peuvent espérer voir leurs revenus augmenter s’ils échappent au chômage, quitte à émigrer. Mais pour ceux dont la vie professionnelle est derrière eux, l’érosion est vite irrattrapable. Pour les Etats, en revanche, l’inflation est une très bonne chose. A 5% par an, une dette de 100 milliards d’euros n’en vaut plus que 50, 10 ans plus tard.

Votre intérêt n’est pas nécessairement celui de votre Etat
Lorsque les intérêts des Etats et des citoyens divergent, même dans nos belles démocraties, des voyants rouges doivent s’allumer dans votre cervelle. Vous allez bientôt être marqué du label rouge fermier « pigeon élevé démocratiquement et prêt à plumer ».

La situation actuelle est à terme intenable. Nos élites ne sont pas stupides et le savent. Elles essaient donc de vous enfumez avec des histoires désinflationnistes. Mais vous constatez que vous vous appauvrissez.

Parallèlement, les pays, comme la Chine, qui connaissent l’inflation (hausse des prix ET des salaires) vont bientôt se lasser de nous prêter de l’argent pour rien, surtout si leur monnaie s’apprécie face à la nôtre.

Nous nous dirigeons donc vers une hausse des taux. Cette hausse des taux sera en retard sur la hausse des prix. Si cette hausse des taux est brutale – ce que nous entrevoyons, en raison du manque de clairvoyance de nos autorités – elle aura des conséquences dramatiques sur votre épargne et votre assurance-vie. Vous pouvez dès maintenant prendre les bonnes mesures.


Pour aller plus loin aujourd’hui :
– Je vous recommande la lecture d’un très bon article d’Eric Fry dans la Chronique Agora. Il y revient sur 100 ans d’existence de la Fed. Au premier abord ce n’est peut-être pas l’article que vous auriez envie de lire en cette veille de week-end, mais il vaut la peine d’y consacrer vos 5 prochaines minutes. A découvrir ici…

– C’était couru, plus personne ne s’intéresse à notre pauvre Europe. Et pourtant, la note irlandaise vient de nouveau d’être dégradée par Standard & Poor’s, passant ainsi de « A » à « A-« . N’oubliez pas que dans le dernier numéro de MoneyWeek, nous faisons notre marché parmi ces valeurs des PIIGS qui ont été laminées… parfois contre tout bon sens. Certaines sociétés méritent votre attention. Et vous pouvez découvrir lesquelles dans le dernier MoneyWeek.
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Photo :  dydcheung – Flickr

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

Visitez le site officiel de Simone Wapler : www.Simone Wapler.fr

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  1. Samedi 5 février 2011 :

    Avec son Pacte, Berlin sème la zone.

    La zone euro va-t-elle ressembler à une grande Allemagne ? Angela Merkel, qui a dû accepter une solidarité financière dont elle ne voulait pas pour sauver la Grèce, l’Irlande et sans doute la monnaie unique, présente sa facture à l’Europe. Et elle est salée.

    Plusieurs gouvernements se sont étranglés lorsqu’ils ont pris connaissance, juste avant l’ouverture du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement réuni vendredi à Bruxelles, des sévères réformes que Berlin voudrait introduire dans le futur «pacte de compétitivité» que devront signer les pays de la zone euro afin de renforcer leur intégration économique.

    La Belgique, l’Autriche ou encore l’Irlande ont estimé que c’était leur «modèle» qui était menacé. «L’offensive allemande dans les Ardennes a commencé», grinçait un diplomate belge. Ambiance.

    Parmi les réformes que Berlin veut imposer à ses partenaires pour assurer une solidarité financière ? L’abandon de l’indexation automatique des salaires qui existe encore en Belgique, en Autriche, au Portugal, au Luxembourg ou en Espagne. L’inscription dans les constitutions nationales de l’équilibre budgétaire. Le recul de l’âge de la retraite à 67 ans. L’harmonisation de l’impôt sur les sociétés. L’introduction d’un mécanisme de résolution des crises bancaires. Ou encore une augmentation des dépenses de recherche.

    Berlin a fait fuiter ces conditions juste avant le sommet en laissant entendre que Paris était sur la même ligne, afin de forcer la main de ses partenaires.

    Evidemment, ceux-ci ont hurlé au «diktat franco-allemand». D’autant plus inacceptable que des éléments clés des systèmes sociaux sont menacés.

    Ainsi, les Belges, en pleine crise politique, n’ont aucune envie d’ajouter une crise sociale en abandonnant l’indexation salariale.

    Les Autrichiens estiment eux aussi que les salaires et les retraites doivent rester du domaine national.

    Les Irlandais, pourtant bénéficiaires de l’aide européenne, ne veulent toujours pas renoncer à leur impôt sur les sociétés, l’un des plus bas du monde.

    Même la Confédération européenne des syndicats a fustigé «un pacte nuisible», qui créera «davantage d’inégalités».

    La méthode employée par Berlin n’a guère été appréciée par l’Elysée, qui parle d’une «version allemande du pacte de compétitivité qui décrit une vision allemande de l’Europe».

    Le ouiste Jean Quatremer, sur son blog bruxelles.blogs.liberation.fr

    Fin de citation.

    « Le pacte Merkel » pose la question suivante :

    Est-ce que cette Europe allemande créera de la stabilité ?

    Ou alors est-ce que cette Europe allemande créera des réactions nationalistes partout en Europe ?

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