L'illusion du schiste. Partie 1 : le gaz

Rédigé le 4 novembre 2014 par | Nouvelles technologies Imprimer

Depuis quelques jours, je mène une réflexion sur les investissements que je n’aime pas. Par bien des côtés, cela me semble tout aussi pertinent que de réfléchir aux investissements que nous aimons.

D’ailleurs, j’ai mené l’enquête auprès des différents rédacteurs des Publications Agora pour qu’ils partagent leurs réticences voire même leurs dégoûts. Résultat de cette enquête très vite dans Les Marchés en 5 Minutes, le débrief quotidien que reçoivent tous les abonnés à un de nos produits.

Au petit jeu du choix des secteurs d’investissements, il y a une carte que j’ai toujours du mal à prendre : c’est celle du gaz et pétrole de schiste, et plus particulièrement aux Etats-Unis. Je ne sais pas trop pourquoi, mais ce secteur me hérisse le poil et je n’en peux plus de lire des articles soulignant l’indépendance énergétique retrouvée, le miracle du gaz de schiste et les incroyables opportunités que cela offre ou encore le retour de la croissance américaine grâce à la fracturation hydraulique.

Peut-être est-ce un relent d’anti-américanisme ou bien de jalousie ? Ou encore une vague conscience écologique ? Peut-être…

Peut-être est-ce un relent d’anti-américanisme ou bien de jalousie ? Ou encore une vague conscience écologique ? Peut-être…

Reste qu’à ces arguments purement subjectifs s’ajoutent des arguments économiques, d’autant plus cruciaux que – cela ne vous aura pas échappé – le cours du pétrole est en fort recul depuis quelques mois et que toute l’industrie pétrolière en subit le contrecoup.

Le gaz de schiste américain, en convalescence difficile
Mais revenons en arrière. Au début des années 2000, les Etats-Unis se mettent à pratiquer de manière massive une technique d’extraction du gaz et du pétrole, la fracturation hydraulique. Cette technique était connue depuis plusieurs dizaines d’années mais les méthodes traditionnelles avaient jusque-là été privilégiées pour des raisons aussi bien économiques que techniques.

Evolution du cours du gaz et du pétrole américains
Evolution du cours du gaz et du pétrole américains

Mais en ce début des années 2000, les besoins ont bien changé. La demande énergétique mondiale s’envole portée par des pays émergents en pleine frénésie de croissance. En outre, les techniques s’améliorant, des producteurs se lancent dans l’exploitation des réserves non-traditionnelles.

La première phase d’exploitation s’est concentrée sur le gaz

La première phase d’exploitation s’est concentrée sur le gaz. A partir de 2003, au moment où l’exploitation du gaz de schiste est devenue significative, jusqu’à la crise de 2008, le cours du MBtu (une des mesures les plus usées) a évolué au-dessus des 5 $, avec d’impressionnants pics vers les 12 $ et même les 15 $.

Le cours élevé du gaz a stimulé l’investissement dans le domaine du gaz de schiste américain. Toutes les majors se sont précipitées vers ce qui apparaissait comme le nouvel Eldorado de l’énergie. Une multitude de petits explorateurs et producteurs sont apparus, tels des champignons après la pluie.

La crise de 2008, et l’effondrement des prix de l’énergie, a balayé le château de cartes qui s’est construit au-dessus des réserves américaines de gaz de schiste

La crise de 2008, et l’effondrement des prix de l’énergie, a balayé le château de cartes qui s’est construit au-dessus des réserves américaines de gaz de schiste. Comme vous pouvez le constater ci-dessus, le cours du gaz a chuté, passant même sous la barre des 2,5 $ en 2009.

Entre la baisse de la demande mondiale liée à la crise et le boom de production lié à l’exploitation des réserves non-conventionnelles, le marché du gaz a eu du mal à s’en relever.

Les majors s’en sont sorties avec quelques plumes ébouriffées. Certaines d’entre elles, comme Total, ont même pris leurs cliques et leurs claques et se sont retirées du secteur. Pour les plus petites sociétés, l’effondrement du cours du gaz a été une véritable catastrophe, et tout particulièrement pour celles qui ne disposaient pas d’une trésorerie suffisante et/ou étaient fortement endettées.

Le secteur gazier ne s’est toujours pas complètement relevé de cette tempête. La véritable reprise des cours du gaz est constamment repoussée

Le secteur gazier ne s’est toujours pas complètement relevé de cette tempête. La véritable reprise des cours du gaz est constamment repoussée. Les derniers rapports sur le sujet estiment maintenant que les cours du gaz (américain car la situation est toute autre dans le reste du monde) ne repartiront fortement à la hausse qu’à partir de 2016.

A cette date, les premiers terminaux américains d’exportation de GNL vont entrer en activité. L’autorisation d’exportation du gaz américain devrait en effet faire mécaniquement augmenter leur cours sur le territoire US.

Reste que cette autorisation est encore délivrée au compte-goutte et que de nombreuses voix s’élèvent contre cette ouverture qui va pénaliser financièrement entreprises et particuliers.

Pour les Etats-Unis, grand exportateur de gaz, vous l’aurez compris, ce n’est pas gagné.
[Dans Croissance & Opportunités, nous avons investi sur un marché déjà bien établi et en forte croissance malgré le ralentissement économique mondial : le marché du GNL à destination de l’Asie. Le continent est le premier consommateur et importateur de GNL au monde, et l’apparition de ce nouveau et exigeant client a complètement bouleversé le marché mondial du gaz. Certaines entreprises ont su prendre ce virage… et en récoltent aujourd’hui les fruits. Vous pouvez les retrouver dans Croissance & Opportunités].

Demain, nous verrons comment le pétrole de schiste américain a résisté à la crise de 2008 mais surtout s’il a les moyens d’affronter l’actuelle baisse des cours du pétrole.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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