Un échec français : les drones de défense

Rédigé le 10 novembre 2014 par | Nouvelles technologies Imprimer

Parfois, la France fait des choix étranges. Par exemple en privilégiant la voie Minitel à celle de l’ancêtre d’Internet au tout début des années 80. Ou encore le Concorde. Ou bien le Rafale…

Un échec qui a éjecté la France – et l’Europe – du pourtant très porteur secteur des drones de défense, laissant ainsi le champ libre aux deux champions que sont les Etats-Unis et Israël

Autre échec stratégique retentissant : celui des drones de reconnaissance et de surveillance (MALE, Moyenne Altitude Longue Endurance) français. Un échec qui a éjecté la France – et l’Europe – du pourtant très porteur secteur des drones de défense, laissant ainsi le champ libre aux deux champions que sont les Etats-Unis et Israël, détenteurs respectivement de 55% et 25% du marché.

Mais la donne pourrait être rebattue, grâce à un nouveau projet, le Future Air Combat System (FCAS), un drone de combat issu d’une collaboration entre le Royaume-Uni et la France.

A l’origine d’un échec
Commençons par un retour en arrière sur un échec, celui de la création d’un drone français de surveillance. Au début des années 2000, alors que la technologie des UAV (Unmanned aerial vehicle) commence à faire parler d’elle, la France paraît bien placée pour se lancer dans la course.

Parmi ses atouts, une solide expérience technologique en matière militaire et des entreprises reconnues, telles Dassault Aviation, EADS, Thales ou encore Safran.

Fort de ces atouts, la France se met donc en tête de créer ses propres drones alors que ses voisins européens font un choix plus pragmatique mais moins ambitieux en achetant les Predators et les Reapers américains ou encore les Heron israéliens.

Mais les constructeurs français veulent leur part du gâteau. Dès la fin des années 90, Dassault Aviation s’est ainsi lancé dans le projet LOGIDUC (LOGIque de Développement d’UCav) pour développer des drones de combats furtifs. Les premiers essais de vol se déroulent en 2003.

En parallèle, EADS, le frère ennemi de Dassault, s’intéresse aux drones de surveillance.

Deux sociétés, deux projets… et un Etat bien décidé à donner son avis en la matière

Deux sociétés, deux projets… et un Etat bien décidé à donner son avis en la matière (pour le coup, il aurait mieux fait de s’abstenir). En 2003-2004, la ministre de la Défense de l’époque, Michèle Alliot-Marie, rend un jugement à la Pâris et attribue à EADS la charge de développer un drone de surveillance – projet EuroMale – et à Dassault celle de proposer un drone de combat – projet Neuron.

Mais comme cela aurait été trop simple, la ministre impose à Dassault d’être le sous-traitant d’EADS pour EuroMale et à EADS d’être le sous-traitant de Dassault pour Neuron.

Mais cela aurait été toujours trop simple, l’Etat décide d’impliquer ses partenaires européens, et le plus possible.

Vous prenez tous ces éléments, vous secouez, vous mélangez bien… et vous obtenez un immense bazar.

L’échec du projet de drone de surveillance français
Le projet EuroMale prend rapidement du retard. EADS développe son projet de drone de surveillance, le Harfang, à partir du Héron 1 israélien. Las, malgré cet achat de technologie, le projet est livré avec 4 ans de retard et explose tous les budgets.

Mis en service en 2008, et utilisé par l’armée française en particulier en Afghanistan, le Harfang s’avère rapidement dépassé technologiquement

Mis en service en 2008, et utilisé par l’armée française en particulier en Afghanistan, le Harfang s’avère rapidement dépassé technologiquement. EADS décide donc de remplacer les Harfang par une nouvelle génération de drones de surveillance, le Talarion, développé une fois encore en partenariat avec Israel Aerospace Industries (IAI). Un projet à 1,2 milliard d’euros et dont la livraison était prévue pour 2017. Mais le projet semble rapidement tourner court entre budgets insuffisants alloués par les Etats impliqués (France, Allemagne, Espagne…) et des relations de plus en plus tendues avec le partenaire israélien. Conclusion, en 2012, EADS doit se résoudre à jeter le gant et à annoncer la fin du projet Talarion. Exit EADS…

Un projet de drone de reconnaissance français – ou du moins européen – a été relancé par… Dassault. Pour cela, l’avionneur français s’est tourné vers l’étranger en signant en 2010 un partenariat avec BAE pour le projet Telemos, un drone de surveillance ainsi qu’avec IAI pour la "francisation" des drones israéliens Heron TP. Deux partenariats qui ont tourné court sous l’influence du gouvernement et/ou du Sénat français peu heureux de ces projets concurrents au mort-né Talarion.

L’armée française a fini par se résoudre à se tourner… vers les drones américains

L’armée française et ses drones
La conclusion de cette triste affaire, vous la devinez certainement, l’armée française a fini par se résoudre à se tourner… vers les drones américains. En 2013, deux drones Reaper, construits par la société américaine General Atomics, ont ainsi rejoint le rang de l’armée de l’air française pour compléter les Harfang (toujours en utilisation malgré leur retard technique manifeste).

Actuellement, l’armée de l’air française ne dispose donc que de 6 drones – 4 Harfang et 2 Reaper. 6 drones, c’est très peu en comparaison des 400 et quelques drones alignés par l’armée de l’air américaine. La France a prévu de rattraper – un peu – son retard. La loi de programmation militaire (2014-2019) prévoit l’acquisition d’une douzaine de Reaper supplémentaires.

Quant à l’armée de terre, elle devrait elle aussi renouveler et augmenter le nombre de drones de surveillance dont elle dispose. Là encore, la compétition devrait s’avérer sanglante entre les constructeurs américains ou israéliens et les constructeurs français.

Reste la question des drones de combat. Jusqu’à présent, les drones utilisés par l’armée française n’étaient pas armés. Mais la question se pose de plus en plus alors qu’un partenariat vient d’être signé avec la Grande-Bretagne pour ce qui s’annonce comme le drone de combat du futur, le Future Air Combat System. A suivre… dans une prochaine Quotidienne.
[Dans Croissance & Opportunités, c’est un fabricant américain de drones de reconnaissance qui vient de rejoindre notre portefeuille.

Parmi les atouts de cette société particulièrement innovante : une position privilégiée pour profiter d’un marché émergent mais prometteur, celui des drones civils grâce à ses drones de petites tailles, d’une autonomie bien supérieure à celle de ses concurrents et d’un coût accessible. L’avenir des drones est… dans Croissance & Opportunités]

Mots clé : - - -

Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Laissez un commentaire