Chine : Combat de coqs (boursiers)

Rédigé le 7 juillet 2015 par | Pays émergents Imprimer

Vendredi dernier, avant que la Grèce vienne une nouvelle fois hypnotiser notre attention, nous avons vu comment et pourquoi les Bourses chinoises se sont envolées depuis un an. Et comment et pourquoi elles s’effondrent depuis un mois, faisant craindre un krach digne de 1929.

Rares, très rares, sont les commentaires pas complètement pessimistes sur la situation chinoise. A croire que la schadenfreude joue à fond et que nous sommes incapables de ne pas nous réjouir devant les difficultés de l’empire du Milieu. Il faut dire que pour les capitalistes démocrates que nous sommes, le capitalisme-communiste-dirigisme chinois a de quoi perturber.

Il est vrai aussi que la puissance économique, financière et aujourd’hui boursière chinoise montre d’inquiétants signes d’effritements. Le PIB n’a progressé que de 7% au premier trimestre 2015, soit à peine l’objectif fixé par Pékin et loin des croissances à 2 chiffres que le pays enregistrait encore en 2010.

Et certains de prédire l’effondrement boursier chinois, sa capitulation, la grande vengeance des marchés contre le dirigisme made in China.

Alors que le principal indice de la Bourse de Shanghai perdait encore plus de 5% vendredi dernier, les réseaux sociaux chinois sont partagés entre panique, soupçons de manipulation (venue de l’étranger bien sûr… et de Goldman Sachs tout particulièrement) et patriotisme boursier. La résistance s’organise donc pour essayer de sauver le soldat boursier…

La résistance face au krach

Face au risque de krach, c’est donc une véritable coalition qui s’est mise en place, entre Pékin, courtiers, banques et grands chefs d’entreprises. Coalition diverse et variée mais objectif commun : mettre fin à l’hémorragie qui a vu la Bourse de Shanghai perdre un quart de sa valorisation en quelques semaines.

Fin juin, la banque populaire de Chine décidait donc — pour la quatrième fois en 8 mois — d’abaisser ses taux directeurs pour, à la fois, soutenir l’économie chinoise et encourager les Chinois à emprunter pour investir en Bourse.

21 grands courtiers ont annoncé, samedi dernier, la création d’un fonds de 120 milliards de yuans (19 milliards de dollars) destiné à soutenir le prêt pour investir en Bourse — je vous disais la semaine dernière que cette pratique, dite aussi « appel de marge » ou margin call (un terme qui rappelle de mauvais souvenirs, n’est-ce pas ?), était extrêmement répandue parmi les investisseurs chinois).

Pékin vient en outre d’assouplir à nouveau les conditions d’accès aux prêts, en prenant par exemple les bien immobiliers comme collatéraux, et ce après avoir, il y a quelques semaines, tenté de les limiter. Oui, Pékin est vraiment prêt à tout pour sauver ses marchés actions, et son changement d’attitude face aux margin call n’a rien fait pour rassurer les marchés.

Le secteur privé (enfin, privé…comme il peut l’être en Chine) a aussi décidé de joindre ses forces à la bataille : une petite trentaine de chef d’entreprises (essentiellement du secteur technologique) et des gérants de fonds se sont engagés à acheter des actions pour soutenir les cours.

Pour l’instant, l’intervention coordonnée de ces différents acteurs semble porter ses fruits. Lundi dernier, Shanghai terminait en hausse de plus de 2,4%, malgré les mauvaises nouvelles venues de Grèce. Remarquez, je ne sais pas ce que les investisseurs chinois ont à faire de la Grèce, ce qui est de bonne guerre, les investisseurs européens et américains s’étant montré particulièrement peu intéressés par ce qui se passe dans l’empire du Milieu…

Aujourd’hui, la chute a repris — de manière plus modérée — avec un SSE Composite en recul de 1,29% en clôture. Impossible donc de savoir, pour le moment, si Pékin et les principaux intervenants sur les marchés boursiers sont parvenus à enrayer le krach.

Ce que nous apprend ce krach, et sa gestion par Pékin

A ce moment précis, je n’ai aucune idée de la tournure que vont prendre les événements. Nous assistons à la confrontation de deux volontés de fer : celle des marchés, pris de panique, et celle de Pékin.

Car ce qui est certain, c’est que les autorités chinoises vont continuer à tout faire pour encourager le retour du marché haussier. Une Bourse en hausse, ce ne sont que des avantages pour Pékin :

– tout d’abord, celui de créer un effet « richesse » (plus ou moins véritable) : alors que l’économie chinoise est clairement en phase de ralentissement, un marché haussier peut en partie « compenser » la chute de la croissance ;

– ensuite, un marché haussier devrait permettre aux entreprises chinoises de lever plus facilement des fonds, et ainsi encourager l’investissement dans un pays qui a largement besoin de plus — et mieux ! — investir dans son appareil économique ;

– enfin, et surtout, la hausse des indices va dans le sens de la nouvelle orientation économique décidée par Pékin : moins d’Etat (dans les entreprises) et plus de privé. Les autorités chinoises ont en effet entamé un processus de désengagement des entreprises publiques et veulent laisser la place à des investisseurs privés (qu’ils soient chinois ou même étranger). Objectif : rendre les entreprises chinoises plus efficaces, et surtout rentables.

Le problème, vous vous en doutez, c’est qu’en intervenant aussi massivement pour sauver ses marchés actions, Pékin se met en contradiction avec sa volonté affichée de désengagement.

L’ampleur de la réaction de ce week-end nous révèle autre chose : les autorités chinoises n’avaient manifestement pas anticipé une correction d’une telle ampleur. Je dirais même qu’ils sont confrontés à un monstre qu’ils ont contribué à créer. Car Pékin est conscient qu’un marché sain — son objectif à long terme — est un marché qui connaît des phases de correction. D’où son intervention dans un premier temps pour tenter de calmer l’ardeur haussière des investisseurs.

Reste à observer ce que les marchés vont faire. Vont-ils se saisir de l’occasion offerte à court terme, et se lancer dans un nouveau rally haussier, assurés du soutien de Pékin ? Pourquoi pas… Après, le soutien de la Fed explique en grande partie la hausse des marchés américains depuis 2009…

Ou bien vont-ils voir dans cette intervention massive une preuve de la faiblesse des marchés boursiers chinois ? De leur manipulation et du peu de confiance qui peut leur être accordée ?

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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