Les méta-données donnent des ailes à Uber

Rédigé le 9 mars 2017 par | Nouvelles technologies Imprimer

Connaissez-vous les méta-données ?

Ce terme abscons désigne toutes les données concernant d’autres données. Par exemple, lorsque vous prenez une photographie avec votre téléphone portable, un fichier .jpg est créé. C’est ce fichier que vous allez pouvoir envoyer à vos proches, ou partager sur Internet. Il contient bien sûr l’image que vous avez photographiée (les données principales), mais aussi une foule d’autres informations relatives à cette image comme la date, l’heure, la localisation GPS, le type d’appareil utilisé, etc.

Ces informations secondaires sont appelées les méta-données, et prennent de plus en plus d’importance dans les systèmes informatisés.

Historiquement, les données étaient considérées comme l’information principale dans les communications. Prenez l’exemple des correspondances manuscrites : lorsque vous écrivez une lettre et l’expédiez par la Poste, vous indiquez en toutes lettres votre adresse et celle du destinataire. Cette information n’est donc pas secrète. Le contenu de l’enveloppe, en revanche, est normalement privé et son secret est (plus ou moins) protégé par les lois sur le secret des communications privées.

Le même constat s’applique aux informations numériques : les lois protègent plus fortement l’échange verbal de vos communications téléphoniques que la liste de vos interlocuteurs.

Lorsque vous surfez sur Internet, le contenu des pages Web que vous visitez est souvent crypté (donc indéchiffrable). En revanche, la liste des sites Web que vous consultez et des personnes à qui vous écrivez des e-mails peut être interceptée par n’importe qui.

Toutes ces méta-données étaient considérées jusqu’à présent comme des informations secondaires, et ne suscitaient que peu d’intérêt. Avec la centralisation des bases de données et la possibilité de croiser les informations, les informaticiens leur ont découvert une valeur intrinsèque dont nous allons voir aujourd’hui un exemple d’application.

Uber : l’entreprise qui assume son illégalité

Vous connaissez sans doute Uber, la start-up qui a décidé de bousculer les habitudes du transport motorisé de personnes. En concurrence frontale avec les taxis, les chauffeurs Uber sillonnent les villes et proposent un service haut-de-gamme aux utilisateurs.

Avec une réservation par application smartphone, des tarifs compétitifs, des véhicules de qualité et des chauffeurs incités à l’amabilité, nombreux sont les utilisateurs séduits par la formule. Il faut dire qu’un voyage dans un véhicule Uber est généralement bien plus agréable que dans un taxi vétuste conduit par un chauffeur irascible.

Malgré tout, Uber reste soumis aux lois des pays dans lesquels elle opère. Le transport de personnes est bien souvent régulé par de nombreuses lois.

Plutôt que d’attendre d’hypothétiques changements législatifs, la start-up a décidé de déployer son service dans des villes même en l’absence de législation favorable.

En cas de verbalisation, Uber avait pour politique de régler les contraventions. L’illégalité était considérée comme un passage obligé pour changer les usages et, à terme, les lois.

Une gestion comptable des verbalisations

Aujourd’hui, nous nous intéressons aux révélations du New York Times qui indique qu’Uber a intégré dans ses algorithmes une détection policière – un logiciel qui aurait été utilisé jusqu’en 2015. Afin d’éviter de trop nombreuses verbalisations, Uber a développé une méthode pour détecter les policiers en exercice chargés d’intercepter des véhicules en flagrant délit. Véhicules fantômes, invisibilité des véhicules réels, un véritable jeu du chat et de la souris s’était engagé entre les informaticiens d’Uber et les forces de l’ordre.

Lorsque des policiers en exercice étaient identifiées par les logiciels d’Uber, ils étaient éloignés au maximum des véhicules afin de ne pas pouvoir constater d’infractions en flagrance.

Eviter les fonctionnaires est-il légal, ou moral ? Uber représente-t-elle la fin de l’emprise des réglementations sur notre vie quotidienne ? Est-elle la start-up qui nous libèrera des lobbies, ou celle qui rendra précaire toute une génération d’actifs ?

Comment faire parler les méta-données

Vous vous doutez bien que les policiers se faisaient discrets lorsqu’ils utilisaient l’application Uber pour piéger les chauffeurs. Pas question de s’identifier comme tels lors de l’inscription, ni de réserver une course dont le point de départ serait le commissariat du coin !

Malgré leur discrétion, les informaticiens d’Uber ont su détecter des indices qui leur permettait de distinguer, de manière relativement fiable, un policier d’un utilisateur lambda.

Un nouvel utilisateur s’inscrit avec une carte de crédit déjà associée à des fonctionnaires de police ? Il lance régulièrement l’application à proximité d’un commissariat ? Il s’agit probablement d’un client indésirable.

D’autres méta-données encore plus subtiles, comme le temps moyen passé sur l’application par rapport au nombre de véhicules réservés, ont été utilisées. En effet, les utilisateurs normaux n’ouvrent généralement pas l’application par plaisir, mais pour commander une course.

Tous ces petits indices ont permis à la start-up de réaliser un filtre qui aurait été impossible en se basant sur les seules données principales de l’utilisateur (nom, prénom, localisation à l’instant T).

Les méta-données valent-elles encore plus cher que les données ?

Encore une fois, je n’évoquerai volontairement pas les implications morales et légales de ces pratiques d’Uber.

Ce qui est intéressant dans les révélations du New York Times est que nous avons désormais un exemple concret de l’usage qui peut être fait des méta-données.

Je vous le rappelais plus haut : les méta-données de vos communications électroniques ne sont que très peu sécurisées.

En France, les méta-données de nos échanges par e-mail et les sites Web sur lesquels nous nous rendons sont, la loi l’oblige, systématiquement enregistrées par les fournisseurs d’accès et transmises aux autorités administratives.

Sur les réseaux sociaux, nous avons un certain nombre de contacts, qui ont eux-mêmes d’autres contacts. Photos de vacances, anecdotes de bureau ou engagements politiques : nous partageons plus volontiers certains types informations que d’autres.

Même sans accès aux données que nous publions, notre comportement sur Internet et le type d’usage que nous avons des différents services en dit beaucoup sur nous.

Les chercheurs de Facebook avaient montré il y a quelques années être capables de deviner grâce aux méta-données l’orientation politique et sexuelle des utilisateurs. Les nouvelles révélations autour des pratiques d’Uber nous apprennent que même notre profession peut être déterminée grâce à quelques indices anodins.

L’occasion de nous rappeler que l’anonymat n’existe pas dans la société de l’information, et que les informations que nous laissons derrière nous ne sont pas celles que l’on croit ! [NDLR : La cyber-sécurité et la protection des données sont au cœur des investissements de Ray Blanco. Les entreprises de cyber-sécurité effectuent un des plus impressionnants parcours boursier depuis le début de l’année. Pour en profiter, rendez-vous dans NewTech Insider pour découvrir la sélection de Ray.]

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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