Watson IBM : L’intelligence artificielle peut-elle remplacer votre médecin ?

Rédigé le 25 juillet 2016 par | Nouvelles technologies Imprimer

La semaine dernière, nous avons vu que DeepMind, la filiale de Google dédiée à l’intelligence artificielle (IA), n’avait pas pour seule ambition de battre les meilleurs joueurs mondiaux de Go : elle voulait aussi améliorer votre santé.

DeepMind va se mettre au service du Moorfields Eye Hospital à Londres pour améliorer le diagnostic des signes de précocité, et on ne peut qu’applaudir l’initiative qui laisse présager d’une meilleure prise en charge des patients.

Mais ce qui fait déjà grincer des dents, c’est le statut et la protection des données personnelles médicales. Sans ces données, l’intelligence artificielle ne peut pas faire son travail.

Mais autoriser l’accès d’une entreprise privée au dossier médical de milliers ou de millions de patients pose de nombreux problèmes. Avez-vous vraiment envie que Google, ou toute autre entreprise, ait accès à votre dossier médical ? Aux opérations que vous avez subies ? Aux médicaments que vous prenez ? Aux maladies qui vous ont été diagnostiquées ?

Que peuvent et veulent faire ces compagnies privées de ces informations extrêmement personnelles ? Quelles sont les limites de leurs usages ? Et comment s’assurer que celles-ci ne seront pas piratées ? Diffusées à tout-va, sur Internet ? Utilisées contre vous ?

Ces questions vont se poser avec toujours plus d’acuité alors que l’alliance entre l’IA et la médecine va se faire de plus en plus étroite.

L’IA au service de notre santé, l’exemple de Watson d’IBM

L’application de l’IA et ses capacités d’analyse au domaine médical est un sujet particulièrement brûlant. Google, Dell, Hewlett-Packard, Apple, Hitachi ou encore IBM y investissent moyens humains et financiers. Le marché de l’IA médical devrait être multiplié par 10 dans les 5 ans à venir — et est un débouché aussi concret que lucratif aux nombreuses recherches et expériences reposant sur l’intelligence artificielle et le deep learning.

En la matière, IBM est une référence, grâce à son IA Watson. Watson s’est fait connaître en 2011 en gagnant au jeu télévisé Jeopardy! (un jeu télévisé américain dans lesquels les candidats doivent non pas répondre à des questions mais trouver les questions correspondant aux réponses).

Mais ce que cette intelligence artificielle est en train de réaliser dans le domaine de la santé est encore plus impressionnant.

Watson est en effet utilisé dans certains hôpitaux américains comme plateforme d’aide au diagnostic. En comparant le dossier médical du patient, ses symptômes et l’énorme littérature médicale qu’il a intégré, Watson est capable de proposer un diagnostic. L’IA d’IBM a déjà fait ses preuves en matière d’oncologie : une petite vingtaine d’hôpitaux américains spécialisés dans le cancer utilisent ses services.

En quoi l’intelligence artificielle serait-elle meilleure que les humains ? Principalement dans sa capacité à ingérer et à brasser une énorme quantité d’informations. La littérature scientifique est abondante, trop abondante pour un esprit humain. Pas une journée sans que des dizaines d’études, d’analyses, d’articles ne soient publiés. Aucun humain ne peut lire toutes ces nouvelles informations ; seule la machine peut le faire. L’IA permettrait donc des diagnostics intégrant les dernières découvertes, mais aura du mal à remplacer l’analyse humaine.

Le plus probable est que le diagnostic fait par la machine soit un support, une base et un complément au diagnostic humain. En clair, je ne pense pas que les médecins seront remplacés par des intelligences artificielles dans les années à venir… et heureusement.

Le rôle de l’intelligence artificielle ne s’arrête pas au diagnostic. En avril dernier, IBM annonçait une collaboration avec l’American Cancer Society, l’association américaine de lutte contre le cancer.

Watson, toujours lui, sera utilisé comme interlocuteur avec les patients atteints d’un cancer. Ayant intégré leur dossier médical, Watson sera capable de répondre à leurs questions sur leur maladie, les symptômes ou l’évolution de leur traitement. C’est, en quelque sorte, une extension au domaine de l’oncologie des capacités de réponses dont a fait preuve Watson en participant à Jeopardy.

Nos données médicales, des big data comme les autres ?

Pour développer le potentiel de leur intelligence artificielle, tous les acteurs du secteur ont besoin d’une chose : de données médicales, et en très grand nombre. Sans ces big data, les IA tournent à vide.

Cette faim de données médicales personnelles explique que, en un peu plus d’un an, IBM ait dépensé plus de 4 milliards de dollars pour se renforcer dans le secteur médical. Le géant américain a ainsi fait l’acquisition, pour un milliard de dollars, de Merge Healthcare, un spécialiste de l’imagerie médicale et de Truven Health, un fournisseur de données et d’analyses médicales. En 2015, il a en outre racheté deux start-ups spécialisées dans le cloud médical.

Le rachat de Truven Health lui a permis de mettre la main sur plus de 200 millions de dossiers de patients et, en intégrant les capacités de lecture de scans, d’IRM et de radios de Merge Healthcare, IBM se propose d’améliorer considérablement les capacités de diagnostic de Watson via la reconnaissance d’images.

Que conclure de ces rachats ? Tout d’abord, une évidence : pour IBM, le secteur médical est un marché particulièrement attractif. Le groupe y voit un important relai de croissance.

Ces acquisitions soulignent aussi que les données médicales, de leur acquisition à leur gestion en passant par leur numérisation, sont le nerf de cette nouvelle guerre.

Mais les géants du Web n’ont pas forcément besoin de sortir leur portefeuille pour acquérir ces si précieuses données. Nous avons vu que les accords entre Google et la NHS britannique prévoyaient l’accès gratuit à des millions de dossiers de patients.

En outre, nous serons bientôt nous-mêmes les principaux fournisseurs de données de santé. Le développement des objets connectés et des applications de santé va dans ce sens. Tous les grands noms de technos ont développé leurs applications de santé — tel le Health Kit d’Apple. Nous sommes et serons de plus en plus encouragés à intégrer notre dossier médical, le suivi de notre activité physique et même prochainement notre génome dans notre smartphone.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Côté avantages, ces données seront ainsi accessibles partout et tout le temps pour les professionnels de santé. On peut ainsi espérer une meilleure prise en charge, des diagnostics plus précis et un suivi plus efficace.

Côté inconvénients… nous en revenons aux questions posées par l’utilisation et surtout par la protection de ces données. Comme l’ont prouvé les récentes et nombreuses affaires de vols de données personnelles, aucune de ces données n’est à l’abri d’intrusions et d’utilisations malveillantes. L’explosion de l’e-santé, de la santé connectée ou encore de l’IA médicale étant irrépressibles, il va falloir réfléchir aux manières de les protéger.

C’est la raison pour laquelle Ray Blanco insistait il y a quelques jours sur la nécessité d’investir dans le domaine de la cyber-sécurité. La multiplication des données sensibles va obliger toutes les grandes entreprises, instituts de recherches ou hôpitaux à investir dans leur sécurisation.

Ces derniers mois, la FDA a multiplié les recommandations et les mises en garde. Et d’après une étude de Grand View Research, le marché de la sécurité des données médicales devrait passer de 5,5 milliards de dollars en 2014 à 10,85 milliards d’ici 2022. Les meilleures recommandations de Ray pour investir dans le secteur sont à retrouver dans NewTech Insider.

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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