Wall Street, Bitcoin, obligations : est-ce (déjà) la fin ?

Rédigé le 2 février 2018 par | A la une, Bitcoin et cryptomonnaies, Indices & Actions, Nouvelles technologies Imprimer

Un léger vent de panique souffle sur les marchés en ce moment. Et tout d’abord sur les marchés actions. Mardi dernier, le Dow Jones perdait 1,37%, sa baisse la plus importante depuis mai 2017. Le recul atteint 1,60% sur la semaine, de même pour le Nasdaq.

L’indice technologique a même réussi à clôturer en baisse hier, malgré les bons résultats publiés par Amazon (multiplication par deux du bénéfice et hausse de 38% du chiffre d’affaires). Nous verrons si les bénéfices record publiés par Apple, après la clôture des marchés, parviennent à relancer la machine haussière du Nasdaq.

Du côté du CAC 40, ce n’est pas plus réjouissant. Au moment où j’écris ces lignes, l’indice parisien perd plus de 0,80% – et 2,15% sur la semaine.

Comme Mathieu Lebrun vous le disait hier, le VIX, l’indice de la peur, a bondi de plus de 60% depuis le début de l’année, signe que les investisseurs commencent à craindre un krach, et cherchent à se couvrir.

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Evolution du VIX sur 6 mois

Cela tangue du côté de l’obligataire

Du côté des marchés obligataires, ce n’est pas mieux. Le rendement des bons du Trésor à 10 ans, qui est utilisé comme baromètre, remonte en flèche.

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Rendement sur un an des bons du Trésor à 10 ans

A 2,78%, il a dépassé la barre des 2,5% dont je vous parlais en novembre dernier :

2,5%. Voilà le chiffre qui, selon les analystes de Société Générale, pourrait faire basculer les marchés. 2,5%, mais de quoi ? D’inflation ? De croissance ? De défauts d’entreprises ? Rien de tout cela, mais 2,5% de rendement pour les obligations souveraines américaines (dites aussi bons du Trésor ou T-Bonds) à 10 ans.

[…] Selon les analystes de Société Générale, cette tendance à la hausse n’est pas bon signe pour les marchés actions. D’après leurs calculs, au-delà des 2,5% le rendement des bons du Trésor commence à travailler contre les marchés actions.

C’est ce qu’illustre le graphique ci-dessous :

solidenergy us equity marché higher yields bond en dollar usd statistiques stats

Des rendements à 2,5% sur les T-Bonds à 10 ans signifierait un décrochage de 7% des marchés actions. A 25,75%, Société Générale anticipe une chute de 15% des marchés actions. Par contre, des rendements plus bas soutiennent les actions.

A 2,78%, le rendement des bons du Trésor à 10 ans se rapprochent aussi d’un autre seuil, celui des 3%.

Simone Wapler vous en parlait hier dans La Chronique :

La hausse des taux longs se poursuit. Les intérêts de la dette coûtent de plus en plus cher partout dans le monde. Qu’on le veuille ou non, c’est le 10 ans américain qui reste l’étalon dans ce domaine.

Bloomberg sur ce sujet :

« toutefois, le début de 2018 a pris beaucoup d’investisseurs par surprise avec le rendement du 10 ans connaissant sa plus forte hausse mensuelle depuis novembre 2016. Soudainement, ils se retrouvent à réfléchir à quel niveau pourrait se terminer l’euphorie des bons moments depuis l’élection présidentielle. Pour beaucoup, 3% est le point de rupture à partir duquel les coûts de financement des entreprises deviendrait trop élevé, les marchés actions perdraient leur attrait et la dynamique de croissance s’évanouirait ».

En résumé, à 3% la pyramide mondiale de dettes s’effondre.

La crypto-crise

Enfin, comment ne pas évoquer l’effondrement du Bitcoin, qui est passé de près de 20 000 $ à moins de 9 000 $ en l’espace de deux mois.

La mise en place d’une réglementation en Corée du Sud imposant que les transactions sur cryptos soient liées à un compte bancaire bien identifié, les rumeurs d’interdiction de minage en Chine et, enfin, les récentes déclarations de responsables indiens annonçant leur intention de lutter contre le blanchiment d’argent, la fraude fiscale et le financement d’activités illégales via les cryptos ont eu raison du grand marché haussier de l’automne dernier.

Conséquence de cette conjonction de turpitudes, les inquiétudes renaissent, les prédictions de krach se multiplient… et les investisseurs se demandent s’ils doivent céder à la panique. Ces derniers jours, des analyses s’interrogeant sur le risque de krach se multiplient – et pas uniquement sous la plume des rédacteurs de Publications Agora. Le Monde, Les Echos, Le Figaro, Capital

Quand la date de ce krach (trop) annoncé ? Les avis divergent. Il pourrait advenir d’ici la fin du trimestre, en début d’année prochaine voire mi-2019.

Surréaction des marchés ?

Les marchés surréagissent-ils ? Peut-être.

Après tout, les marchés actions n’ont enregistré que quelques séances de baisse après un début d’année en fanfare.

Après tout aussi, ce n’est pas la première fois que les rendements des bons du Trésor dépassent les 2,5% au cours des dernières années. Ils avaient ensuite reculé. En outre, cette reprise du côté des rendements se fait en même temps qu’une reprise économique aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe ou en Chine.

Enfin, ce n’est pas la première correction de très grande ampleur qu’encaisse le Bitcoin. A chaque fois, la crypto avait rebondi et, mieux encore, atteint de nouveaux sommets.

Le krach final n’est donc peut-être pas pour tout de suite.

Entre conscience et inconscience, leur raison balance…

Mais… cette surréaction me semble illustrer un point : les investisseurs sont parfaitement conscients des risques et faiblesses des marchés actuels.

Certes, la plupart du temps, ils préfèrent éviter de regarder cette réalité en face mais ils conservent dans un coin de leur tête des doutes sur la viabilité de telles valorisations sur les marchés actions ou sur les cryptomonnaies.

Ils ne peuvent pas non plus ignorer que l’endettement global mondial a explosé depuis la crise de 2008 et que ce fragile édifice ne tient que grâce à des taux d’emprunts extrêmement bas. C’est cet édifice qui est aujourd’hui affaibli par la remontée des rendements.

Attendez-vous donc à une multiplication des analyses alarmistes. Elles ne font pas le krach… mais elles en préparent le terrain.

Et puisque personne ne peut prédire avec précision l’heure du jugement dernier, ou du moins celle du prochain gros krach, jouez la prudence avec vos stops, diversifiez-vous et mettez en place une stratégie de protection de long terme pour vos investissements et votre épargne. [NDLR : Une stratégie de protection… mais laquelle ? Simone Wapler vous propose 6 mesures préventives à mettre en place dès maintenant…]

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Cécile Chevré
Cécile Chevré
Rédactrice en Chef de La Quotidienne Pro

Cécile Chevré est journaliste depuis une dizaine d’années. Elle s’intéresse à tous les secteurs de l’économie qui sont en mouvement, des nouvelles technologies aux matières premières en passant par les biotech. Elle rédige chaque jour la Quotidienne de la Croissance, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance, ainsi que les Marchés en 5 Minutes.

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