2018, l’année des taxis autonomes

Rédigé le 11 décembre 2017 par | A la une, Nouvelles technologies Imprimer

C’est désormais officiel : des taxis autonomes circuleront sur la voie publique dès l’année prochaine. Nissan Motor a annoncé il y a quelques jours que ses premiers exemplaires de taxi entièrement automatisés seraient mis en circulation au Japon dès le mois de mars 2018.

La première phase de test durera une quinzaine de jours durant lesquels ces véhicules seront disponibles dans les rues de Yokohama, ville du siège social de l’entreprise.

Les utilisateurs pourront tester le concept dans son intégralité : réservation depuis une application mobile, paiement en ligne sécurisé, et bien sûr déplacement totalement géré par l’électronique du véhicule.

Nissan annonce d’ores et déjà le déploiement commercial de ces taxis pour 2020.

Nous vous annoncions depuis quelques temps dans La Quotidienne et NewTech Insider que les voitures autonomes s’approchaient irrésistiblement de la commercialisation.

L’année prochaine va marquer le coup d’envoi de ce marché prometteur – et sa démocratisation pourrait arriver bien plus vite qu’on ne le pense.

Nissan

Le véhicule autonome Nissan – Crédit : Nissan Motor

Pourquoi n’avons-nous pas déjà tous une voiture autonome ?

Les laboratoires de recherche ont dans leurs hangars des prototypes de véhicules autonomes (plus ou moins adaptés à la circulation en conditions réelles) depuis plus d’une décennie.

Tesla a équipé ses voitures d’un autopilot dès 2014. Même s’il s’agit plus d’un dispositif d’aide à la conduite que d’un vrai pilote automatique, l’autopilot est capable d’assurer en totale autonomie près de 90% des trajets extra-urbains.

Pourtant, les véhicules semi-autonomes sont encore réservés à une minorité de clients technophiles. Pour M. et Mme Tout-le-monde, la voiture qui se conduit seule reste de la science-fiction.

Est-ce un problème de prix ? Le coût des Tesla les rend inaccessibles à la plupart des bourses.

Est-ce un problème d’intérêt ? Finalement, conduire n’est peut-être pas si déplaisant pour tous les conducteurs qui font le choix de ne pas prendre les transports en commun.

La réponse est probablement « un peu des deux ».

Le gain apporté par le confort d’un véhicule qui se conduit seul ne justifie pas, pour les particuliers, de dépenser une fortune pour l’acquérir. De même, le législateur ne semble pas pressé de prévoir les textes qui encadreront l’utilisation de véhicules autonomes par les particuliers.

Alors, le véhicule autonome a-t’il vocation à être un marché de niche comme l’est le transport par hélicoptère ?

Les annonces de Nissan nous font espérer le contraire.

Le taxi comme moteur

Il est intéressant de constater que l’arrivée de la voiture autonome est hâtée par les besoins de l’industrie du transport de personnes.

Comme toutes les nouvelles technologies, la voiture autonome ne se diffusera que si elle est attirante ou rentable.

Laissons de côté l’aspect de l’attrait qui sera déterminé par l’efficacité du marketing et les évolutions sociales.

La rentabilité n’est pas là pour les particuliers – rares sont les passagers qui peuvent gagner de l’argent en travaillant dans une voiture, même autonome.

En revanche, les sociétés de transport de personnes ont tout à gagner à disposer de flottes de véhicules autonomes. Ces taxis de nouvelle génération feront l’impasse sur l’élément le plus cher et le moins fiable de leur activité : le chauffeur.

Un taxi autonome ne se fatigue pas, il peut travailler 24h/24, ne demande pas de salaire et ne fait pas d’opération escargot sur le périphérique. Pour les gestionnaires de flottes, la gestion de l’humain au volant est un problème qui disparaît.

C’est donc tout naturellement vers ce marché que s’engagent les constructeurs qui souhaitent produire en masse des voitures autonomes.

En proposant des véhicules pensés pour le transport de personnes plutôt que pour les trajets particuliers, ils s’engagent sur un marché où les acheteurs potentiels piaffent d’impatience.

Pourquoi cette annonce est-elle importante ?

Jusqu’ici, les véhicules autonomes étaient présentés comme de l’innovation technologique plutôt que de l’industrie.

Tesla et ses voitures qui se mettent à jour automatiquement a réussi à faire croire que la question de la voiture autonome se résume à une problématique logicielle. Cet écran de fumée a fait oublier un temps qu’une voiture autonome doit aussi disposer de solides capteurs (dont ne disposent pas les Tesla Model S), et qu’une production de série nécessite un sérieux outil industriel.

Google a longtemps été sous le feu des projecteurs avec ses véhicules autonomes qui sillonnent depuis des années – et avec succès – les routes de Californie.

Apple a aussi eu, un temps, une division chargée de l’élaboration d’une voiture autonome.

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Et si ceci n’était finalement pas le futur de l’automobile ? – Crédit : Alphabet

Pourtant, l’arrivée des taxis autonomes sur le marché se fait aux couleurs de Nissan, un constructeur existant depuis plus de 100 ans. Cela signifie que le rôle des entreprises technologiques sur ce marché va redevenir rapidement mineur. Google et Apple pourront continuer à travailler sur le recueil de données et l’intégration avec leurs smartphones.

Les fondeurs et fabricants de processeurs pourront continuer à développer leurs systèmes de guidage qu’ils revendront aux constructeurs. Ils deviendront des équipementiers à peine plus importants que ne l’est Philips qui fournit aujourd’hui les ampoules des phares.

Les grands gagnants seront les constructeurs qui, étant le dernier maillon de la chaîne de valeur, pourront imposer leurs prix aux sociétés de transport de personnes impatientes d’acquérir des véhicules autonomes.

Quelles conséquences pour vos investissements ?

L’annonce de Nissan prouve, comme nous l’avons longtemps suspecté, que les constructeurs historiques n’étaient pas endormis pendant que les nouveaux venus comme Google et Tesla multipliaient les communications fracassantes.

Si Nissan se permet d’annoncer un test grandeur nature de son offre au mois de mars 2018, cela signifie que ses véhicules sont prêts, testés et re-testés depuis bien longtemps. En évoquant simultanément une production en masse pour 2020, le constructeur affiche son entière confiance dans le bon déroulement de ce test.

Trois ans représentent un claquement de doigts à l’échelle de l’industrie automobile.

L’arrivée imminente de ces véhicules va avoir des conséquences sur plusieurs industries. Les Uber et autre Lyft, qui sont actuellement dans la tourmente à cause de leurs tracasseries administratives, ne sont peut-être pas si mal en point qu’ils essaient de le faire croire.

Bien sûr, leur modèle économique actuel est condamné. Les chauffeurs refusent de se faire exploiter et le législateur tente par tous les moyens de les empêcher de mener à bien leur dumping social. Cela n’aura qu’un temps.

Les chauffeurs précaires utilisés par ces sociétés ne sont qu’un pis-aller en attendant l’arrivée des véhicules autonomes. Dès qu’elles pourront se passer de cette masse salariale, le business model sera transformé et leurs pertes abyssales pourraient bien se transformer en bénéfices insolents. Ne les enterrons pas trop tôt.

Tesla va garder, au moins pour un temps, sa mainmise sur le marché du véhicule autonome désirable. Si les constructeurs se focalisent sur le rentable, il restera toujours une place pour des voitures de luxe autonomes. L’entreprise Tesloop, qui propose des trajets quasi-automatisés en Tesla, montre même qu’il est possible de se placer à l’intersection de ces deux marchés.

Reste bien sûr à savoir si Tesla arrivera à être rentable avant que les pertes n’aient raison de la patience de ses investisseurs.

Enfin, les constructeurs automobiles qui produiront les véhicules autonomes seront aux premières loges pour récolter les bénéfices de ce nouveau marché.

Un arbitrage des valeurs technologiques surcotées vers les constructeurs à la pointe de l’innovation comme le groupe Renault (FR0000131906) sera la meilleure stratégie pour profiter de l’arrivée des véhicules autonomes.

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Etienne Henri
Etienne Henri
Il sélectionne les dossiers d’investissement en financement participatif du service Profits Réels.

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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