Les voies du salut pour l’hydrogène

Rédigé le 5 juillet 2016 par | Matières premières & Energie Imprimer

Hier, nous avons vu que, contrairement à ce qui se dit un peu trop facilement, l’hydrogène est une source d’énergie ni abondante, ni gratuite, ni illimitée… Produire du dihydrogène à partir de gaz naturel – la méthode aujourd’hui la plus simple et la moins coûteuse – est un non-sens en termes économiques, énergétiques, et d’écologie globale.

Mais d’autres voies de production sont possibles, en particulier grâce au vivant.

Des algues aux bactéries : le vivant à la rescousse de l’hydrogène

A la fin des années 1990, des chercheurs ont identifié une algue qui produit du dihydrogène dans certaines conditions.

Au lieu de passer par des hydrocarbures polluantes et présentes en quantité finie sur notre planète, la production par bioréacteur à algues permettrait d’utiliser la lumière solaire comme source d’énergie primaire.

Malgré le rendement assez faible de l’opération (10% en laboratoire), le côté gratuit et illimité de l’énergie solaire permet d’envisager à terme la fabrication de bioréacteurs géants situés dans des zones fortement ensoleillées.

Grâce au stockage inerte de l’hydrogène dont nous avons parlé vendredi dernier, ces véritables usines à hydrogène pourraient être placées à des milliers de kilomètre des villes sans que l’acheminement de l’hydrogène ne soit problématique.

Depuis quelques années, les chercheurs se sont même penchés sur des organismes encore plus petits que les algues : les bactéries.

Certaines espèces ont, elles-aussi, la capacité de produire du dihydrogène en environnement contrôlé. Si les travaux de recherche sont encore à leurs débuts, les rendements pourraient dépasser de beaucoup ceux des réacteurs à algue.

Saluons une fois de plus l’excellence de la France dans ce domaine. Les travaux de recherche du CEA sur la bio-production d’hydrogène sont une référence mondiale.

La voie de l’intégration aux technologies existantes

C’est finalement l’utilisation en tant que tampon pour les énergies renouvelables qui pourrait donner à l’hydrogène ses lettres de noblesse.

Vous le savez, les énergies renouvelables (solaire, éolien) sont des sources d’énergie marginalement gratuites : une fois les installations amorties, un peu plus de vent ou de soleil fournit de l’énergie sans coût supplémentaire.

Leur principal inconvénient réside dans l’intermittence. Quand le soleil ne brille plus ou que le vent tombe, la production s’arrête immédiatement. L’hydrogène est le candidat idéal pallier ce problème.

La production d’hydrogène sur site est intéressante lorsque le coût marginal de l’énergie est nul, quel que soit le rendement de l’opération. Mieux vaut produire un peu d’hydrogène lorsque le vent souffle fort que lieu de perdre l’électricité qui ne trouve pas preneur sur le réseau !

En cas de baisse de production, l’hydrogène précédemment produit est utilisé comme source d’énergie pour compenser l’indisponibilité de la centrale solaire ou éolienne.

McPhy Energy, dont nous avons parlé vendredi au sujet du stockage, a choisi cette voie des énergies renouvelables pour la production. Elle propose des mini-centrales qui, couplées à des sources d’énergie renouvelable, produisent localement de l’hydrogène pour les flottes de véhicule.

Imaginez une station-service qui régénère ses cuves de carburant lorsque le vent souffle ou que le soleil brille : c’est bien cela dont il s’agit !

Avec l’avancée des micro-centrales photovoltaïques et les progrès du stockage physique, peut-être aurez-vous demain dans votre jardin une petite unité de production d’hydrogène pour votre voiture qui génèrera son carburant à coût quasi-nul…

Quid de l’investissement dans la filière hydrogène ?

Ce tour d’horizon de la filière hydrogène ne serait pas complet sans quelques mots sur le potentiel du secteur en terme d’investissement.

Vous l’avez compris, le stockage de l’hydrogène est de plus en plus efficace. La production sera tirée par la multiplication des centrales à énergie renouvelable (solaires ou éoliennes), l’usage d’hydrocarbures ou d’énergie nucléaire comme source d’énergie n’ayant que peu d’intérêt.

Dans ce contexte, la disponibilité des centrales nucléaires et la qualité de notre réseau électrique va être un frein à l’arrivée de l’hydrogène sur le marché français.

La croissance du secteur se fera d’abord chez nos voisins allemands chez qui la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique a vocation à augmenter d’ici à 2050.

Un investissement dans le secteur de l’hydrogène doit donc se faire dans une optique de très long terme. Si vous décidez de vous positionner sur des entreprises telles que McPhy Energy, armez-vous de patience : les transitions énergétiques sont des cycles particulièrement longs !
[NDLR : Dans NewTech Insider, Ray Blanco a fait le choix de miser sur le futur en vous recommandant un spécialiste de l’hydrogène qui équipe déjà des stations de rechargement aux Etats-Unis aussi bien qu’au Japon. Un pari pour le long terme mais sur lequel il est temps de se placer. A découvrir ici…]

Par Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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Etienne Henri
Etienne Henri

Etienne Henri est titulaire d’un diplôme d’Ingénieur des Mines. Il débute sa carrière dans la recherche et développement pour l’industrie pétrolière, puis l’électronique grand public. Aujourd’hui dirigeant d’entreprise dans le secteur high-tech, il analyse de l’intérieur les opportunités d’investissement offertes par les entreprises innovantes et les grandes tendances du marché des nouvelles technologies.

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